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Jacques Decour, Georges Politzer, Jacques Solomon - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Jacques Decour, Georges Politzer, Jacques Solomon

trois amis dans la résistance intellectuelle
jeudi 30 janvier 2020

Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, lundi 27 janvier 2020, cité scolaire Jacques-Decour, Hommage à trois amis dans la résistance intellectuelle

Hommage à trois amis dans la résistance intellectuelle
Daniel Decourdemanche dit Jacques Decour (1910-1942), professeur d’allemand au Collège Rollin et écrivain
Georges Politzer, (1903-1942), professeur de philosophie
Jacques Solomon, (1908-1942), élève au collège Rollin et physicien.
Organisé par l’Association « Sauvons le patrimoine de Jacques Decour », en présence de Brigitte Decourdemanche, fille de Daniel Decourdemanche et de Michel Politzer, fils de Georges et Maï Politzer, peintre et sculpteur.
Les participants à l’hommage
  • 1 Les années de jeunesse
    Jacques Decour par Bernard Puissacq, professeur d’histoire
    Georges et MaÏ Politzer par leur fils Michel Politzer
    Jacques Solomon par Martha Cecilia Bustamante de l’Université Paris-Diderot
  • 2 Résister
    Table ronde animée par Julien Servois, professeur de philosophie en classes préparatoires, avec
    Paul Alliès, professeur émérite à l’Université de Montpellier
    Roger Bruyeron, professeur de philosophie
    Martha Cecilia Bustamante
    Michel Politzer
    Bernard Puissacq
    Stefan Ripplinger, traducteur de Jacques Decour
  • 3 Et aujourd’hui ?
    Annette Rosa, professeur de lettres classiques
    Roger Bruyeron
    Martha Cecilia Bustamante

Trois jeunes intellectuels communistes et antifascistes qui ne vont plus se quitter jusqu’à leur exécution au Mont-Valérien.

 Daniel Decourdemanche

Daniel Decourdemanche né le 21 février 1910 à Paris, entame ses études secondaires au lycée Carnot en 1919 et les poursuit, à partir d’octobre 1922, au lycée Pasteur à Neuilly où il passe ses deux baccalauréats en 1926 et 1927. Il commence des études de droit, poussé par son père, mais renonce rapidement pour s’inscrire à la Sorbonne où il obtient une licence d’allemand en 1930. Deux ans plus tard, à 22 ans, il sort premier du concours de l’agrégation d’allemand. En 1929, il épouse Jacqueline Bailly, fille de son professeur de lettres classiques, romancier et historien, Auguste Bailly.

Il se lie d’amitié avec Jean Paulhan qui publie à la NRF son premier roman, « Le Sage et le Caporal  » (1930) sous le pseudonyme de Jacques Decour, puis « Philisterburgh » (1932), journal de voyage en Allemagne qui dénonce la montée de l’idéologie nazie. En 1936, paraît chez Gallimard son troisième livre « Les Pères », roman d’apprentissage.
La Nouvelle Revue française publie ses chroniques dès 1930. En 1930-1931, licencié d’allemand il est professeur d’échange à Magdebourg (Basse-Saxe). Son reportage «  Six mois au pays de Hitler » paraît dans les Annales.
Le 13 août 1933, naissance de sa fille, Brigitte.

Brigitte Decour
Photo DD

En 1934, une nouvelle, «  La Révolte », paraît dans la NRF. Il participe au Comité de vigilance des intellectuels et artistes, dépendant de l’Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires (AEAR).
En octobre 1936, il adhère au PCF. De 1937 à 1942, il est professeur au lycée Rollin à Paris. Il enseigne Goethe, Heine, Hölderlin, Nietzsche, Schiller. Il traduit Storm et Kleist, fait connaître Musil. À partir de décembre 1938, Decour assume les fonctions de rédacteur en chef de la revue Commune, fondée en 1933 et dirigée par Louis Aragon ; en octobre 1939, il dirige le troisième, et dernier numéro paru avant les hostilités, La Pensée, revue du rationalisme.
Il est mobilisé à Vernon, puis démobilisé le 25 juillet. À l’automne, il reprend contact avec ses camarades communistes, Georges Politzer et Jacques Solomon, dont il avait fait la connaissance, avant-guerre, notamment au sein de l’Université Ouvrière où tous trois donnaient des cours. La revue «  Commune » combat pour l’humanisme, contre l’idéologie nazie, le régime de Vichy et la collaboration, condamne les mesures antisémites promulguées par le gouvernement de Vichy à l’automne 1940.-
Le pacte germano-soviétique signé en août 1939 divise les militants. Decour demeure au PC. En 1941, il entre en résistance.
Jacques Decour, Georges Politzer et Jacques Solomon créent les revues «  L’Université libre » et «  La Pensée libre », pour diffuser les idées de la lutte à mener contre Vichy et l’occupant ; «  La Pensée libre », la plus importante publication clandestine de la France occupée, à la une, en allemand, l’épitaphe de Goethe, «  Mehr Licht », (« Plus de lumière »).
Decour publie « La faune de la collaboration », en décembre 1941. Alors que Brasillach, Drieu, Jouhandeau, … célébraient la gloire du Führer à Weimar. Il dénonce les « écrivains français en chemise brune », élabore et crée le Comité national des écrivains et le Front national des écrivains qui devait réunir des hommes de toutes croyances et de tous partis, pour la libération de la France.
Jacques Solomon s’attaque à ce que l’Hitlérisme a fait de la science. La résistance absolue exige de ne pas publier avec l’accord de la censure ennemie, exigence qui va mettre les libres penseurs en conflit avec le Parti, puis avec Aragon, son porte-parole. Aragon désigne le philosophe Bergson comme victime du nazisme, Bergson auquel Politzer s’attaque.
En 1942, Decour fonde avec Jean Paulhan la revue « Les Lettres françaises », point de départ de la Résistance universitaire et littéraire. Les Lettres françaises clandestines, des lettres combattantes que Decour ne vit jamais paraître.
Georges Politzer et Jacques Solomon ne participent pas aux Lettres françaises. Ils doivent se montrer prudents en raison de leurs origines juives. Paulhan arrêté le 15 mai 1941 et incarcéré à la Santé, avait été libéré grâce à une intervention de Drieu la Rochelle.
Decour qui continue à enseigner, s’engage à fond dans cette entreprise.
Pierre Pucheu, Ministre de l’Intérieur depuis juillet 1941, réorganise les forces de l’ordre. Auprès des RG, les Brigades spéciales, le Service des sociétés secrètes et la Police aux questions juives sont reliés au siège de la Gestapo, rue des Saussaies.
Filatures, infiltrations de taupes, aboutissent à l’arrestation par les Brigades spéciales de Danielle Casanova, Hélène Langevin, Marie-Claude Vaillant-Couturier…
Le commissaire David à la tête de sa Brigade spéciale traque communistes, « terroristes ». La police de Vichy, au service des autorités d’occupation, torture, assassine, déporte.
Daniel Decourdemanche est arrêté par les brigades spéciales de la Préfecture de police de Paris, le 17 février 1942 alors qu’il se rend chez Georges et Maï Politzer pour les avertir qu’ils sont recherchés. Mais ceux-ci ont été appréhendés deux jours plus tôt et leur domicile a été placé sous surveillance. Il veut prévenir ses amis et tombe dans le piège. Le 2 mars, Solomon et sa femme, sont arrêtés. Torturé, Decour ne parlera pas. Politzer mis au secret dans une cellule de haute surveillance, est enchaîné jour et nuit, les mains derrière le dos, un bras cassé, torturé en présence de Pucheu.
Le 20 mars, Decour est remis aux autorités allemandes, et transféré du Dépôt du palais de justice à la Santé, avec Félix Cadras, André Pican, Arthur Dallidet, Georges et Maï Politzer, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Madeleine Guitton, Renée Michaud, Emorine, Madeleine Dissoubray et Suzanne Emery.
Dans le fourgon qui les emporte retentissent « La Marseillaise », « Vive la France ».
Maï et Jacques Solomon, Georges Dudach et Danielle Casanova se retrouvent au Cherche-Midi.
Danielle Casanova est transférée au fort de Romainville d’où elle partira pour Auschwitz.
Le 30 mai 1942, à 9h11, Daniel Decourdemanche, Jacques Decour est fusillé au Mont-Valérien, en représailles des attentats perpétrés au cours des semaines précédentes. Il chante « la Marseillaise », il tombe, là où le 23 mai, Georges Politzer et Jacques Solomon avaient été exécutés au pied du fronton de tir du Mont-Valérien.

Dans une lettre adressée à ses parents, il souhaite que ses élèves sachent que dans sa cellule, il avait pensé à la dernière tirade de la pièce de Goethe « Egmont » :
« Pour sauver ce que vous avez de plus cher, je tombe avec joie, ainsi que je vous en donne l’exemple. »

 Georges Politzer

Georges Politzer, né le 3 mai 1903 à Nagyvarad (Empire austrohongrois), devenue Oradea en Roumanie, s’exile à l’âge de dix sept ans. En 1918, il adhère au Parti communiste, révolté par l’attitude « autoritaire » de son père, médecin de canton, vis-à-vis des paysans et des ouvriers.
A Vienne, il suit les séminaires de la Société psychanalytique, avec Freud et Ferenczi.
Il s’installe à Paris en 1921. Naturalisé français en 1924, il obtient l’agrégation de philosophie en 1926.
Il participe à la première Revue marxiste en France. Il lit Marx et Lénine, dénonce l’imposture du nazisme, critique la métaphysique et la psychologie bergsoniennes, l’irrationalisme de Heiddeger. Il oppose le matérialisme à l’idéalisme.
En 1928, il publie sa Critique des fondements de la psychologie où il développe l’idée d’une psychologie concrète, condamne « l’introspection et le behaviorisme ».
Il dénie toute valeur scientifique à la psychanalyse et condamne toute tentative de concilier marxisme et psychanalyse. Il se consacre à l’économie politique et à la vulgarisation du marxisme.
Il adhère au parti communiste en 1929. À partir de 1933-34, il est responsable de la commission économique du comité central du PCF et publie dans L’Humanité et dans les Cahiers du bolchévisme des articles économiques et sociaux. Il enseigne le « matérialisme dialectique » à l’Université Ouvrière fondée en décembre 1932. Fidèle aux idéaux des Lumières, il dénonce le retour de l’obscurantisme sous la forme du racisme théorisé par Alfred Rosenberg.

Michel Polizer
Photo DD

Démobilisé en juillet 1940, il dirige un bulletin clandestin du parti, en septembre 1940, il crée avec Jacques Decour et Jacques Solomon, le premier réseau de Résistance universitaire. Il est arrêté en février 1942 avec sa femme Maï, à leur domicile. Les arrestations ont été effectuées par des inspecteurs de la Brigade spéciale.
Il est fusillé le 23 mai 1942 au Mont-Valérien.
Maï Politzer partit de Romainville le 23 janvier 1943 pour Auschwitz dans le même convoi que Marie-Claude Vaillant-Couturier, Hélène Solomon, Charlotte Delbo. Danielle Casanova la fit entrer comme médecin au « Revier » (« infirmerie »). Elle mourut en mars 1943 du typhus. La nouvelle de la mort de Danielle Casanova et de Maï Politzer à Auschwitz parvint en France à l’été 1943 grâce à une lettre de Marie-Claude Vaillant-Couturier.

 Jacques Solomon

Jacques Solomon né le 4 février 1908 à Paris, ancien élève de Rollin, externe des hôpitaux de Paris, obtient sa licence en sciences physiques en 1927. En juillet 1929, il épouse Hélène Langevin, fille du physicien Paul Langevin et se consacre à la physique théorique. Il soutient sa thèse de doctorat ès sciences, L’électrodynamique et la théorie des quanta, en octobre 1931, devant un jury présidé par Jean Perrin.
Il travaille à Copenhague sous la direction du physicien danois, Niels Bohr. Il séjourne à Berlin en 1932-1933 où il assiste à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Il poursuit ses travaux sur la théorie des quanta et aborde la théorie des phénomènes nucléaires.
Il publie ses travaux sur la mécanique quantique dans le Journal de Physique (1934-1935), sur la Théorie du passage des rayons cosmiques à travers la matière (1936). En 1937-1938, il est chargé du cours de la Fondation Peccot au Collège de France, et en 1939, fait paraître ses leçons, Protons, neutrons, neutrinos.
En 1934, il adhère au Parti communiste.
Jacques Solomon milite à l’Internationale des travailleurs de l’enseignement (ITE). Il se préoccupe du développement et de la politique de la recherche (« Pour le libre développement de la science », Cahiers du bolchevisme, octobre 1938). Il donne à La Vie ouvrière un billet hebdomadaire sur les problèmes économiques. En 1937, il participe aux Journées françaises pour la paix et l’amitié avec l’URSS, avec un exposé sur « L’industrialisation soviétique et son développement actuel  ».
Il enseigne à l’Université Ouvrière.
En 1938-1939, Georges Politzer et Jacques Solomon traduisent La dialectique de la nature de Friedrich Engels.
Il fait partie du Groupe d’études matérialistes qui se réunissent autour de Paul Langevin, rue Vauquelin.
Après Munich, il est un des secrétaires de l’Union des intellectuels français pour la justice, la liberté et la paix (UDIF), créée pour s’opposer à l’esprit munichois, qu’il présente dans Commune (janvier 1939) comme un rassemblement, au-dessus des partis, des intellectuels de toutes opinions.
Avec Georges Politzer, il cherche à organiser la résistance universitaire. Après l’arrestation de Paul Langevin, étudiants et professeurs manifestent devant le Collège de France. Peu après l’arrestation de G. Politzer, J. Solomon est arrêté par les brigades spéciales, en mars 1942, dans un café parisien où il tient une réunion de travail pour L’Université libre avec le docteur J. C. Bauer, arrêté en même temps que lui.
Interné à la prison du Cherche-Midi puis à la Santé, il est remis aux Allemands et fusillé comme otage, le 23 mai 1942 au Mont-Valérien, à l’âge de 34 ans, le même jour que G. Politzer et Jean-Claude Bauer.
Sa femme, Hélène Solomon-Langevin, membre du « Front National de lutte pour l’indépendance de la France » est déportée à Auschwitz. À son retour, elle siège à L’Assemblée constituante en 1945 et 1946.

Dominique Dufourmantelle, professeur de lettres à Jacques Decour, retraitée.

Danielle Casanova, résistante communiste, convoi du 24 janvier.
Marie-Claude Vaillant-Couturier, déportée à Auschwitz et à Ravensbrück
Charlotte Delbo, résistante, écrivain de la déportation, par Ghislaine Dunant

« Je me considère un peu comme une feuille qui tombe de l’arbre pour faire du terreau. La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles. Je veux parler de la jeunesse française, en qui je mets tout mon espoir ». Jacques Decour

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Jacques Decour 1910-1942, résistant, écrivain