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Après les camps, la vie de Virginie Linhart, 2009 - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Après les camps, la vie de Virginie Linhart, 2009

"La vie après" des rescapés juifs des camps nazis, CR par Brigitte Vinatier
mercredi 25 mars 2009

Un film "Après les camps, la vie", documentaire écrit et réalisé par Virginie Linhart, Produit par Cinétévé, avec la participation de France 2
Un livre : "La Vie après" de Virginie Linhart, Le Seuil, 2012, 216 p.
Compte-rendu par Brigitte Vinatier.

 Après les camps, la vie

Après les camps, la vie, 70 min, Cinétévé / Ina / France Télévisions, 2009.
Le film Après les camps, la Vie s’intéresse aux mois et aux années qui ont suivi le retour en France des rescapés juifs des camps de concentration nazis. Il pose une question simple et pourtant peu abordée : comment après avoir traversé l’horreur de la déportation, les rescapés ont-ils vécu le nouveau traumatisme que représente le retour à une vie « normale » ? Comment ont-ils réussi à renouer avec le fil d’une vie interrompue dans une telle violence et su se reconstruire alors que toute, ou la plus grande partie de leur famille, avait été tuée ?
C’est à travers le témoignage direct des rescapés juifs que la réalisatrice Virginie Linhart veut tenter de répondre à cette question du retour à la vie et du long silence qui l’a souvent accompagné.

Le film Après les camps, la vie, sera projeté le 22 avril 2011 sur France 2 et reprojeté le 24 janvier 2012 sur la 2 :
http://www.france5.fr/et-vous/userdata/a_augure_file/0/160/apres-les-camps-la-vie.doc
"Avec les récits, entre autres, de Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens, Dora Golan-Blaufoux, Ida Grinspan, Sarah Montard, Nadine Heftler, Yvette Lévy, Ady Fuchs, Charles Baron, Paul Schaffer…"
Suite à un appel de la cinéaste, les déportés de l’UDA ont répondu présents pour le film.

Yvette et sa fille

 CR La Vie après

La Vie après, Virginie Linhart, Seuil, 2012
Compte rendu par Brigitte Vinatier

Virginie Linhart est réalisatrice de documentaires historiques et politiques et a publié deux ouvrages en 2008 et en 2010.

Dès la première ligne de La Vie après , l’auteur affirme avec une légitime fierté qu’elle est « une très bonne skieuse », pour avoir dévalé, des années durant, dès son enfance, les pistes noires de la très chic station suisse de Verbier, où son grand-père louait à l’année une résidence secondaire. Ce n’est que bien plus tard qu’elle a compris la passion de Jacob-Jacques Linhart, pourtant d’origine sociale modeste, pour la Suisse : dans ce pays, sa femme et lui rencontraient, quelques semaines par an, les membres de familles amies, tous juifs polonais comme eux, tous rescapés de la Shoah comme eux. Eux qui, dans la vie « normale », ne disaient pas un mot sur leur passé, s’autorisaient à vivre entre eux et seulement entre eux leur histoire.

Car c’est bien là le paradoxe que découvre vite l’auteur. Elle veut réaliser une enquête sur le retour des survivants des camps d’extermination, sur les conditions de leur réintégration dans la société française, elle s’intéresse à leur vie après. Et elle trouve le silence, un assourdissant silence. Au cours de ses recherches, elle constate que le retour des juifs survivants, un peu moins de 2 500, est très peu évoqué : aucune actualité cinématographique ne concerne par exemple l’hôtel Lutetia où ceux-ci sont regroupés. Les conditions de leur prise en charge, de leur transport sont d’ailleurs effroyables. On constate également une grande différence de traitement entre les prisonniers de guerre, accueillis avec force images et commentaires, et ces fantômes revenus d’on ne sait trop quel enfer. Et puis l’heure est à la réconciliation des Français pour construire l’avenir. Il vaut mieux exalter la Résistance pour effacer le souvenir des événements honteux qui se sont produits pendant l’Occupation, en juillet 1942 par exemple. De plus les rescapés eux-mêmes se rendent compte qu’ils sont peu audibles. On ne peut pas, on ne veut pas écouter leurs terrifiants récits. Après les premiers témoignages de l’immédiat après-guerre, très vite le silence s’installe. Les survivants prennent aussi conscience qu’il leur est nécessaire comme principe de survie et de reconstruction personnelle. Mieux vaut pour chacun « dissimuler son identité, son histoire », modifier son nom, pour se fondre dans la société. Il faudra deux générations pour que ces femmes et ces hommes, pour la plupart jeunes gens à cette époque, à présent à la retraite, choisissent de rompre ce silence, le plus souvent motivés par des événements précis : le procès Barbie, le développement des thèses négationnistes, incitent « les acteurs de la mémoire » à prendre et à garder la parole, aidés en cela par une volonté politique forte, dès les années 90. La déportation juive entre enfin dans l’Histoire.

Virginie Linhart, entreprenant ses recherches, se heurte parfois au refus des personnes qu’elle sollicite. Elles ont tant attendu pour parler, pour dire les mots de la tragédie, alors pourquoi perdre du temps à évoquer leur vie après, après l’enfer ? Heureusement il y en a aussi beaucoup qui veulent bien témoigner. Tous évoquent la vie difficile qui a été la leur. La grande majorité a tout perdu, famille, logement, biens, santé. Il faut parvenir à se soigner, à recouvrer des forces et puis tenter de vivre à nouveau, de recréer ex nihilo une vie digne d’être vécue. Malgré l’impression souvent exprimée qu’ils ne sont jamais complètement sortis des camps – « On vit avec Auschwitz » dit ainsi Ida Grinspan-, ces témoins évoquent leur reconstruction qui passe très vite par la recréation de réseaux sociaux, fils invisibles dans la société qui relient ceux d’un pays, d’une ville, d’une langue… On se retrouve entre soi, comme la petite communauté de Verbier, pour parler du passé, pour expulser les mots, pour sortir du silence mortifère. Grâce à ces réseaux, les rencontres se font et l’amour est à nouveau possible, socle fondamental pour penser l’avenir. L’engagement politique s’impose aussi en tant que recherche d’une éthique morale, d’un idéal, qu’il soit communiste ou sioniste. Se pose aussi la question de mettre au monde des enfants, est-ce possible après avoir survécu à Auschwitz ? Beaucoup de ces descendants n’ont jamais entendu leurs parents parler de leur passé et ont très mal vécu ce silence.

Ainsi, au fil des pages et des chapitres, Virginie Linhart mène le lecteur à la rencontre de ces femmes et ces hommes, rescapés des camps, autant de parcours qui s’inscrivent à la fois dans la collectivité et dans la singularité. Tous expriment leur absolue volonté de vivre en même temps que l’impression, qui ne les quitte pratiquement jamais, « d’être libres, mais pas libérés » ainsi que la culpabilité d’être celui ou celle qui a survécu, souvent le seul membre de toute une famille exterminée. Tous ces témoins se racontent avec pudeur, sincérité et une grande humilité, et l’on admire le courage et la détermination dont ils ont fait montre pour surmonter tant d’épreuves. A la fin de l’ouvrage, des notices biographiques présentent chacun d’eux. L’auteur évoque aussi ses grands-parents, Masza et Jacob, devenus Jacques et Maryse, ainsi que son père auquel elle a consacré un précédent livre [1].

Virginie Linhart termine son ouvrage par une anecdote et la phrase : « Puis je suis retournée boire avec les miens, à la vie. ». Ce dernier mot symbolise bien le message essentiel, la leçon que transmettent ces rescapés de l’enfer nazi, ceux qui ont échappé à l’horreur et à l’anéantissement. Tous disent la force de la vie, leur foi et leur absolue confiance en elle, qui leur ont permis, sur les ruines de leur passé, de reconstruire leur existence après. En définitive c’est bien la vie qui a eu le dernier mot.

Brigitte Vinatier

Retour de survivants de la déportation

LINHART Virginie, Volontaires pour l’usine : vies d’établis, 1967-1977, Éditions du Seuil, 1994, rééd. 2010
LINHART Virginie, La Vie après, Seuil, 2012

Archives

 Appel de Virginie Linhart

"Nous aimerions donc dans le cadre de ce projet rencontrer des rescapés juifs des camps de concentration, tous camps confondus et quelles qu’aient été les raisons de leur déportation, afin de recueillir leur témoignage sur la vie d’après les camps." 2009

Appel à témoin pour le film "La vie après"

Pour toute information complémentaire, merci de contacter Claire Perrier :
Cinétévé - 4, Quai des Célestins – 75004 Paris
Tel. 01 48 04 30 00 / Fax. 01 48 04 70 38 /
Email : cpbathie_yahoo.fr
remplacer_ par @

La vie après la Shoah, documentaire de Francis Gillery, 2009, 90 min
avec Charles Baron, Marceline Loridan-Ivens, Elie Buzyn, témoins.

[1Le Jour où mon père s’est tu, Seuil, 2008, 174 p.


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