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Manuscrit Corbeau, Max Aub - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Manuscrit Corbeau, Max Aub

Camp du Vernet en Arriège
mardi 3 mars 2020

"Les hommes font de la liberté leur idéal, mais ils accumulent les frontières."

Max Aub, Manuscrit Corbeau (Manuscrito cuervo), 1944, traduit de l’espagnol par Guillaume Contré, éditions Héros-Limite [1], 2019, 128 p.

À Toulouse, en 1940, après être sorti du camp du Vernet, l’auteur Max Aub, "trouve" un cahier écrit par Jacobo, un corbeau.

 Le camp du Vernet par Jacobo

Le Vernet est dans le comté de Foix, en Ariège, pays des Albigeois, froid l’hiver, chaud en été.

Le camp est divisé en quartiers, entre politiques, droits communs et le "reste" : des Espagnols républicains de la Durruti, anarchistes et communistes, des soldats des Brigades internationales, des opposants à Hitler, des Italiens antifascistes, des Juifs, un comte polonais, des Hongrois sans papiers, toutes sortes de nationalités, des militaires prisonniers, des résistants, des clochards, des professeurs.
Il est soumis à une bonne garde, entouré de barbelés.

À la façon d’une fable Jacobo décrit le camp, décrypte l’absurdité du monde des hommes.
Il fait une satire enragée du camp, de l’administration, de la collaboration. Les hommes ne font pas ce qu’ils veulent, même ceux qui commandent. La bureaucratie est toute puissante, les papiers, les tampons, la grande incurie.
Il montre comment la France refuse l’aide des antifascistes, met les opposants en camps, et les maltraite.
"Les fascistes mettent les antifascistes dans des camps de concentration"
Maladies, malnutrition, froid, eaux sales. La douche avec cent à deux cents vieillards "déplumés", qui toussent, crachent "au milieu d’un fumet pestilentiel".
"C’est la guerre. La pagaïe" une hiérarchie avec des médecins avec galons incapables, et des sans galons, qui soignent, interdits. Absurde.
Des galons, mais "le soldat allemand commande au général français".
Les communistes se reconnaissent aux médailles qui brillent.

Jacobo observe le comportement humain et ses coutumes étranges.
"Les hommes font de la liberté leur idéal tout en accumulant les frontières."
Il s’étonne du fait que selon l’endroit où l’on est né, on associe la paternité au sol, on met des drapeaux, on a plus ou moins de valeur.

Tous occupés à manger, à compter et à se recompter. Chaque homme parle sa langue, colporte des bobards, des tueries sont bien organisées.

Max Aub, plein d’ironie, d’une langue puissante et poétique, critique, en se moquant de la France, les camps, par l’intermédiaire du corbeau.
On pense aux Lettres persanes de Montesquieu.

 Max Aub

Max Aub, né à Paris de Federico Aub et Susana Mohrenwitz. Il connait l’exil en Espagne à la première guerre. Attaché culturel de la République espagnole, il commande Guernica à Picasso. En 1938, il travaille avec Malraux sur son film L’espoir. Sierra de Teruel. Socialiste, mais dénoncé en 1940 comme communiste allemand, juif et dangereux, il est interné à Roland Garros, puis au camp du Vernet comme indésirable.
Il est libéré grâce à Gilberto Bosques, consul général du Mexique. Il travaille alors à Marseille au Emergency Rescue Committee de Varian Fry pour aider les réfugiés. "Communiste dangereux, il est déporté dans le camp de travail de Djelfa en Algérie. Libéré, il rate le navire, est remis en détention, s’évade, se cache et embarqué sur le Serpa Pinto, il parvient au Mexique en 1942.
http://maxaub.org/

 Le Vernet d’Ariège

C’est un "camp de concentration" (Circulaire de 1940) pour étrangers indésirables et dangereux, qui sont des "internés" (comme à Rieucros). Les autres sont dans des camps d’hébergement, les étrangers sont des "hébergés", d’après la Circulaire du 10 janvier 1941 de Marcel Peyrouton, ministre secrétaire d’état à l’Intérieur.

Le camp est ouvert en 1939. Des soldats de l’armée républicaine espagnole, des membres des brigades internationales sont internés. En 1939, avec la guerre, s’ajoutent les étrangers intellectuels antifascistes, les Allemands et Autrichiens, dans des conditions épouvantables.
En 1940 le camp est répressif, 5 000 indésirables étrangers sont internés pendant la drôle de guerre. Outre les ressortissants de puissances ennemies, les Italiens, des communistes et des nationalistes belges, des indésirables français.

Le 25 juillet 1940, un convoi de 178 étrangers indésirables est remis aux autorités allemandes à Chalons-sur-Saône.

"Le 9 avril 1941, parlant des internés du Vernet, le secrétaire général à la Police écrivait au préfet de l’Ariège : « Je crois superflu d’insister sur l’intérêt que j’attache à l’élimination de ces indésirables »" Thèse de Peschanski, p. 10

26 août 1942. Dans le cadre des grandes rafles lancées dans la zone Sud, des Juifs, dont des femmes et des enfants, arrivèrent en grand nombre dans le camp pour étrangers dangereux.
En 1942 il sert de camp de transit pour les juifs arrêtés dans la région, en Ariège et dans le Gers, avant leur déportation.

Les Allemands réquisitionnent des détenus du camp pour l’organisation Todt, le STO, (Mur de l’Atlantique).

55 convois sont partis du camp du Vernet en Ariège.
Ainsi les 18 et 19 mai 1944, 220 Juifs furent déportés du Vernet
En juin 1944, le camp est évacué dans le train fantôme pour Dachau.
Les Résistants du Train Fantôme, film de Jorge Amat et Guy Scarpetta, 2016.

6226 personnes ont été déportées entre le 25 juillet 1940 et le 30 juin 1944, date de la fermeture du camp.

Les internés ont peur du transfert en Algérie.
En 1941 la direction de la police nationale envoie les gens les plus dangereux en Afrique du Nord à Djelfa où se retrouve Max Aub. Il écrit des poèmes pour ne pas sombrer.
Les détenus font des travaux de terrassement.

http://www.campduvernet.eu/
http://www.campduvernet.eu/pages/histoire-du-camp.html

https://coordination-caminar.org/blg/tag/retirada/

  • Les camps en France :
    "Février 1939 : le premier camp d’internement français ouvrait ses portes à Rieucros, en Lozère. Mai 1946 : les derniers internés quittaient le camp des Alliers, en Charente. Entre ces deux dates quelque 600 000 personnes furent internées, pour un temps variable, dans quelque 200 camps, à la durée et au statut variables." Denis Peschanski

- création de "centres spéciaux de rassemblement", décret-loi du 18 novembre 1938 pour "Les individus dangereux pour la Défense nationale et pour la sécurité publique peuvent, sur décision du préfet, être éloignés par l’autorité militaire des lieux où ils résident et, en cas de nécessité, être astreints à résider dans un centre désigné par décision du ministère de la Défense nationale et de la Guerre et du ministre de l’Intérieur".
Le premier de ces centres est créé le 21 janvier 1939, à Rieucros (Lozère).

- Avec la Retirada, création de camps pour rassembler les réfugiés républicains espagnols et les Brigades internationales par la Troisième République.
- les tsiganes
- les ressortissants de puissances ennemies

des dénominations :
centres spéciaux de rassemblement d’étrangers, centres d’hébergement,
camps de recueil, camps d’internement camps de regroupement

Compagnies de travailleurs étrangers (CTE)
Groupements de travailleurs étrangers (GTE)

Carte des camps en France et Algérie

Rapports officiels sur le camp du Vernet

Gilbert BADIA,« Le Vernet, camp de concentration », in Barbelés de l’exil, Presses Universitaires Grenoble, 1979, 443 p
Arthur KOESTLER, La lie de la terre, Charlot, 1942, 435 p., rééd. Paris, Calmann-Lévy, 2013, 302 p..
Denis PESCHANSKI, La France des camps 1938-1946, Éditions Gallimard, 2002.
La France des camps : 1938 à 1946, Jorge Amat
Hanna SCHRAMM et Barbara VORMEIER, Vivre à Gurs. Un camp de concentration français 1940-1941, Paris, Maspéro, 1979

FRY Varian, Livrer sur demande...Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 1940-1941), Annexe : « Varian Fry journaliste politique (1935–1943) »  : sur un pogrom à Berlin, la politique américaine à l’égard des réfugiés, le massacre des Juifs d’Europe et l’abolition du décret Crémieux en Algérie. Cahier photos et documents. Agone, collection « Éléments », 2017

(Pour plus d’informations utiliser le moteur de recherches du site)

[1Cette édition ne comporte pas Le cimetière de Djelfa.