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Les Disparus, Daniel Mendelsohn - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Les Disparus, Daniel Mendelsohn

CR par Anne Pasques
samedi 23 mai 2015

Sur les traces d’une famille disparue à Bolechow, Galicie.

CR Les Disparus [1] de Daniel Mendelsohn par Anne Pasques

En près de 650 pages d’une véritable enquête policière Daniel Mendelsohn nous fait entrer dans l’histoire de sa famille et de ses secrets et dans l’histoire tout court. Ce sont les non-dits de son enfance qui l’amènent à s’intéresser à son histoire familiale et son ouvrage débute par une évocation, alors qu’il est à Miami : « Jadis quand j’avais six ou sept ans, il m’arrivait d’entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer... » car il leur rappelait son oncle Shmiel ; la seule explication qu’il obtienne est que Shmiel et toute sa famille « ont été tués par les nazis ».

Plus tard, à la mort de son grand-père, il trouve dans son portefeuille une lettre datant de 1939, envoyée par Shmiel resté au shtetl [2] de Bolechow (Galicie) ; Shmiel demandait de l’aide à ce dernier installé aux États-Unis et la lettre était toujours à la même place.

Daniel Mendelsohn a le projet de retrouver le passé de sa famille à Bolechow et de savoir comment ils ont disparu. Il convainc son frère Matt et sa sœur de l’accompagner dans ce lieu aujourd’hui situé en Ukraine [3]. Dès sa première visite il apprend comment a eu lieu la première Aktion  [4] en octobre 1941. Mille Juifs ont été massacrés après des tortures et des humiliations, un vieux rabbin a été placé en haut d’une pyramide humaine..., ses yeux ont été crevés. Son témoin lui dit que l’une de ses cousines y a trouvé la mort ; son oncle, sa tante et une autre cousine ont été tués dans une autre Aktion ; sa famille a donc été victime de ces massacres de masse mais il n’a pas tous les renseignements souhaités et décide de poursuivre ses recherches.
Il reçoit des témoignages, retrouve des personnes qui ont connu sa famille et va leur rendre visite en Israël, en Australie, en en Suède, partout où il peut recueillir des informations. Il parvient, tel un détective, à reconstituer la vie et les derniers moments de ces « disparus » et notamment de ses cousines Lorka et Frydka...

Tout au long de cette quête, il est fort précis, n’hésite pas à faire part de ses erreurs, ce qui rend son récit très vivant, voire captivant, ainsi tient-il le lecteur en haleine ce qui est une grande qualité de l’ouvrage.
Daniel Mendelsohn intègre ces histoires familiales dans une réflexion sur le destin de l’humanité. Ses recherches, voyages et rencontres sont scandés par le commentaire de passages de la Torah, texte sacré pour l’auteur, mais aussi d’extraits de l’Énéide ou d’autres œuvres majeures.
La première partie, intitulée « Beireishit ou les commencements », comprend ses souvenirs d’enfance ; il pense qu’il est plus facile de comprendre le sens d’un grand événement historique à travers l’histoire d’une famille.

Dans la deuxième partie, « Caïn et Abel ou frères et sœurs », il place le meurtre d’Abel par Caïn qui fait écho au silence de son grand-père à l’égard de la lettre de Shmiel, mais aussi à sa jalousie et à sa violence envers son frère Matt.

La troisième partie, « Noach ou l’annihilation », la destruction voulue par Dieu, il évoque alors la fin de la communauté juive de Bolechow.

Avec la quatrième partie, « Le voyage d’Abraham vers la terre promise », Daniel et son frère Matt voyagent de Bolechow à Sydney.

Puis épisodes bibliques différents sont appelés en parallèle, notamment l’histoire de la femme de Loth transformée en statue de sel parce qu’elle se retourne... Sa mère lui disait que les membres de sa famille se sont gâchés la vie à regarder le passé et qu’elle ne veut pas qu’il en soit de même pour eux.
À la fin Daniel Mendelsohn a le sentiment d’avoir accompli sa quête familiale... mais il a appris les massacres.
Les Disparus juxtaposent horreur absolue et tendresse. L’auteur résout son questionnement de départ, la façon dont la famille de Bolechow a disparu, mais aussi il parvient à restituer la vie d’avant la Shoah, dans cette Galicie polonaise devenue ukrainienne et à reconstituer la « vie » de l’oncle Shmiel, de son épouse Ester et de leurs filles Lorka, Frydka, Ruchele et Bronia. Grâce à son récit superbement écrit, Daniel Mendelsohn a sorti « ses disparus » du néant auquel les nazis les avait condamnés.

Anne Pasques

Cr. http://www.cercleshoah.org/IMG/pdf/les-disparus-mendelsohn.pdf

La "Shoah par balles" à l’Est

Retour à Lemberg de Philippe Sands
Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, Ivan Jablonka, CR
Lieux de mémoire en Europe centrale...

http://www.danielmendelsohn.com/

HUSSON Édouard, RIBOT Guillaume (photos), Les Fusillades massives en Ukraine (1941-1944). La Shoah par balles, catalogue de l’exposition, 20 juin 2007-6 janvier 2008, coéd. Calmann-Lévy / Mémorial de la Shoah, avec deux DVD-vidéo de Natacha Nisic comprenant dix témoignages sous-titrés en français (6 h 40 min).

[1MENDELSOHN Daniel, Les Disparus, traduit de l’américain par Pierre Guglielmina, Paris, Flammarion, 2007, 650 p. (1ère éd., The Lost : A Search for Six of Six Million, New York, HarperCollins, 2006, 950 p.).

[2Shtetl : mot yiddish désignant les bourgades juives d’Europe de l’Est où les Juifs étaient majoritaires.

[3Son nom ukrainien actuel est : Bolekhiv.

[4Aktion : nom utilisé par les nazis pour parler d’une opération de tuerie massive de Juifs.