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L’internement des nomades 1940-1946 ; une histoire française. - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

L’internement des nomades 1940-1946 ; une histoire française.

CR exposition au Mémorial de la Shoah, Catherine Monjanel
vendredi 23 novembre 2018

D’octobre 1940 à mai 1946, près de 6700 personnes sont internées dans plus d’une trentaine de camps en France.

L’internement des nomades 1940-1946, une histoire française.

Au Mémorial de la Shoah jusqu’au 17 mars 2019.

Fichage des Tsiganes, autorisation de reproduction de Jorge Amat

Qu’ils soient d’origine, Gitane, Manouche, Yéniche, Rom ou tout simplement des personnes pauvres qui vivaient en roulotte, ils ont été internés en tant que « Nomades » dans des camps, tant en zone nord qu’en zone sud, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette persécution n’a pas commencé avec le régime de Vichy. Cette remarquable exposition trace l’origine (1895) de cet ostracisme, ostracisme renforcé par la loi du 16 juillet 1912 qui impose un carnet de voyage, avec photo anthropométrique, y compris pour les enfants. Entre la date du 16 juillet et le carnet anthropométrique individuel ou familial (processus de contrôle et d’identification discriminatoire).

Les Nomades, soumis à ces tracasseries et vexations, verront leur sort empirer dès le début des hostilités puisque en 1939, un grand nombre d’entre eux sont assignés à résidence et en avril 1940 un décret-loi leur interdit de circuler sur toute la totalité du territoire. Ils sont perçus comme de potentiels espions menaçant la sécurité nationale. L’Occupation accentue leur persécution. L’administration allemande charge les préfets, en zone occupée, d’organiser l’internement dans des camps familiaux, l’un des plus importants est celui de Montreuil-Bellay (Maine et Loire) mais il existe aussi ceux de Jargeau ( Loiret), Poitiers (Vienne) etc.

Mais Vichy n’est pas en reste et crée des camps en zone dite-libre : Adge (Hérault), Argelès, Rivesaltes et l’un des plus sinistrement célèbres, Gurs. Ce dernier est un camp mixte qui regroupe des Nomades, des Juifs et des détenus d’origines diverses. A ce propos, une femme détenue Juive, madame Félicia Combaud témoignera de la solidarité et de l’aide de Tsiganes à l’égard de Juifs : « Les Tsiganes étaient formidables, ils nous jouaient de la musique, ils simulaient des bagarres pour laisser les Juifs s’échapper ».

Si Vichy semble, au début, opérer un distingo entre nomades et marchands forains (majoritairement français) très vite la confusion ( savamment entretenue ?) fait que ces derniers sont aussi internés et maltraités.

Au total plus de 6ooo personnes seront détenues, dans des conditions déplorables : sous-alimentés, rudoyés, soumis au froid, à la chaleur, au manque d’hygiène et à l’absence de médecins et de médicaments. Même si des associations caritatives ont essayé de leur apporter aide et secours matériel beaucoup, les plus faibles, les vieillards et les enfants succombent.

Ils essaient de résister, certains s’évadent et rejoignent des maquis mais beaucoup subiront cette détention jusqu’au bout. À la différence des Juifs, ils ne seront pas majoritairement déportés mais certains, dans quelques convois, composés seulement d’hommes qui partent de France vers Buchenwald et Orianenbourg, et un autre convoi dit convoi Z [1], part de Malines (Belgique) le 15 janvier 1944, à destination d’Auschwitz-Birkenau. Plus de 350 personnes dont 75 % de femmes et d’enfants, de nationalités diverses, dont 145 français sont déportés. Sans doute ont-ils fait partie des 3 000 « Zigeuners » (Tsiganes) assassinés dans la nuit du 2 au 3 août 1944 à Birkenau ?

Entre 200 000 et 500 000 Nomades européens périront dans des camps de concentration et/ou d’extermination. Ceux de France n’ont sans doute pas payé le plus lourd tribut à ce génocide mais leurs souffrances ne doivent pas être minimisées car leur existence a toujours tenu à un fil tout au long de l’Occupation (un ordre de déportation massive venu de Berlin n’aurait pas rencontré d’opposition de la part du gouvernement de Pétain) et, comble d’injustice, alors que tout le territoire était libéré ils ont été maintenus derrière les barbelés jusqu’en mai 1946. En juin 1946, les derniers nomades du camp des Alliers sont libres, mais ils sont toujours surveillés. À une persécution subie pendant les années de guerre, il a été ajouté l’humiliation d’être considérés comme des sous-citoyens indignes de recouvrer la liberté par le Gouvernement provisoire, puis la République. Voilà une tâche bien sombre et bien peu connue de l’histoire de la République.

Catherine Monjanel.

Commissaires scientifiques de l’exposition Jérôme Bonin, Emmanuel Filhol, Monique Heddebaut, Marie-Christine Hubert, Théophile Leroy, Alexandre Doulut.

Le 29 octobre 2016, le Président de la République, a reconnu les souffrances subies par les Tsiganes internés en France entre 1940 et 1946.
Une brochure a été éditée par le gouvernement :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2017/11/brochuremb-ecran.pdf
http://www.crrl.fr/module-Contenus-viewpub-tid-2-pid-8.html

Sur le site du Cercle.

Des très nombreux ouvrages existent, il faut saluer le travail de pionnier de Jacques Sigot en 1983, Un camp pour les Tsiganes...et les autres, Montreuil-Bellay, 1940-1944 , Éd. Wallâda

ASSEO Henriette, Les Tsiganes. Une destinée européenne, Paris, Gallimard, 1994
AUZIAS Claire, Samudaripen, le génocide des Tsiganes, l’esprit frappeur, 2000
BERNADAC Christian, L’Holocauste oublié. Le massacre des Tsiganes, France-Empire, 1979
BERTRAND Francis, GRANDJONc Jacques, "Un ancien camp de Bohémiens : Saliers", in Les camps en Provence, exil, internement, déportation, 1933-1942, éd. Alinea, Aix-en-Provence, 1984
BORDIGONI Marc, Gitans, Tsiganes, Roms... Idées reçues sur le monde du voyage, éd. Le cavalier bleu, 2013
DACHEUX, Jean-Pierre, DELEMOTTE, Bernard, Roms de France, Roms en France, éditions Le passager clandestin, 2010, 112 p.
FILHOL Emmanuel, La mémoire et l’oubli, L’internement des Tsiganes en France, 1940-1946, Centre de recherches tsiganes, L’Harmatttan, 2004
FILHOL Emmanuel, Un camp de concentration français. Les Tsiganes alsaciens-lorrains à Crest 1915-1919, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2004
FILHOL Emmanuel, Marie-Christine Hubert, Les Tsiganes en France : un sort à part (1939-1946), Librairie Académique Perrin, 2009, 398 p.
FILHOL Emmanuel, Le Contrôle des Tsiganes en France 1912-1969, Karthala, 2012, 276 p.
GURÊME Raymond, LIGNER Isabelle, Interdit aux nomades, Calmann-Lévy, 2011, 240 p.
HEDDEBAUT Monique, Des Tsiganes vers Auschwitz. Le convoi Z du 15 janvier 1944, préface d’Henriette Asséo, Tirésias, 2018.
HUBERT Marie-Christine, Les Tsiganes en France 1939-1946. Assignation à résidence, Internement, Déportation, 4 Tomes, Thèse de Doctorat, Université Paris-X-Nanterre, Décembre 1997
HUMEAU Jean-Baptiste , Tsiganes en France, de l’assignation au droit d’habiter, L’Harmattan, Paris, 1995
KENRICK Donald, PUXON Grattan, Destins gitans : des origines à la solution finale, édition Gallimard, 1995
LEVY Paul, Un camp de concentration français : Poitiers 1939-1945, Paris, SEDES, 1995
LEWY Guenter, La Persécution des Tsiganes par les nazis, trad. par Bernard Frumer, préface d’Henriette Asséo, les Belles Lettres, 2004
PERNOT Mathieu, Un camp pour les bohémiens, textes de Henriette Asséo et Marie-Christine Hubert, Actes Sud, 2001, 128 p.
PESCHANSKI Denis, Les Tsiganes en France, 1939-1946, Contrôle et exclusion, avec la collaboration de Marie-Christine Hubert et Emmanuel Philippon, CNRS Editions, 1994, rééd. 2010
PIGANI Paola, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Liana Levi, 2013, 224 p. (Roman inspiré de la vie d’Alexienne Winterstein internée pendant 6 ans au camp des Alliers)
SIGOT Jacques, Des barbelés que découvre l’histoire. Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1946, Éd. Wallâda, 2011, 4e éd. (1re éd. 1983, Un camp pour les Tsiganes...et les autres, Montreuil-Bellay, 1940-1944 ; puis 2e édition revue et enrichie, Wallâda, Cheminements, 1994, Ces barbelés oubliés par l’histoire ; 3e édition, 2010, éd. revue et enrichie), 346 p.
YOORS Jan, Tsiganes. Sur la route avec les Rom Lovara. éd. Phébus, 2004, 288 p. (The Gypsies, 1967)
YOORS Jan, La croisée des chemins, la guerre secrète des Tsiganes, 1940-1944, éd. Phébus, 1992

Suite de la médiagraphie :
L’internement des Tsiganes en France 1940-1946, la mémoire et l’oubli :

Pour en savoir plus :

Mondes tsiganes. La fabrique des images. Au-delà des clichés

Les Tsiganes dans l’Europe occupée : entre persécutions et génocide

Mémoires tsiganes, l’autre génocide de Juliette Jourdan et Idit Bloch, avec Henriette Asséo, Kuiv Productions, 2011, 1 h 10

CERCLE D’ETUDE, 2° série, N°19 Conférence-débat du 19 octobre 2011 Persécutions des Tsiganes en Europe occupée Histoire et mémoires d’un génocide conférence de Marie-Christine Hubert ; conférence de M. Heddebaut ; témoignage de R. Gurême ; textes de M. Chodzko, M. Giboureau, R. Pillosio, N. Mullier ; rencontre avec D. Karavan. À la mémoire de F. Le Guennec. 2013, 162 p.

CERCLE D’ETUDE, N° 20 et 20 bis- Conférence-débat du 2 juin 2004 : - La persécution des Tsiganes - Mémoire et Histoire : Conférence d’E. Filhol, J. Sigot. Film de R. Pillosio. Texte de M.- C. Hubert. Témoignage d’E. Vinurel. Texte de N. Mullier. CR de la conférence, documents : 2004, 56 p. et 24 p.

[1Tsiganes déportés du Nord-Pas de Calais, zone rattachée à Bruxelles. Monique Heddebaut, Des Tsiganes vers Auschwitz. Le convoi Z du 15 janvier 1944, préface d’Henriette Asséo, Tirésias, 2018.