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Les SS frappent la nuit, Nachts, wenn der Teufel kam - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Les SS frappent la nuit, Nachts, wenn der Teufel kam

film de Robert Siodmak
samedi 28 mars 2020

"Nachts, wenn der Teufel kam" est un film antinazi et un film noir de Robert Siodmak sur un criminel en série.

"Les SS frappent la nuit", film, admirable et glaçant : que l’idéologie des SS ait été mortifère, il n’y avait plus à le démontrer, à grande échelle, mais qu’elle se solde aussi par des assassinats individuels ciblés, et qu’elle soit portée par des cyniques absolus, sont des compléments intéressants.

Il me semble que ce film est assez caractéristique des fins de guerre, avec les bombardements anglo-américains des grandes villes allemandes : Hambourg et Berlin, en dépit du déni officiel, on comprend mieux ce qui n’est pas encore un retournement de l’opinion, mais une mise à distance, tant dans les classes populaires que moyennes, du discours des jusqu’au-boutistes et de l’adhésion au régime nazi. Distance exprimée sur le mode mineur, passif sauf pour le "héros" du film le commissaire Kersten, et quelques cadres supérieurs de la police et de la justice restés prudents.
La peur est palpable dans les mots et les yeux des protagonistes (justifiée par la sanction finale, le renvoi sur le front de l’est de Kersten qui estime s’en être bien tiré, au moins lui reste-t-il l’espoir de s’en sortir vivant). L’arrogance sans retenue, auto-satisfaite et imbécile, du SS-Gruppenführer général SS se dévoile quand il dit que les militaires bombardés recevaient les bombes en les priant d’entrer...

En touches légères, et continuées, l’idéologie mortifère, et agnostique des SS se traduit en mots : leur antisémitisme, leur xénophobie, leur volonté d’éliminer les malades mentaux, mais aussi en actes : dans leur refus de toute forme d’opposition, serait-elle minoritaire, et de toute forme de résistance, serait-elle celle d’un homme plutôt isolé. Si ajoute leur capacité politique liée à la dictature nazie d’avoir droit de vie et de mort (Keun, Lüdke) sur leurs semblables, au mépris de toute forme de justice ; et leur capacité à faire disparaître ceux qui, à leurs yeux, n’ont jamais existé ou n’en ont plus le droit. La jeune femme alarmée par l’arrestation et la déportation de son mari juif me semble-t-il, qui a trouvé refuge chez les Lehmann, et cherche à gagner un port ?, est vue comme quelqu’un qui donne généreusement à manger à un livreur, qui se déclare affamé, sans se douter au départ qu’il est un assassin potentiel, elle ne doit sa survie qu’à l’arrivée inopinée de sa logeuse : elle est donc environnée de dangers mortels.

Il me semble enfin que c’est un film qui interroge subtilement les rapports entre les trois pouvoirs dominants dans l’Allemagne nazie : la hiérarchie SS qui surplombe le tout, le parti nazi dont le malheureux Keun pense qu’il suffira à le protéger d’une condamnation à mort, alors qu’il est innocent du meurtre de son amie, et ce qui reste de l’appareil d’État : police et justice. De même le film valorise une forme de résistance individuelle, celle d’un professionnel des enquêtes policières, à charge et à décharge, celle aussi d’une conscience, d’un croyant.

Ce film dialogue avec celui de Fritz Lang [1] M. le maudit qui date de 1931, dans sa forme expressionniste, et dans l’histoire d’un pauvre type, atteint d’une pathologie mentale lourde, qui demande à être épargné par des assassins mués en justiciers, parce qu’il ne contrôle pas ses pulsions, qu’il est donc très malade...la crise anticipant la guerre, avec la quête d’un bouc émissaire, puis l’usage de tous les moyens, sans aucune retenue, de l’appareil d’État.
Marie Paule Hervieu

Compléments

En 1950, un article dans le Spiegel, traite des crimes sous le nazisme. Un journaliste Will Berthold, reprend en 1956 l’histoire du criminel en série Bruno Lüdke, en feuilleton dans le Münchner Illustrierte en quinze épisodes sous le titre de Nachts, wenn der Teufel kam (La nuit, quand le diable venait) dont il a tiré un livre en 1959. Robert Siodmak utilise l’enquête de Will Berthold et ses photos pour le scénario de son film en 1957.
Les soeurs du criminel en série ont voulu faire interdire le film. Mais le criminel étant devenu un personnage d’intérêt public, elles ont été déboutées.
Le tueur en série se révèle être un déséquilibré aryen allemand et pas un juif ou un étranger. Il faut le supprimer sur l’ordre du Reichssicherheitshauptamt, bureau de la Sécurité du Reich.
Robert Siodmak de retour en Allemagne après son exil américain, voulait faire un film antinazi, ce qui était nouveau alors en RFA.
Cette histoire qu’on croyait vraie à l’époque, est une fiction nazie. Il semblerait qu’on ait fait avouer à Lüdke un grand nombre de meurtres non élucidés entre 1924 et 1943 qui n’étaient pas de son fait, et sans doute ce déséquilibré n’était même pas coupable.
L’historien Patrick Wagner rappelle que la Kriminalpolizei n’est pas comme dans le film, elle applique la politique raciale en déportant dans les camps de concentration les Sinti et Roma. Les policiers du IIIe Reich ont retrouvé leurs postes.
Ce film politique lors de sa sortie, est maintenant considéré comme un film de série noire.

Will Berthold, Nachts, wenn der Teufel kam, Aktueller Buchverlag, 1959, 207 p. Nombreuses rééditions, Nachts wenn der Teufel kam, Bruno Lüdke - ein deutsches Phantom. Roman und Dokumentation, hrg. v. Michael Farin, Belleville, 2020
Patrick Wagner, Der Tod des ’doofen Bruno’. (Einleitung zum Buch ’Hitlers Kriminalisten. Die deutsche Polizei und der Nationalsozialismus’, Beck, München, 2002

Nachts, wenn der Teufel kam, Robert Siodmak, 1957
Tatort Berlin : Der Massenmörder Bruno Lüdke, Film von Gabi Schlag und Benno Wenz

1931, L’Homme qui cherche son assassin
1952, Le Corsaire rouge
1955, Les Rats (Die Ratten)

N.M.

[1Fritz Lang, réalisateur autrichien et allemand, naturalisé américain du fait des nazis