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Comment sont-ils devenus résistants ? de Robert Gildea - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Comment sont-ils devenus résistants ? de Robert Gildea

CR par Martine Giboureau dans la perspective du CNRD
lundi 4 décembre 2017

"L’histoire de la Résistance est racontée du point de vue des résistants eux-mêmes."
Les résistants ont dit non au déshonneur et à la soumission.

Compte-rendu de lecture Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la Résistance (1940-1945) , Robert Gildea, Les Arènes, 2017, 560 p.
Robert Gildea

Ce très gros livre [1] est très bien écrit, bien structuré donc agréable et facile à lire. Le récit mélange habilement une organisation chronologique, des réflexions thématiques, des analyses par régions et de très nombreuses biographies de résistant.es. Chaque chapitre est terminé par un résumé. « Ce livre est le fruit de plus de dix ans de recherches et d’enquêtes … L’histoire de la Résistance est racontée du point de vue des résistants eux-mêmes … » [2] « Notre étude de la Résistance se fonde directement sur le témoignage, écrit et oral. » (p 23) [3]

Ce compte-rendu ne peut embrasser toute la richesse du livre. La sélection correspond à des choix liés au sujet du concours national de la résistance et de la déportation 2017-2018 : «  s’engager pour libérer la France ». Tous les aspects factuels, et en particulier la chronologie, présentés de façon très précise et détaillée dans le livre ne seront pas évoqués ici.

Il ne faut jamais oublier quand on essaie de cerner le rôle des résistants en France, que pour les Alliés, qui ne visaient que la défaite de l’Allemagne nazie et ses alliés l’Italie et le Japon, « la libération de la France devenait secondaire ». L’objectif premier des opérations sur le sol français était de faire reculer les troupes allemandes pour aboutir à la capitulation. Le choix de soutenir tel ou tel groupe, en particulier en fournissant des armes était lié à cet objectif et aussi à la peur de l’extension du communisme en Europe au moment de la Libération.

 I. Complexité et diversité des Résistants 

Depuis 1945, les définitions de « La Résistance » se complètent, se superposent, s’annulent. « Les historiens ont longtemps cherché une définition claire de la Résistance, mais en un mot, résister consista à refuser que la France demande l’armistice, à refuser l’Occupation allemande, et à être prêt à faire quelque chose dans le risque et l’illégalité. » (p 65). A travers des citations du livre de Robert Gildea, on peut cerner la complexité de ce que furent les motivations, les stratégies, les actions des résistants. ‘’Faire quelque chose’’ recoupe une grande diversité d’initiatives :

Une résistance militaire appelée/initiée par de Gaulle. « Pour eux, résister signifiait organiser des réseaux compacts dédiés à la collecte et la transmission de renseignements militaires », à l’organisation de filières pour évacuer des agents hors de France puis plus tard réaliser le sabotage d’installations et de moyens de communication allemands. (p 108)
Des actions sporadiques et symboliques, spontanées ou en réponse à une « consigne » donnée dans l’émission « Les Français parlent aux Français ».
Des manifestations de protestation ou des démonstrations spectaculaires ; des grèves …
Des actions régulières au sein de groupes organisés : renseignements aux Alliés, filières d’évasions, propagande antiallemande ou anti-Vichy et journaux clandestins — ce qui exigeait beaucoup de personnes de confiance au sein de mouvements plutôt que de réseaux, sabotages) et/ou des actions armées contre des personnes (attentats), attaques de lieux gardés pour récupérer du matériel (dont des armes) et après le 6 juin 1944 lutte frontale contre l’armée allemande …

Dès 1940 « quelques-uns dirent non [… ces] résistants se rassemblèrent en petits groupes isolés de la majorité conformiste de la population, afin de voir ce qui pouvait être fait pour résister. [… Ils] ont construit leur monde clandestin et se sont inventés de nouvelles identités et de nouveaux rôles » (p 23-24)
« Ces résistants de la première heure étaient-ils des patriotes qui réagissaient instinctivement contre l’occupation allemande ? des idéalistes qui s’opposaient à l’autoritarisme de Vichy et à sa politique discriminatoire ? ou simplement des originaux, des francs-tireurs qui ne supportaient pas le conformisme de la majorité ? » (p 43)

« Les résistants ont toujours été une minorité mais ils émergèrent de milieux très dissemblables. Leurs idées différaient beaucoup, et leurs objectifs aussi ». Beaucoup invoquent « les sentiments d’honneur, de honte, de révolte transmis par l’histoire familiale » (p 60).

Parmi ces résistants, en grande majorité plutôt jeunes, on trouvait :
- des patriotes voulant voir le territoire libéré au plus vite de l’occupation par les Allemands (et les Italiens), s’opposant ainsi au « patriotisme » de Vichy. La gloire des soldats de 14-18 était d’autant plus motivante que la France a connu l’humiliation de la défaite de 1940. Un certain nombre de ces patriotes étaient issus des rangs de l’extrême-droite.
Quand les Allemands franchirent la ligne de démarcation le 11 novembre 1942, quelques dissidents de l’armée d’armistice ont considéré « que le patriotisme exigeait de résister plutôt que d’obéir aux ordres [de Pétain …] Une poignée d’anciens officiers fonda alors une organisation secrète appelée Organisation de résistance de l’armée (ORA), destinée à se manifester lorsque les Alliés viendraient libérer la France. » (p 242)
des idéalistes « luttant pour un monde meilleur que celui qui a été corrodé par la République et perverti par l’occupation allemande et le régime de Vichy … [Ils] passèrent beaucoup de temps, pendant la Résistance, à imaginer le monde qu’ils rebâtiraient après la Libération. » (p 48). Les antifascistes continuaient ainsi la lutte menée en France depuis 1934 ou depuis de nombreuses années en Italie, Allemagne, Espagne. Pour certains juifs d’Europe centrale, parlant le yiddish, « c’est le sort du peuple juif qui les préoccupe avant tout. L’anéantissement du fascisme, mais aussi pour la venue des temps messianiques, le socialisme qui libérera le peuple juif. » (p 195)
des « romantiques » qui « avaient l’impression de participer à une chose irréelle, une pièce de théâtre, un roman ou une intrigue policière. C’était parfois bien plus exaltant que leur vie quotidienne et compensait pour eux les faiblesses et les insuffisances dont ils avaient toujours souffert. » (p 149)
des humanistes en lutte contre les nazis et Vichy pour empêcher l’extermination des juifs. « [La cérémonie du 18 janvier 2007] consacre une nouvelle image de ce que signifie la Résistance : non plus la lutte armée de patriotes cherchant à chasser les Allemands hors de France, mais le sauvetage à mains nues d’une minorité persécutée qu’il fallait arracher aux griffes des nazis. » (p 17) Parmi ceux-là, certains « le firent pour des raisons religieuses : ils étaient juifs […], chrétiens, catholiques ou protestants, mus par le désir d’aider leur prochain. L’ampleur de la tâche suscita une forme d’œcuménisme et de coopération entre croyants des différentes religions. » (p 171)
- des révolutionnaires voulant fonder une République socialiste plus juste dès la Libération. Parmi les militants communistes qui sont entrés en résistance (bien avant juin 1941 pour certains contre les choix du bureau national qui avait accepté le pacte germano-soviétique), Robert Gildea distingue trois groupes : a) les bolcheviks d’origine étrangère b) les étudiants qui s’étaient affrontés avant guerre aux ligues fascistes et qui ne suivent pas toujours la ligne du Parti c) les ouvriers de la CGT et/ou du PCF.
– des personnes qui ont décidé d’agir du fait de circonstances particulières.
Il faut par ailleurs souligner que les rivalités de personnes ont pu freiner l’action des résistants, rivalités liées certes à des idéaux différents mais aussi à des caractères très trempés et à des ambitions personnelles concurrentes. Frenay contre Moulin, de Gaulle contre Giraud en sont les exemples les plus célèbres.

 II. Identification des divers groupes

« Dans les premiers temps, beaucoup de groupes de résistants apparurent au sein d’ensembles déjà existants : militaires et anciens combattants, amis et voisins, professeurs d’université et étudiants, médecins et personnel hospitalier, patrons et responsables syndicaux, démocrates-chrétiens ou communistes. » (p 68) Il faut ajouter les milieux religieux, protestants, juifs, catholiques. « En zone occupée, [les petits groupes organisés] agissaient de façon concrète, en fournissant des renseignements aux Alliés ou en aidant les prisonniers de guerre à s’enfuir. En zone libre, la priorité allait à la propagande contre la politique de collaboration de Vichy. Il y avait peu de communication entre les groupes, en partie parce qu’ils provenaient de mondes très différents, en partie parce que la sécurité l’exigeait. » (p 82).

Parmi ceux qui ont rejoint de Gaulle à Londres, « le clan des militaires ne comprenait que des hommes de droite. Ils étaient partisans enragés de la lutte contre l’Allemand, ce qui les opposait à Vichy, mais ils étaient comme les hommes de Vichy, antirépublicains et antiparlementaristes. » (Claude Bouchinet cité p 36)
Des groupes de résistants pouvaient être tout à la fois hostiles aux Allemands (nazis occupants), aux Soviétiques (communistes staliniens) et aux Britanniques (ennemis héréditaires de la France, ayant de plus décidé l’attaque sur Mers el-Kébir). (p 73) Et l’antisémitisme peut être fort parmi certains résistants : Henri Frenay a déclaré qu’il y avait « trop de juifs » au ministère de l’Intérieur du gouvernement constitué à Alger ! (p 280)

« Ceux qui avaient moins à perdre et encore moins de lieux où se réfugier, les communistes, les juifs et les étrangers, étaient plus enclins à résister que la masse des Français […] Ceci indique qu’il serait peut-être plus exact de parler moins de la Résistance française que de la résistance en France. » (p 221)
Après la Relève et la mise en place du STO, « suivant les régions, 5 à 25% des réfractaires rejoignirent un maquis, soit un total de 30 000 à 40 000 hommes. » (p 271)

« Même si l’Afrique du Nord était profondément loyale au régime de Vichy, il existait un petit mouvement de résistance […] Il serait plus exact de parler de cellules de résistance, car il s’agissait de petits groupes disparates et peu reliés entre eux […] : des activistes de la communauté juive persécutée, des réseaux gaullistes centrés sur l’université d’Alger et des groupuscules de droite, voire d’extrême-droite, d’accord sur tout avec Vichy sauf sur la collaboration avec l’Allemagne. » (p 226-227)
Au sein des communistes, après juin 1941, les dissensions eurent lieu quant à l’opportunité de s’en prendre physiquement aux Allemands, du fait des exécutions d’otages qui s’en suivaient : « certains étaient partisans de la terreur et de représailles systématiques. D’autres craignaient que cette stratégie n’isole les communistes des autres mouvements de résistance et ne les prive d’un large soutien au sein de la population. » (p 91)

Les communistes, mais pas seulement eux, « avaient une vision de la Résistance, influencée par l’idée révolutionnaire de la levée en masse, le peuple en armes se libérant lui-même de l’oppression étrangère par la guérilla. » (p 205) On a pu faire une analyse selon les classes sociales comme Gérald Suberville cité p 263 : « Dans la France occupée, il nous paraissait évident que l’attentisme serait le lot d’une résistance ‘’bourgeoise’’, l’action immédiate celui d’une résistance ouvrière [car celle-ci] n’ayant rien à perdre, elle était plus apte à se jeter dans un combat solidaire, sans reculer devant l’ampleur des risques. »

Au début de 1942, la Résistance demeure profondément divisée et si certains estimaient que la lutte devait être faite sur le sol français, Londres apparaissait de plus en plus comme le seul recours possible. Toutefois en novembre 1942 les liens sont plus forts. « De multiples réseaux, à l’exception des communistes et de l’extrême-droite, travaillaient ensemble, à défaut de se doter d’une organisation unique ». (p123)
« Le 26 janvier 1943, les trois principaux mouvements de résistance de l’ancienne zone libre, Combat, Libération et les Francs-Tireurs et Partisans, s’unissent pour créer les Mouvements unis de Résistance (MUR) ». (p 247) Mais face à Jean Moulin, qui avait été parachuté le 20 mars 1943, Henri Frenay déclare : « Vous semblez méconnaître ce que nous sommes vraiment, c’est-à-dire une force militaire et une expression politique révolutionnaire. » […] La Résistance est une armée révolutionnaire qui repose plus sur la passion que sur la discipline, et qui ne suivra que des chefs qu’elle aime et en qui elle a confiance. « Ces hommes ne peuvent en aucun cas […] être comparés à des soldats d’une armée régulière. La discipline, d’ailleurs relative, qu’ils observent est beaucoup plus celle d’une armée révolutionnaire. » Delestraint analyse la situation très différemment : pour lui « l’Armée secrète devait se préparer pour intervenir au jour J en concordance avec le plan de débarquement et éviter de procéder à des attaques actuelles d’objectifs ennemis. » (p248-249)

En dépit d’initiatives contradictoires, d’oppositions frontales (entre autres entre chefs de mouvements et hommes de partis), de positionnements plus ou moins provocateurs de la part des divers dirigeants et personnalités résistantes, Jean « Moulin convoque la première réunion clandestine du Conseil national de la Résistance le 27 mai 1943 dans un petit appartement du 48, rue du Four » et le 3 juin 1943 est formé à Alger le Comité français de libération nationale (CFLN), ébauche du futur gouvernement provisoire. Ces deux institutions « symbolisent l’unité et l’intégration de la Résistance en France et dans l’Empire. » (p 260) De Gaulle valorise cette « unité » dans son discours du 18 mars 1944 au cours duquel il appelle les « soldats, marins et aviateurs français et ‘’tous nos combattants des maquis, des villes et des usines’’ à ‘’combattre tous ensemble’’ […] ‘’J’ai l’honneur d’appeler tous les Français au rassemblement national’’ [Il précise que le gouvernement provisoire] ‘’veut associer à son action et même à sa composition des hommes de toutes – je dis : toutes – les origines et de toutes les tendances, de ceux-là notamment qui prennent dans le combat une lourde part d’efforts et de sacrifices.’’ »

« Juste avant le jour J, la Résistance ne souffre pas seulement d’un manque d’armes, d’entraînement et d’encadrement, mais aussi de profondes divisions politiques qui génèrent des visions différentes de ce que doit être la résistance. A une extrémité se trouvent les FTP communistes […] qui se sentent marginalisés voire ostracisés par les autres résistants et les Alliés. A l’autre extrémité, on trouve l’Organisation de résistance de l’armée (ORA), giraudiste sinon pétainiste […] Entre les eux, les Mouvements unis de la Résistance (MUR) [qui] s’élargissent et deviennent le Mouvement de libération nationale (MLN) » en février 1944. (p 306).

Les difficultés à établir des liens durables entre de Gaulle (à Londres puis à Alger) et les résistants agissant en France métropolitaine furent toutefois constantes. On ne peut que noter « la tension entre les Français libres, pour qui la résistance visait la libération armée de la France et de l’Europe, et les résistants de la métropole, pour qui, le vieux monde étant discrédité voire détruit, la résistance impliquait la reconstruction politique de la France (et même de l’Europe) à la Libération. » (p 111) Au moment des débarquements en Normandie puis en Provence « un conflit éclata entre les deux modèles de résistance : d’une part, la volonté des communistes (et de l’ensemble des résistants étrangers) de susciter une insurrection nationale qui amènerait au pouvoir un gouvernement populaire et produirait des réformes profondes, et d’autre part, la reconquête organisée du pouvoir au fur et à mesure du retrait allemand, pour permettre à de Gaulle de réaffirmer l’autorité de l’État français et d’étouffer tout risque de révolution populaire. » (p 26) Ainsi le 6 juin 1944, de Gaulle demande au micro de la BBC « que l’action menée par nous sur les arrières de l’ennemi soit conjuguée aussi étroitement que possible avec celle que mènent de front les armées alliées et françaises » tandis que le 7 juin, toujours à la BBC, Waldeck Rochet, dans la logique de la Marseillaise clamant ‘’Aux armes citoyens’’, demande à « tous les Français de s’unir, de s’armer et se battre pour chasser l’ennemi du sol de la patrie et rendre à notre cher pays sa liberté, sa grandeur et son indépendance. » Mais « le jour J fut [de fait] le signal pour des milliers de jeunes Français qui sortirent de l’ombre et prirent le maquis, prêts à soutenir les Alliés et les forces françaises revenues se battre en métropole après quatre longue années. [Même] si l’aide des Alliés et des Français se fit attendre. »

Robert Gildea développe sur plusieurs pages « la bataille pour le commandement de la Résistance » après le 6 juin 44, bataille qu’il qualifie de féroce. Il précise : « Au sein du Conseil national de la Résistance et de son Comité d’action militaire (COMAC), la lutte de pouvoir continue pour savoir qui commandera aux FFI. (p 335 et suivantes) Et p 363, il décrit « la lutte pour les premières places [qui] fait déjà rage entre la Résistance intérieure et la Résistance extérieure » et ce dès le 26 août, à Paris. Le 10 septembre, lors de la formation du gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle, la Résistance intérieure ne reçut pas de poste (contrairement aux affirmations de Henri Frenay). « La colonne vertébrale du gouvernement de Gaulle se compose de Français libres qui l’ont déjà servi à Londres et à Alger. » (p 377-378)
« Durant les dix premières semaines [qui suivirent le 6 juin], les résultats [des opérations assurés par les résistants] furent spectaculaires mais souvent catastrophiques. Les Allemands considéraient les gens des maquis et ceux qui menaient des guérillas urbaines comme des terroristes [4] à fusiller sans jugement dès leur arrestation. […] Le coût de ces actes de résistance fut très élevé. La situation ne se renversa qu’après le 15 août et la Libération s’annonça enfin. » (p 340)

 III. Les rôles très divers des femmes ; un exemple de biographie

Des femmes ont été très actives dans la résistance et certaines sont parties à Londres alors que la plupart ont opéré sur le territoire métropolitain. Henri Tanguy déclara juste après la Libération : « Les femmes ? Dites bien que sans elles, la moitié de notre travail aurait été impossible. Je n’ai jamais eu d’autres agents de liaison que des femmes. » (Rol-Tanguy cité p 138)

Robert Gildea en présentent beaucoup, des plus connues aux totalement oubliées, racontant leurs exploits, esquissant leurs biographies. En voici la liste par ordre alphabétique :
Virginia d’Albert-Lake ; Berty Albrecht ; Madame Alloy ; Marcelle Appleton ; Bertrande d’Astier ; Germaine Aylé ; Madeleine Barot ; Lucie Bernard épouse Samuel (nom de code : Aubrac) ; Rosine Bet ; Agnès Bidault ; Marguerite Blot ; Jeanne Bohec ; Marguerite Bonnet ; Madeleine Braun ; Benoite Broult ; Danielle Casanova ; Marie-José Chombart de Lauwe ; Sabine Chwast épouse Zlatin ; Marianne Cohn ; Yvonne Cormeau ; Raymonde Debarge ; Génia Deschamps (née Kobozieff) ; Suzanne de Dietrich ; Denise Domenach ; Elisabeth Dussauze ; Mary Elmes ; Micheline Eude ; Rosine (Rywka) Fryd épouse Chapochnik ; Denise Gamzon ; Geneviève de Gaulle ; Denise Gilman ; Marie-Rose Gineste ; Tototte Giniewski ; Anise Girard ; Claire Girard ; Nina Gourfinkel ; Annie Hervé ; Agnès Humbert ; Andrée de Jongh ; Madame Labarthe ; Anne-Marie Lambert ; Nicole Lambert ; Madame Lamouille ; Jeanne Latchiver ; Marie-Hélène Lefaucheux ; Lise London ; Simone Martin-Chauffier ; Pauline Mercier ; Jeanne Merle d’Aubigné ; Andrée Monier Blachère ; Hélène Mordkovitch ; Charlotte Nadel ; Jacqueline Nearne ; Colette Nirouet (alias Evelyne) ; Yvonne Oddon ; Jacqueline Pardon ; Yvonne Queffurus ; Emmanuelle Racine dite Mila ; Adrienne Régal (dite Jeannette Moreno) ; Germaine Ribière  ; Lise Ricol ; Madeleine Riffaud ; Cécile Rol-Tanguy ; Odette Rosenstock ; Andrée Salomon ; Sophie Schwartz ; Paulette Sliwka ; Jeanine Sontag ; Tereska Szwarc ; Cécile Tanguy ; Hélène Terré ; Germaine Tillion ; Damira Titonel ; Suzanne Tony-Robert ; Suzanne Vallon ; Anne-Marie Walters ; Pearl Witherington (pseudonyme : Genevieve Touzalin) ; Marie-Rose Zerling.

Robert Gidea souligne quelques caractéristiques de cette résistance au féminin :
«  Un mélange de paternalisme et de culte de la féminité confinait les femmes à des rôles traditionnels. Les femmes engagées dans la Résistance semblent souvent s’être limitées d’elles-mêmes à des rôles féminins. […] Mais pour de nombreuses femmes, résister signifiait combattre à la fois les Allemands et les stéréotypes de genre. » (p 125).

Robert Gildea n’hésite pas à écrire à propos de la feuille clandestine Défense de la France : « Les hommes ne sachant pas alors taper à la machine, c’était Charlotte Nadel, une étudiante en sciences à la Sorbonne, qui se chargeait de la fabrication […] Dans l’équipe, les femmes s’occupaient de tout ce qui permettait au journal de paraître : fournitures, contacts, réunions. » (p 136).

Les deux tiers des lettres françaises reçues par la BBC entre 1940 et 1943 furent écrites par des femmes.
« Au fil des opportunités, elles s’engagèrent dans l’espionnage, la propagande, les sabotages et même la lutte armée » (p 134) Des femmes ont en effet pris des armes comme Marguerite Bonnet chef de Libération-Sud en Isère ou Madeleine Riffaud qui tua un soldat allemand le 23 juillet 1944.

Le Corps des volontaires françaises à Londres (300 femmes en juin 1942) « était encore conditionné par un sexisme tout-puissant. Le rôle des volontaires féminines parmi les Français libres était de décharger les volontaires masculins des tâches auxiliaires pour qu’ils se préparent au combat […] Les volontaires féminines recevaient une formation militaire mais elles travaillaient ensuite comme sténodactylos, opératrices de téléphone, conductrices, infirmières ou assistantes sociales. » (p 126)
« En France, les femmes engagées dans la résistance étaient plus dépendantes des relations avec leur famille. […] La famille rendait la résistance naturelle et les protégeait du danger. » (p128). Parmi les nombreuses résistantes présentées dans le livre, beaucoup sont « sœur de … » ou « épouse de … ».
« Un rôle majeur joué par les femmes était d’héberger ceux qui se déplaçaient ou qui s’évadaient, et de tisser des liens entre les différents groupes » (p 130). Beaucoup de femmes furent « agents de liaison ou de courrier » et firent office de passeurs (entre autres pour des enfants qu’il fallait cacher). « Dans un monde où l’on considérait qu’un résistant était un homme, elles étaient moins suspectes ; » (p 138) Quand il y avait des arrestations, il fallait renouer les liens entre les résistants et aider les victimes. « Les réseaux de résistance développèrent donc une sorte de service social dont l’organisation reposa sur les femmes et sur le clergé. » (p 136) La mutualisation de ces services sociaux devint réalité au début de 1944 avec la création du Comité des œuvres sociales des organisations de la Résistance (COSOR) dont les principaux acteurs furent le père Chaillet et Agnès Bidault qui recrutèrent Marie-Hélène Lefaucheux.

« Alors que la résistance de certaines femmes était clandestine, d’autres manifestaient en public [dans la tradition révolutionnaire des émeutes et marches de la faim…] Les femmes de sensibilité communistes se révélèrent prêtes à lutter jusqu’au bout […] Les femmes créèrent des comités patriotiques féminins. […] A partir de l’automne 1942, l’opposition publique des femmes à la réquisition de leurs maris ou de leurs fils pour le travail obligatoire en Allemagne devint plus audacieuse encore. » (p 131-132)

« Même si les femmes jouèrent un rôle dans des activités dangereuses aux côtés des hommes, elles furent très souvent réticentes à en parler après la guerre, ou bien elles minimisèrent leur rôle. […] Que les résistantes aient rarement porté les armes explique en grande partie leur discrétion. Le fer de lance de la résistance était l’action militaire, et après la guerre [5], seuls les faits d’armes furent considérés comme des actes de résistance à proprement parler. » (p139-140)

Un exemple de biographie distillée à travers le livre (p 94, 180, 270, 424) :
Marie-Rose Gineste

Marie-Rose, à Montauban, distribuait Témoignage chrétien [6]. À cette époque, elle mettait bien en vue sur son bureau du secrétariat général du Tarn-et-Garonne, des exemplaires des encycliques par lesquelles Pie XI avait condamné le communisme puis le nazisme. Elle a reproduit la lettre de Mgr Théas, condamnant l’inhumanité des persécutions antisémites, datée du 26 août 1942, et l’a distribuée avec une amie et un jeune officier lorrain : « Nous sommes partis en bicyclette à travers les routes du département. Toutes les paroisses furent servies et le dimanche suivant, la lettre était lue simultanément dans tout le diocèse. L’immense joie que j’ai ressentie d’avoir déjoué préfet, censure et police compensait largement la fatigue des kilomètres parcourus dans un temps record et au mois d’août. » Léo Hamon [7] travaille avec Marie-Rose, pourtant anticommuniste avant guerre, qui désormais tape à la machine des tracts incitant les jeunes gens à refuser le STO. Marie-Rose a été reconnue comme Juste en 1985.

 IV. Histoire, mémoires, récits et mythes concernant « la Résistance » depuis 1945

Robert Gildea consacre une partie de son introduction et sa conclusion à « la bataille pour l’âme de la Résistance » [8] c’est-à-dire aux étapes, débats, querelles conduisant à la construction de récits et mythes, successifs et contradictoires, de la Résistance. Il ne diffère guère de l’analyse faite par Pierre Laborie . On peut en noter les principales étapes :

.« Mythe militaire, national et masculin […] bâti par de Gaulle » [9], fait de trois fils narratifs : a) le courant ininterrompu de résistance à partir du 18 juin 1940 b) la minorité de résistants actifs soutenue par une vaste majorité de Français c) les Français s’étaient libérés eux-mêmes et avaient restauré l’honneur, la confiance et l’unité de la nation.
.L’analyse du PCF est aussi largement militaire, nationale, masculine
.La remise en cause du mythe résistancialiste (à savoir une France entièrement résistante mise à part une poignée de collaborateurs), déclenchée entre autres par Le Chagrin et la pitié.
.La prise de conscience du rôle moteur des antifascistes étrangers, en particulier les juifs d’origine étrangère dans la Résistance française. Robert Gildea souligne p 190 : « Quarante ans après la guerre, l’histoire parlait des juifs comme de victimes ou de sauveteurs. Mais le fait que des juifs aient résisté, ce qui leur avait donné une légitimité à la Libération, avait disparu des mémoires. L’histoire dela résistance des juifs, en particulier des juifs étrangers, comme celle d’autres étrangers résistants, doit désormais être racontée. » Robert Gildea insiste à plusieurs reprises sur l’occultation du rôle des antifascistes étrangers dans la résistance, attribuant cela à la volonté de de Gaulle de « récupérer l’histoire de la Résistance au profit des Français et d’eux seuls. […] Cela [ = les Français se sont libérés seuls] devait être affirmé à la fois contre les Alliés et contre les antifascistes étrangers qui avaient contribué à la Résistance. » (p 370)
.La vision de la Seconde Guerre non plus à travers le paradigme de la Résistance mais à travers celui de la Shoah. Non seulement les résistants furent éclipsés, mais certains furent mis au banc des accusés (procès Barbie et accusations contre Raymond et Lucie Aubrac).
Une analyse définissant des Résistances plus liées aux droits universels des êtres humains, en particulier en valorisant les Justes.

Une conclusion amère a pu être portée : Outre la terrible répression dont furent victimes de nombreux résistants (tortures, exécutions, déportation ayant conduit à la mort), « la Résistance avait permis à une minorité de faire carrière, mais beaucoup plus nombreux étaient ceux qui avaient pâti, matériellement et moralement, de leur engagement, et ce handicap se transmettait à la génération suivante […] Pour la plupart, ils ont perdu trois ou quatre ans de carrière. Ils ont été démolis nerveusement ou physiquement ou psychiquement, et ça s’est souvent réfléchi sur la génération d’après, ce qu’on a négligé. Parce que si on a des parents qui psychiquement ne sont pas solides, les enfants ne le sont pas non plus, neuf fois sur dix […] Donc on n’a pas fini de payer. » (Génia Deschamps épouse Gemähling citée p 398).

Quant à Robert Gildea, il ouvre la voie à de nouvelles recherches : « L’histoire de la Résistance est au cœur de l’identité française. Si cette histoire évolue, nous sommes invités à réexaminer cette identité. » (p 431).

Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la Résistance (1940-1945) , Robert Gildea, Les Arènes, 2017, 560 p.

Martine Giboureau

CNRD 2018 « S’engager pour libérer la France » 

Marie-Claude Vaillant-Couturier, déportée à Auschwitz et à Ravensbrück, témoin au procès de Nuremberg. Conférence de Dominique Durand
Yvette Lévy, une biographie
Le sauvetage des enfants cachés durant la dernière guerre
France Bloch et Fredo Serazin
Roberte Breuilly-Jay, résistante, déportée à Ravensbrück
Charlotte Delbo, résistante, écrivain de la déportation, par Ghislaine Dunant
Ces résistants et résistantes à ne pas oublier 

[1550 pages dont deux cartes pleines pages. De la page 437 à la page 510 les remerciements et notes, de la page 511 à la page 537 la bibliographie et de la page 539 à la page 550 un index des personnes citées.

[2Extrait de la quatrième de couverture.

[3Voir les nombreuses controverses sur le rôle, la place du témoignage en histoire
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article36

[4Alors que le port du brassard FFI avait pour but d’assimiler ces combattants à des soldats et de les faire considérer le cas échéant comme prisonniers de guerre.

[5Voir le IV de cet article.

[6Le premier numéro date de novembre 1941. Les résistants catholiques considéraient pour beaucoup qu’ils devaient s’opposer non seulement à l’occupation allemande mais aussi à l’idéologie nazie qui menaçait le christianisme autant que la France et qui devait être combattu par la résistance spirituelle. (p 93)
Voir l’article sur Suzanne Citron

[7Léo Hamon (=Léo Goldenberg ) appartient à la tradition révolutionnaire russe et a été communiste jusqu’à la signature du Pacte germano-soviétique. Il réside à Montauban à partir du début de 1942. De l’été 1942 au printemps 1943, L. Goldenberg est nommé responsable du secteur de l’Action ouvrière (AO) de la région R4 (comprenant sept départements). Il est chargé de la propagande contre la Relève, de constituer des noyaux résistants dans les usines, de l’organisation du sabotage, de la distribution de faux papiers et d’organiser des manifestations de protestation lors des grandes journées symboliques, comme le 11 novembre et le premier mai.
http://museedelaresistanceenligne.org/media2882-L

[8Titre de la conclusion p 401

[9« Quatre forces ont convergé dans l’histoire de la Libération de Paris : les armées alliées, les armées françaises, la Résistance intérieure et la population. […] De Gaulle imposa aux Alliés que les forces françaises soient les premières à entrer dans Paris et fonda le mythe que les Français s’étaient libérés seuls. [ …] La Résistance intérieure fut marginalisée quand les gaullistes […] se glissèrent au sommet de l’État presque sans difficulté. » p 366