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Osnabrück ancrée dans l'« Histoire de l'Europe et des Juifs » - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Osnabrück ancrée dans l’« Histoire de l’Europe et des Juifs »

par Dominique Dufourmantelle
vendredi 2 juin 2017

1648 : Les traités de Westphalie, dont celui d’Osnabrück, concluent la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-Vingts Ans. Ils reconnaissent les trois confessions catholique, luthérienne et calviniste dans l’Empire. L’Empire est morcelé, la carte de l’Europe remodelée. Sur les traces d’Hélène Cixous.

Osnabrück.
« Histoire de l’Europe et des Juifs »

La mère d’Hélène Cixous, Eve Klein, est née à Osnabrück en 1910. Toute sa vie, sa mère lui a raconté Osnabrück : la cathédrale, le théâtre, la rivière « Hase », le quartier Nikolaiort, la maison sur la grande place.

La grande place : Marktplatz

Sa famille, les Jonas, s’installe à Osnabrück. La ville les accepte. L’Allemagne n’était pas unifiée, c’était des royaumes, des duchés, des villes et selon les localités, les lois différaient. À Osnabrück les Juifs n’avaient pas le droit de traverser la ville jusqu’au début du 19ème siècle. Ils devaient la contourner. Ils ont été admis à devenir des citoyens, des habitants d’Osnabrück en 1881.
Sa grand-mère maternelle est née à Osnabrück en 1882, Rosalie, dite Rosi, veuve de guerre.

Nikolaiort

Sa grand-mère était petite fille sous le Kaiser. La petite enfance et l’enfance de sa mère et de sa grand-mère se passaient dans un moment de répit entre des guerres.
Sa mère et sa grand-mère n’avaient pas rejeté Osnabrück, ne l’avaient pas oublié tout en étant dans la réalité puisque la moitié de la famille avait été en camp de concentration. Elles lui ont transmis l’histoire d’Osnabrück.

Osnabrück un mythe qui commence dans sa petite enfance. Vie et mort d’une petite ville allemande qui est devenue maintenant une grande ville. Dans ces premières années où les Juifs ont pu entrer dans la ville, il n’y avait à Osnabrück que 18 000 habitants.

Osnabrück est une ville de Basse-Saxe. Elle a des racines profondément germaniques. Elle compte actuellement 165 000 habitants. Hélène Cixous a travaillé sur l’histoire d’Osnabrück. Elle a découvert une ville qui avait une sorte de vivacité, de ténacité, tout à fait extraordinaires.

La mairie entretient une culture de la Mémoire, en reconnaissant ce qui s’est passé et en essayant de retrouver ce qui avait disparu. Il n’y avait plus aucun Juif à Osnabrück. Ils ont lancé un appel mondial à la recherche de Juifs qui étaient encore vivants et ils en ont trouvé une dizaine sur la planète et cette mairie a invité ces Juifs dispersés sur la face du monde à venir à Osnabrück, à être reçus. Sa mère et sa tante ont fini par accepter l’invitation de la mairie d’Osnabrück.

Le Rathaus. Paix de Westphalie.

« Le retour sans retour » de sa famille à Osnabrück.
Eve Klein meurt le premier juillet 2013. Deux ans plus tard, Hélène Cixous se rend à Osnabrück. Elle découvre ainsi l’arrière fond de l’histoire de sa famille.
Jusqu’à l’époque nazie, un Osnabrück juif, profondément allemand, prospérait. Sa famille était allemande. On vivait pour l’Allemagne, on mourait pour l’Allemagne. « Juif » c’était une qualification, son grand-père maternel a été tué en 1916 en tant que soldat allemand.
C’est une ville qui est devenue nazie d’un jour à l’autre, cela a été foudroyant.
Les familles Jonas et Klein ont été expulsées et décimées.

Quand Hélène Cixous va à Osnabrück, elle se sent déléguée d’une très longue histoire. Comme le premier Jonas ou Klein... qui arrive mille ans après la fondation de la ville.
Quand elle a fait le chemin de l’histoire d’Osnabrück, elle en était stupéfaite.
Après la mort de sa mère, elle s’est dit qu’il fallait qu’elle retrouve les traces, la vie de sa famille puisqu’elle était la gardienne dans la lignée.
La ville ne l’a pas surprise parce qu’elle la connaissait par cœur. Elle a retrouvé le Nikolaiort, la place centrale d’Osnabrück où était la maison Jonas, la rivière Hase, la cathédrale.
Ce qui lui est arrivé à Osnabrück, c’était non pas le monde juif qu’elle connaissait par cœur, mais le monde nazi qui était partout.

Le combat de la ville pour les pavés de mémoire [1] s’est débloqué en 2007. Les habitants disaient que cela allait dévaluer leur propriété immobilière.

"Les pierres sur lesquelles on trébuche"

Elle est allée lire un extrait de son livre à Osnabrück. Les habitants de la ville ont été stupéfaits de découvrir qu’un grand écrivain français avait fait de leur ville un mythe.
La mairie avait décidé de changer le destin de cette ville, ils se sont qualifiés «  ville de la paix [2] », ville militante pour les droits de l’homme et pour toutes les causes successivement : les Juifs, les Arméniens …

Osnabrück, où fut signé le premier traité européen, le traité de Westphalie en 1648.
Osnabrück peut s’enorgueillir d’avoir eu un grand écrivain Erich Maria Remarque, le premier à passer par les autodafés ; ses livres ont été brûlés sur les places d’ Osnabrück dès 1933.

Felix Nussbaum naît à Osnabrück en 1904.
Le musée d’art de la ville d’Osnabrück, la « Felix Nussbaum Haus », compte plus de 160 œuvres de Nussbaum. »
Felix Nussbaum, exposition au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Consolation de Mireille Calle-Gruber

Maison Felix Nussbaum

Hélène Cixous considère que c’est une ville désirable, charmante, active et qui a préservé beaucoup de choses en particulier un environnement écologique.

Mémorial Osnabrück
Pogrom de 1938 et les déportations

Texte et photos Dominique Dufourmantelle

exposition 12 février au 25 juin 2017 :
http://www.dansemacabre-osnabrueck.de/

Osnabrück, ville de la paix :
http://www.osnabrueck.de/tourismus/wissens-und-sehenswertes/friedensstadt.html

Hélène Cixous, Osnabrück, Des femmes, 1999
Hélène Cixous, Gare d’Osnabrück à Jérusalem, Galilée, 2016
Hélène Cixous, Cécile Wajsbrot, Une autobiographie allemande, Christian Bourgois, 2016