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Fernand Zalkinov, une figure méconnue de la résistance - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Fernand Zalkinov, une figure méconnue de la résistance

les représailles contre une famille communiste par MP Hervieu
mercredi 17 janvier 2018

"Dites-vous bien que je suis mort d’une belle mort et que, plus tard, vous serez fiers de moi." Fernand Zalkinov à ses parents.

Une figure méconnue de la résistance intérieure : Fernand Zalkinov, fusillé au Mont Valérien, le 9 mars 1942, à l’âge de 18 ans et demi.

 Un jeune homme pauvre

Fernand Zalkinov est né à Paris, le 29 septembre 1923, dans une famille juive immigrée en 1910, originaire de Pologne et de Biélorussie. Ses parents, Haina Kantof et Nojme Zalkinov, yddishophones, naturalisés en 1927, ont trois enfants : Juliette, née en 1915, Rachel en 1918, (les deux aînées deviendront sténo-dactylos), le dernier est Fernand. Ils habitent 51 rue des Amandiers, dans le 20e, le père est artisan-cordonnier. Le fils, boursier, bon élève à l’école primaire supérieure Arago, aspire à être professeur d’allemand, mais faute de moyens, il devient apprenti, puis ouvrier-fourreur, qualifié dans un rapport de police de « fourreur juif »…La famille est communiste militante, lui-même, membre des Jeunesses communistes parlera dans sa dernière lettre de « cause qu’il a toujours servie », jusqu’au sacrifice assumé.

 JC engagé dans la lutte armée

Adolescent dans les Jeunesses communistes puis dans la Résistance armée

Adhérant très jeune aux Jeunesses communistes, il soutient activement les Républicains espagnols, puis entre dans la Résistance active à l’été 41, en intégrant l’OS, Organisation spéciale, dans ce qu’il est convenu d’appeler «  Les bataillons de la Jeunesse ». Enrôlé par Gilbert Brustlein [1], dont il devient l’adjoint dans le XIe arrondissement, il est sous l’autorité du responsable militaire : Pierre Georges, dit Frédo, futur colonel Fabien. Gilbert Brustlein est à la tête d’un groupe de 7 combattants dits par la police française et la presse de la collaboration « Bande à Brustlein [2] » ou « bandits ».

Lui-même dirige un sous-groupe de trois avec Roger Hanlet et Pierre Milan, deux jeunes cyclistes, l’un livreur, l’autre télégraphiste, habitant *des HBM du 11e. Clandestin, ayant pris pour pseudonyme « Benoît », il partage la planque de Gilbert Brustlein, une chambre de bonne située au 6e étage avenue Philippe Auguste (XIe), qui se transforme en cache d’armes et de matériel, ce qui au regard des consignes (militaires) de cloisonnement, est imprudent, il sera d’ailleurs arrêté, seul, dans ce local le 30 octobre 1941.

Résistant courageux, pour ne pas dire intrépide, il commence par manifester publiquement son hostilité à l’occupation militaire allemande, en distribuant des tracts que la police française trouvera stockés et cachés chez ses parents, ajoutant des prises de parole, y compris sur son lieu de travail. Puis comme ses devanciers de 1870, il se transforme en franc-tireur, multipliant sabotages et attentats : dans le livre de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes-les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée-automne 1941, il est nommément cité pour 10 actions allant d’incendies de camions allemands, d’un hangar de fourrages et de garages jusqu’à la tentative d’assassinat contre un sous-officier de l’armée allemande, Ernst Hoffmann, qu’il blesse devant l’hôtel Terminus-est, boulevard de Strasbourg (10e), le 3 septembre 1941. De même, il use de son arme contre l’inspecteur Debernardi venu l’interpeller, et il le blesse légèrement.
Arrêté le 30 octobre 1941, dans une traque policière qui commence le 29 octobre 1941, par l’arrestation de Roger Hanlet et Pierre Milan, et prend fin le 6 janvier 1942 avec les « captures » de Robert Peltier, Christian Rizo, Ascher Semahiya et Tony Bloncourt, soit 7 jeunes hommes nés entre 1915 et 1924, ayant de 16 à 24 ans, condamnés à être jugés pour « actes de violence répétés contre l’armée allemande » soit depuis le 14 août 1941, la peine de mort pour actes de résistance et appartenance communiste, serait-elle à caractère politique (propagande).

L’arrestation rapide de ces jeunes combattants révèle trois faits : face à des policiers expérimentés et mis sous pression par leur hiérarchie de la Brigade criminelle antiterroriste de la Préfecture de Police de Paris, commandés par le commissaire Georges Veber, ces jeunes gens courageux mais sans expérience ni formation militaires ne font pas longtemps le poids. Ils sont vulnérables aussi du fait de quelques imprudences : ne pas « couper » avec des relations personnelles (et familiales) qui pour certaines, les trahiront, par leur bavardage, partager une planque dans le même quartier où ils habitent, travaillent et se ravitaillent, se rencontrer dans des lieux publics. Enfin après leur arrestation, certains se révèleront vulnérables à des méthodes policières que l’on peut qualifier de tortures, ce qui n’est pas le cas de deux membres résistants de la famille Zalkinov, Fernand et Rachel.

 « Franc-tireur ». Fusillé

Interrogé, emprisonné puis jugé, condamné à mort, fusillé.

Le jeune Fernand est amené 36 quai des Orfèvres, à la Préfecture de police, pour y être interrogé. Ayant enduré « coups et injures », il ne livre rien que les policiers ne connaissent déjà, de même qu’il serait le seul à ne pas avoir déposé un recours en grâce après sa condamnation. Comme il l’écrit dans sa dernière lettre à ses parents, le jour de son exécution : « Ne laissez pas salir ma mémoire. Dites-vous bien que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester propre et honnête, pour être digne de vous  ».

Emprisonné à la Santé, au secret, chaînes aux pieds et aux mains, il est extrait de sa cellule, pour être jugé par une Cour martiale siégeant au palais Bourbon (Assemblée nationale), du 4 au 6 mars 1942. Aux juges militaires allemands, il déclare que « c’est ma conviction qu’il fallait lutter contre l’armée d’occupation  ».

Comme ses six camarades [3] », il est condamné à mort et exécuté à 16 h 26, le 9 mars 1942, au Mont Valérien (Suresnes). Il a 18 ans et demi. Le même jour, une nouvelle affiche rouge émanant du « Commandant du Grand Paris » (le gouverneur militaire), le général Ernst Schaumburg [4] annonce publiquement la fusillade d’un « Franc-tireur » comme il est affiché dans son avis d’exécution par les autorités militaires allemandes.

Recherche auteurs de l’attentat de Nantes, Wikipedia

 Représailles contre la famille Zalkinov

La famille Zalkinov, communiste et juive, victime de mesures de représailles (1942-1944).

Mais les autorités allemandes ne s’arrêtent pas là, en fonction de l’ordonnance du 10 juillet 1942 signée de Carl-Albrecht Oberg, général SS, commandant de toutes les polices allemandes en France occupée, à partir du printemps 1942, selon laquelle «  les parents masculins des partisans en fuite, en ligne ascendante, ainsi que les beaux-frères et cousins à partir de 18 ans seront fusillés ». S’y ajoute le fait que les parents et enfants Zalkinov sont juifs et relèvent de la politique génocidaire des nazis. Par mesures de représailles, ils sont tous arrêtés et emmenés à la Préfecture de police de Paris : Haina et Nojme Zalkinov, leur fille ainée Juliette et son mari Raymond Moyen, leur fille cadette Rachel et son compagnon André Jacquot, des résistants, puis emprisonnés. André Jacquot, ancien combattant des Brigades internationales, s’évade et deviendra un cadre communiste de la Résistance armée. Rachel torturée, victime d’une hémorragie interne, est transférée à la Santé, au quartier allemand, où elle partage une cellule avec Agnès Humbert, une résistante du réseau du Musée de l’homme qui témoignera que quand Rachel a appris, dans un silence de mort, l’exécution de son frère : « C’est l’Allemand qui a baissé les yeux, bouleversé devant cette admirable communiste juive de 23 ans ».

Le 7 août 1942, les parents de Fernand Zalkinov sont transférés au fort de Romainville et deviennent otages. Le 11 août 1942, le père, Nojme Zalkinov, est fusillé [5], la mère de Fernand et sa sœur Juliette, sont transférées le 3 septembre 1942, dans « le camp de Juifs » de Drancy. Haina est déportée le 23 septembre, par le convoi 36, à Auschwitz-Birkenau. Juliette Moyen est d’abord transférée à Beaune-la-Rolande (Loiret), le 9 mars 1943, puis déportée de Drancy à Sobibor, par le convoi 53, le 25 mars 1943. Son mari, Raymond, est déporté de Compiègne, le 6 juillet 1942, par le convoi de politiques dit des 45000. Rachel, transférée à la caserne des Tourelles [6] le 26 mars 1942, est déportée de Drancy à Auschwitz-Birkenau, par le convoi 3 du 22 juin 1942. Aucun ne reviendra. La famille Zalkinov est décimée.

M-P Hervieu, janvier 2018  


Dans une lettre à sa soeur, Fernand Zalkinov écrit : "Quand tu verras les copains, tu leur diras que je suis mort avec courage et qu’ils peuvent être fiers de moi. "

André Kirschen, "J’avais 15 ans", de Frank Cassenti

Éric ALARY, Un procès sous l’Occupation au palais Bourbon, préface Jean-Pierre Azéma, Assemblée Nationale, 2000.
Gilbert BRUSTLEIN, Le Chant d’amour d’un « terroriste à la retraite, 1989
Guy KRIVOPISSKO, La vie à en mourir. Lettres de fusillés, 1941-1944, Paris, Tallandier, 2003.
Albert OUZOULIAS, Les Bataillons de la Jeunesse, Éditions sociales, 1972 et Les Fils de la Nuit, Grasset, 1975.

Des terroristes à la retraite, documentaire de Mosco Boucault, 1985.

Engagement pour libérer la France, pour servir leur pays :
https://www.humanite.fr/node/223743
Le Maîtron des fusillés :
http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/
Otages, fusillés, massacrés sous le nazisme
Sur le CNRD
CNRD 2018 « S’engager pour libérer la France » 
http://clioweb.canalblog.com/tag/cnrd

[1Gilbert Brustlein : Père originaire d’une famille protestante de Mulhouse, mère Suzanne Momon, déportée dans le convoi du 24 janvier.

[2Il participe à la manifestation du 14 juillet 1941, Voir Liliane Lévy-Osbert, « Jeunesse vers l’abîme » Liliane Lichtenstein qui faisait partie de la bande est déportée sous le nom de Liliane "Lichtenchtein", par le convoi 66 du 20 janvier 1944.

[3Roger Hanlet, Pierre Milan, Tony Bloncourt, Acher Semahya, Christian Rizo, Robert Peltier condamnés à mort pour « activités de franc-tireur ».

[5avec Joseph et Bernard Kirschen, respectivement père et frère d’André Kirschen

[6À la caserne des Tourelles, Lily, avec Rachel Zalkinov, faisait partie des trois mousquetaires, elle était Aramis et Rachel : Athos