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La liste de Schindler, 25 ans après, un film pour les élèves - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

La liste de Schindler, 25 ans après, un film pour les élèves

article à but pédagogique de Martine Giboureau
mardi 12 mars 2019

La liste de Schindler, Schindler’s List, de Steven Spielberg, ressort sur les écrans le 13 mars 2019, pour le vingt-cinquième anniversaire de sa sortie originale en 1993.

La liste de Schindler pour le vingt-cinquième anniversaire de sa sortie originale, ressort sur les écrans. Ce film a eu 7 oscars sur 12 nominations.

«  La liste de Schindler, inspiré du livre éponyme de Thomas Keneally présente l’histoire véridique d’un industriel catholique allemand, Oskar Schindler qui crée en Pologne, à Cracovie, une fabrique de matériel de cuisine pour le Reich. Il profite du statut des juifs, prisonniers dans les camps ou les ghettos pour les utiliser comme main d’œuvre peu coûteuse. Son comptable juif, Itzhak Stern, est chargé de recruter les ouvriers juifs. A ce même moment, Amon Goeth, officier nazi, met en place la « solution finale ». Découvrant l’horreur de cet acte Schindler décide de sauver plus de mille juifs en ‘’rachetant’’ ses hommes à Goeth. »

Même si le propos historique du film n’a pas été contesté [1] et a même été ‘’validé’’ par Raul Hilberg, à l’époque de la première diffusion en France, les polémiques n’avaient pas manqué. En particulier celle concernant la scène de douche [2] 2 ou celle alimentée par Claude Lanzmann [3].
Aujourd’hui, il semble opportun de réfléchir sur une démarche pédagogique s’appuyant sur le visionnage en salle du film remastérisé.

La présentation du livre La Shoah à l’écran - Crimes contre l’humanité et représentation (2004) d’Anne-Marie Baron met en évidence les problématiques essentielles : « La mise en scène de la Shoah et des crimes contre l’humanité en général pose aux réalisateurs une question clé, celle du réalisme et de la représentation, question à la fois éthique et esthétique. Entre les documentaires et les fictions, entre les reconstitutions historiques et les films plus symboliques, tous les degrés sont représentés. Certains films donnent lieu à des polémiques dont il s’agit de comprendre les enjeux. Le cinéma est-il le meilleur moyen d’informer les jeunes générations de ce qui s’est passé ? N’est-ce pas plutôt le rôle d’autres documents - CD-Rom, vidéo, archives ? Quelle différence y a-t-il entre ces supports et le cinéma en tant qu’art ? L’émotion, elle-même, souvent très vive n’est-elle pas ambivalente ? Telles sont les questions posées par ce livre, pour montrer que le cinéma, art majeur de notre époque, ne peut se contenter de mettre en scène l’horreur concentrationnaire, mais doit éduquer, chez un public de plus en plus jeune, une sensibilité émoussée par l’abus que font les autres médias des images de la violence. » https://book.coe.int/eur/fr/enseignement-de-l-histoire/3142-la-shoah-a-l-ecran-crimes-contre-l-humanite-et-representation.html

Des dossiers pédagogiques sur La liste de Schindler datant des années 1990 sont encore en ligne [4]. Inutile de reprendre ici leurs propos.

En revanche on peut préciser certains aspects pour un travail en cours d’histoire sur La liste de Schindler :
Les élèves reçoivent des informations de multiples sources. Si l’enseignant considère que la connaissance du génocide des juifs et des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale est fondamentale, il doit mettre en œuvre une démarche sortant de l’enchaînement classique, ordinaire, habituel, banal des cours. L’idéal est de construire une approche interdisciplinaire, histoire-français-arts plastiques … On a pu présenter dans d’autres articles mis en ligne sur notre site l’intérêt de la rencontre avec un témoin. L’approche par un film de fiction est aussi un moyen d’incarner les victimes, de permettre aux élèves de s’impliquer personnellement dans l’apprentissage de ces faits historiques par le ressenti émotionnel. A charge ensuite à l’enseignant, de replacer les informations retenues dans leur contexte, de corriger les erreurs d’interprétation, de relativiser ce qui est présenté par rapport à la réalité historique, ‘’statistique’’.

Tout film, particulièrement un film de fiction, est une œuvre construite à partir de nombreux éléments : le scénario, séquencier et les dialogues, les acteurs, les costumes et décors, la lumière et les cadrages, le montage, la musique … Même si le spectateur ne décortique pas tous ces ‘’ingrédients’’, ce qu’il ressent, ce qu’il comprend, ce qu’il retient est le fruit de cette complexe alchimie. Un travail sur La liste de Schindler doit analyser ces aspects :un exemple de fiche d’analyse de film

Le film vu en entier dans une salle de cinéma ne permet pas de prise de notes. Il est donc nécessaire au retour en classe de mettre les élèves par groupes de trois ou quatre pour répondre à un questionnaire thématique (chaque groupe ayant su avant d’entrer dans la salle sur quel thème il devra être particulièrement attentif pendant le visionnage) : les trois personnages ‘’principaux’’, le ghetto de Cracovie, l’exploitation de la main d’œuvre par les nazis, les camps, les sélections, les mises à mort de juifs, les occasions/stratégies de survie …

Comme pour toute démarche pédagogique où les élèves sont mis en activité, la production finale et l’évaluation doivent permettre de valoriser ce temps fort de l’année scolaire.

Martine Giboureau mars 2019

A venir, La liste de Schindler, analyse du film par un professeur de littérature.

[1Une erreur entre autres a été relevée : la proximité géographique des crématoires et des chambres à gaz à Auschwitz montrée dans le film

[2« Dans l’ouvrage de Keneally, cette scène est rapportée de la manière suivante : « Elles [c’est-à-dire le groupe de femmes de la liste de Schindler] pataugèrent dans la boue jusqu’à la salle d’épouillage et de douches où des femmes, matraque en main, leur donnèrent l’ordre de se déshabiller. Mila Pfefferberg, qui, comme la plupart des prisonniers des camps, avait entendu parler des pommes de douche dont sortaient des gaz mortels, poussa un soupir de soulagement quand l’eau glacée se mit à couler. » On voit immédiatement la différence de traitement entre le récit livresque et la mise en images de Spielberg. Ce qui est résumé en une phrase sans aucun pathos devient une longue scène où la caméra portée à l’épaule se mêle au groupe de femmes dont elle nous montre les visages terrifiés, où nous entendons leurs cris avant qu’une lourde porte apparemment étanche se referme sur elles, où enfin la lumière inexplicablement s’éteint au moment où regards et caméras se portent vers les pommes de douches au plafond. Même si on est peu sensible aux techniques cinématographiques, l’on comprend immédiatement que toute la mise en scène de Spielberg est destinée à favoriser la participation émotionnelle du spectateur, à provoquer sa peur, son angoisse et finalement son soulagement lorsqu’il constate que c’est bien de l’eau qui s’écoule de ces douches. » https://www.grignoux.be/dossiers/31/

[3En voyant La Liste de Schindler, écrit Lanzmann, j’ai retrouvé ce que j’avais éprouvé en voyant le feuilleton "Holocauste". Transgresser ou trivialiser, ici, c’est pareil : le feuilleton ou le film hollywoodien transgressent parce qu’ils "trivialisent", abolissant ainsi le caractère unique de l’Holocauste.[…] Comment peut-il dire ce qu’a été l’Holocauste en racontant l’histoire d’un Allemand qui a sauvé 1 300 juifs, puisque la majorité écrasante des juifs n’a pas été sauvée ? » Pour Lanzmann, l’Holocauste soulève surtout le problème de la représentation. Il se réfère à l’un des dix commandements, celui relevant de l’interdit de représentation, pour décrier le principe d’une fiction sur l’Holocauste. Enfin, Lanzmann estime certaines séquences de La Liste " ambiguës" et "dangereuses" car introduites sans nuances : le rôle de la police juive, les négociations entre Schindler et les membres du Judenrat (conseil juif nommé par les Allemands), ou la séquence finale en Israël, qui viendrait donner l’idée fausse qu’Israël serait la rédemption de l’Holocauste. https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/08/08/retrocontroverse-1994-peut-on-representer-la-shoah-a-l-ecran_942872_3232.html