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Ce que je voudrais transmettre, Élie Buzyn - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Ce que je voudrais transmettre, Élie Buzyn

un testament philosophique. CR MP Hervieu
mardi 21 mai 2019

Élie Buzyn est né à Łódź le 7 janvier 1929. Après le ghetto de Łódź, Auschwitz-Birkenau, les Marches de la mort, Buchenwald... ayant échappé de peu à l’amputation, Elie Buzyn est devenu chirurgien orthopédiste.

« Ce que je voudrais transmettre » d’Élie Buzyn : un testament philosophique.

Le livre d’E. Buzyn [1] : « Ce que je voudrais transmettre-Lettre aux jeunes générations »vient de paraître. [2], il est le testament philosophique d’un déporté juif polonais, né en 1929, enfermé avec sa famille dans le ghetto de Lodz (Litzmannstadt), en mars 1940, déporté avec elle à Auschwitz-Birkenau, en août 1944.

Son frère aîné, Avram, a été exécuté sommairement pour contraindre les familles juives à se concentrer dans un ghetto fermé [3]. Ses parents et sa sœur sont morts, exterminés à leur arrivée à Birkenau, il est le seul rescapé.
Lui-même âgé de 15 ans survit à quatre années d’un internement en camp de travail forcé et à une déportation en camp de concentration/extermination, puis à une évacuation par Marche et train de la mort, par un froid polaire et en wagon découvert, jusqu’au camp allemand de Buchenwald, en janvier 1945. Il est libéré le 11 avril 1945 et arrive en France,orphelin de la Shoah, pris en charge par l’OSE (Œuvre de secours aux enfants).

Ce livre est une suite d’entretiens retranscrits, avec son éditrice Barbara Astruc, et se décompose en quatre parties : « Résister, devenir, témoigner, espérer ». C’est le message d’un survivant doté de beaucoup de force de caractère et de bonté d’âme, qui depuis un premier retour à Auschwitz-Birkenau, en 1993, avec un de ses trois enfants, témoigne intensément. Son fils lui ayant demandé à aller sur le lieu de l’assassinat de ses grands parents, il lui propose de l’accompagner dans la découverte de ces camps situés en Pologne occupée, et il ne cessera de raconter son histoire singulière, sous de multiples formes, dont des conférences et des voyages d’étude, avec des élèves et des étudiants.

Ce qu’il décrit, c’est aussi le bilan d’une vie professionnelle de médecin devenu chirurgien orthopédiste, qui continue sa carrière en se mettant au service d’une organisation humanitaire agissant dans le Tiers Monde, et celui d’un père qui, à l’image de son « enfance heureuse » jusqu’à l’assassinat de son frère et l’entrée dans le ghetto, a fondé une vie familiale sur des valeurs de générosité, de tolérance, de capacité d’adaptation et de volonté d’aller jusqu’au bout de ses aspirations et de ses choix de vie.
Quelques idées personnelles fortes sont transmises dans et par ce livre : d’abord que la transmission est en premier lieu, familiale, et il évoque ses parents et sa sœur, juifs pratiquants et solidaires, sa mère qui lui a enjoint de survivre, ce qui l’a tenu dans sa volonté de résister jusqu’à sa libération, son frère, militant de la cause sioniste et lui-même, après guerre, est allé vivre en Kibboutz, dans le nouvel État d’Israël, pendant 8 ans. La structure familiale a été et reste pour lui le lieu d’une solidarité sans faille, et il rappelle l’aide matérielle et affective donnée par ses parents à son oncle maternel qui voulait s’engager dans des études médicales. Lui-même deviendra médecin, ainsi que sa fille aînée, Agnès Buzyn. De même il rapporte que, par son travail dans une des usines du ghetto, il a obtenu, avec le soutien d’ une amie de son frère, une ration alimentaire quotidienne, une soupe claire, pour chacun des membres de sa famille.

La solidarité, si elle s’exerce dans le cadre familial, à l’adresse aussi des plus pauvres, a aussi été celle de sa « famille élargie » faite de ses camarades de déportation, en particulier à Buchenwald. Ces derniers l’ont en effet sauvé d’un risque d’amputation et de mort, du fait de ses pieds gelés, en lui procurant de l’eau chaude et de l’eau froide qui lui ont permis de se soigner… Lui-même a raconté à François Busnel, dans l’émission de France 5 du 8 mai 2019, qu’il avait donné à un déporté qui en avait besoin une ceinture qui lui avait permis de retenir son pantalon. Mais, témoin d’une grande sincérité, il a ajouté qu’il s’était fait voler de nuit ce qui lui tenait lieu de chaussures et qu’il avait du improviser et bricoler un emmaillotage de rechange, vital en ce temps de marche forcée.
Il parle aujourd’hui d’un silence qui a été le sien pendant plus de cinquante ans et il l’explique comme lié au fait qu’il est entré au camp à l’âge de l’enfance, à peine adolescent. Après la perte violente de son frère, il a vécu la destruction de sa famille, et orphelin expatrié, il n’a eu de cesse, à son retour de déportation, puis d’Israël, de se construire une vie professionnelle et familiale, c’est-à-dire de reprendre des études, d’obtenir le baccalauréat, de se lancer dans de longues études médicales. Cela explique aussi, comme il a été dit pendant l’émission de France 5, qu’il ait fait enlever son numéro de matricule dont il a pourtant gardé la trace photographiée, parce qu’il ne voulait pas qu’il soit une entrave à son devenir. Il constate encore que ceux qui voulaient dire la déportation et les souffrances endurées, n’étaient pas entendus, pas compris, voire blessés par l’inconscience, et parfois la bêtise, de ceux qui ne savaient pas… Ce long silence fut aussi celui de ses enfants, avertis par ailleurs, pour le protéger et ne pas ajouter de la souffrance à un vécu douloureux. Les jeunes élèves, et aussi les étudiants auxquels il s’adresse, sont aujourd’hui sensibles à ce langage de vérité, de lucidité et d’espoir jamais démenti.

Marie-Paule Hervieu, mai 2019

Élie BUZYN, J’avais 15 ans. Vivre, survivre, revivre, Alisio, 2018, 160 p.
Élie BUZYN, Ce que je voudrais transmettre, Alisio, 2019, 80 p.

Katy HAZAN, Les Orphelins de la Shoah. Les maisons de l’espoir (1944-1960), Les Belles lettres, 2000, 418 p.
Katy HAZAN et Eric GHOZLAN, À la vie ! Les enfants de Buchenwald, du shtetl à l’OSE, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2005
Judith HEMMENDINGER & Robert KRELL, The Children Of Buchenwald. Child Survivors of the Holocaust and their post-war Lives, Jérusalem, New York, 2000. Préface d’Elie Wiesel pour l’édition de 1984.

Le sauvetage des enfants cachés durant la dernière guerre
CERCLE D’ÉTUDE, Petit Cahier n°6 - Conférence du 19 mai 1999 : - Le sauvetage des enfants pendant la seconde guerre mondiale : Dominique Laury, Georges Loinger, Betty Saville, Sabine Zeitoun.
CERCLE D’ÉTUDE, Petit Cahier N°8, Les enfants de Buchenwald, du shtetl à l’OSE : conférence de K. Hazan
CERCLE D’ÉTUDE, Petit Cahier nlle série N°2, Les femmes dans les ghettos, - film-débat du 27 juin 2007.
Les Marches de la mort. Les Évasions janvier-avril 1945
Le ghetto de Lodz, "Jakob le menteur" et Jurek Becker
La Maison de Nina
Nu parmi les loups, l’enfant de Buchenwald

[1livre publié en mai 2019, par les éditions Alisio-témoignages et documents -Paris-76 p., en mémoire de ses parents et de son frère, pour l’avenir de ses petits enfants.

[2Suite de son livre -témoignage J’avais quinze ans-Vivre, survivre, revivre, livre publié en 2018 aux éditions Alisio.

[3Le 8 février 1940, les Allemands créent dans la partie nord-est de la ville, un ghetto où les juifs sont regroupés.