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Roland Haas, résistant et déporté - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Roland Haas, résistant et déporté

Convoi 76, du 30 juin1944
mardi 13 décembre 2016

"Je trouvais que ce que j’avais vécu constituait une expérience exceptionnelle et, en définitive, enrichissante."

À la mémoire de Roland Haas, résistant et déporté

Roland Haas est décédé le 25 novembre 2016. J’ai connu Roland Haas en 2007 lorsque nous avons commencé l’étude du convoi 76, dans lequel il fut déporté le 30 juin 1944 [1]. Il nous a immédiatement confié son Journal de déportation [2]. Roland Haas a écrit la première partie de son Journal, dès son retour pendant l’été 1945, alors que ses souvenirs sont encore très précis. Après quarante quatre années de vie active, il rédige la deuxième partie du récit. Par la suite, son fils, Patrick, prend l’initiative de la publication de ce récit, et l’offre à son père pour son 79 ème anniversaire.

Roland Haas fut d’abord arrêté en tant que résistant. Après avoir cherché en vain de regagner les Forces françaises libres (FFL) à Londres, il devient, dès le mois d’octobre 1942, membre du Service national de l’identité et des faux papiers créé à Lyon par Pierre Kahn-Farelle [3], alias Pierre Plutus, (d’où le nom par la suite de Réseau Plutus [4]. Ce réseau fournit en faux papiers les groupements de réfractaires, les Juifs traqués et plus généralement l’essentiel des mouvements, réseaux et organisations luttant contre l’occupant. Il expédie ensuite ces faux papiers par les circuits clandestins de transport. Roland Haas était chargé de cette diffusion, en zone sud tout d’abord, puis en zone nord à partir de 1944. Il précise, dans son Journal de déportation, « qu’il sillonnait la France en train, muni de sa serviette à double fond qui contenait des liste de cachets et modèles de documents (…)". On imagine les risques encourus lors de ces multiples voyages dans des zones sévèrement quadrillées par les Allemands.

Une série d’arrestations à Lyon, dont réchappe Roland Haas, entraîne le déplacement des services à Paris. Là, une nouvelle série d’arrestations décime l’état-major du réseau. Ainsi, le 18 mai 1944, lorsqu’il se rend à la Cité des Fleurs, un hôtel particulier parisien qui sert de quartier général au groupe, la Gestapo a envahi le pavillon. Arrêté, menotté, il est emmené au siège de la Gestapo, rue des Saussaies. Il connaît l’alternance des interrogatoires musclés, et des séjours en cellule à la prison de Fresnes. Roland Haas finit par décliner sa véritable identité, mais il réussit à dissimuler le véritable rôle qu’il jouait dans la Résistance.

Un mois après son arrestation, il est conduit au camp de Drancy. Pour Roland Haas, ce sera la double peine, comme ce fut souvent le cas pour ces résistants juifs : la prison pour faits de Résistance, la déportation à Auschwitz parce que nés Juifs.
J’ai rencontré Roland Haas au mois d’août dernier, pour recueillir son témoignage sur une résistante de son réseau. Malgré la maladie, il manifestait toujours son souci de véracité, souci de ne pas trahir les faits ; j’ai retrouvé en lui cette volonté tenace et inaltérée de témoigner, au terme de sa vie.
Chantal Dossin

Roland HAAS, déporté à l’âge de 22 ans

Roland Haas, Auschwitz, 1999

Roland Haas est né le 26 avril 1922, à Paris, de parents français. Son père, propriétaire d’une entreprise d’horlogerie est décédé en 1938. En 1942, il arrête ses études à l’École Supérieure de Chimie de Lyon, pour entrer dans la Résistance au sein du réseau « Plutus [5] ». En 1944 il est l’un des adjoints de « Pierre Plutus », chef du Service national des « Faux Papiers » du Mouvement de libération nationale [6] (MLN). C’est à ce titre qu’il est arrêté le 18 mai 1944 et emprisonné à Fresnes. Le 28 juin, un autobus parisien l’emmène au camp de Drancy. Et le 30 juin, c’est le départ, de la gare de Bobigny, à 18 heures, « entassés à 70 » dans un wagon d’un train de marchandises. Le voyage, « véritable supplice » dure cinq nuits et six jours : sans s’asseoir ni s’accroupir, sans eau et sans nourriture, dans la chaleur et la promiscuité entraînant des cas de « folie furieuse ».
Arrivé au camp de Birkenau très affaibli, Roland Haas est, malgré tout, envoyé par le SS « à gauche, du côté des costauds ». Il y rejoint un groupe de quatre cents hommes qui, après avoir subi la tonte, le tatouage – il est désormais le A.16679 – puis la douche, repartent à pieds, encadrés de SS, à travers « ce camp qui s’étend à perte de vue » et arrivent vers huit heures du soir au camp de Monowitz.
Il découvre l’organisation du camp, sa hiérarchie, les brutalités des chefs et des Kapos, la rareté et la mauvaise qualité de la nourriture (soupe, pain, margarine), les appels qui n’en finissent pas, les pendaisons pour tentative d’évasion. Il est affecté au Kommando 147, un Kommando de chimie.
Au cours de ces six mois à Monowitz, Roland Haas est contraint de subir trois séjours à l’"hôpital du camp", et de supporter trois interventions chirurgicales : peu après son arrivée il est opéré par le docteur Waitz [7] d’un abcès à la lèvre, dû à un coup de poing reçu lors du voyage en train. En septembre, il est de nouveau opéré d’un phlegmon au pied gauche, puis en décembre d’un très gros abcès sous le bras gauche :
« Cela fut vite fait. Pas question d’anesthésie. Je me revois debout, levant le bras, l’infirmier-chirurgien m’incisant profondément. Quelques pansements en papier et… au suivant. »
En août 1944 et en janvier 1945, il assiste à trois bombardements par l’aviation alliée de l’immense complexe industriel d’IG Farben : à cette date, le front russe se rapproche, les déportés commencent à entendre « dans le lointain les bruits sourds du canon ». Le 18 janvier, les SS rassemblent tous les détenus sur la place d’appel et c’est le départ à pied, d’abord jusqu’à Gleiwitz, puis en wagons à marchandises découverts jusqu’à Buchenwald.
À Buchenwald il reste au Petit Camp jusqu’en février. Grâce à Marcel Paul, responsable du Comité des intérêts français, Roland Haas échappe à deux transports en Kommando extérieur. En février, il est affecté dans le Grand Camp au Kommando de terrassement. À cette occasion il constate le net changement du comportement des SS à l’égard des déportés.
Du 8 au 10 avril, bien que très faible parce que souffrant depuis mars d’une double pneumonie, il réussit à échapper à l’évacuation du camp par les SS et, le 11 avril 1945, le camp est libéré par les détenus eux-mêmes.

« Bientôt, nous entendons des coups de feu assez proches, le crépitement d’armes automatiques, et nous voyons un SS désarmé avancer entre des détenus. Nous comprenons : "le camp est libéré !" […] Nous apprenons, par des camarades tout excités, ce qui vient de se produire : dans la nuit et au matin, les casernes se sont vidées et une partie des troupes présentes à Buchenwald s’est repliée. Attaqués par le groupe de résistance armée, constitué de détenus, et craignant probablement d’être encerclés par les Américains se déployant dans la plaine, les derniers SS sont partis brusquement. Et tout d’un coup, la liberté, presque sans qu’on s’en aperçoive. »

Les jours suivants sont ceux d’une grande agitation : arrivée des soldats américains commandés par le général Patton, suivis « du service médical et de délégués de la Croix‑Rouge » et de nouveau une nourriture saine. Enfin, le 26 avril 1945, jour de son anniversaire, Roland Haas quitte le camp dans un camion GMC de l’armée américaine et traverse des régions allemandes dévastées par la guerre. Le 28 avril, arrivé en France, il prend le train à Longuyon et arrive à Paris, gare de l’Est, le 29. Sur le quai, son beau-frère [8]., médecin commandant au Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés [9]), a du mal à le reconnaître : il pèse 40 kg !
« Je n’essayerai pas de décrire les moments d’intense émotion qui ont suivi. Ce dont je me souviens, c’est qu’à aucun moment, je n’ai eu de larmes aux yeux. Je ne savais plus pleurer. […] Les jours suivants furent ceux d’une véritable résurrection. »
…Et après…
Roland Haas, bien nourri reprend des forces. Il retrouve certains camarades de résistance, rentrés aussi de déportation. Il témoigne devant les organismes français et internationaux chargés de la recherche des criminels de guerre.
Il reprend ses études ; licencié ès sciences il devient ingénieur, directeur pour le Maroc, puis directeur et PDG, de la Compagnie métallurgique et minière et Omnimines (groupe Paribas).
Il se marie en 1948 avec Zoya Izmailoff. Ils ont deux enfants, Patrick et Isabelle, et trois petits-enfants, Damien, Benoît et Annabelle. Roland Haas est commandeur de la Légion d’honneur. Il a été décoré de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

« La vie concentrationnaire m’avait donné de l’existence une certaine conception… Pour moi, je trouvais que ce que j’avais vécu constituait une expérience exceptionnelle et, en définitive, enrichissante. Elle m’amenait à envisager les événements avec sérénité et à ne jamais considérer une difficulté comme insurmontable. »

Lire : Chantal Dossin et Jeanine Thomas, L’avant-dernier convoi Drancy-Auschwitz. Le convoi 76 du 30 juin 1944. Paroles de témoins et documents d’archives, Paris, Cercle d’étude, Petit Cahier, 2e Série, N°12, novembre 2010, p. 181-184

[130. 6 1944, convoi 76, Drancy-Auschwitz, 1100, assassinés 479, entrés dans le camp : 398 hommes et 223 femmes, 167 survivants en 1945 dont 100 femmes. Voir la liste des convois.

[2Ouvrage en deux parties : Roland Haas, Journal de déportation. Roland Haas, Georges Laüt, Le réseau Plutus (historique, activités, témoignages), impr. Condé-sur-Noireau, 2001, 175 p., (ndlr).

[3Annette Kahn : Robert et Jeanne, publié aux éditions Payot, Paris, 1990.

[4Lire le récit de l’arrestation de Roland Haas, PC 12, p. 61-62.

[5Le réseau Plutus est spécialisé dans la collecte de documents authentiques allemands et dans la fabrication de faux papiers

[6MLN : Mouvement de libération nationale créé en décembre 1943 dans le cadre de l’unification des forces résistantes. Il regroupe les Mouvements Unis de Résistance (MUR) de la zone sud (Combat, Libération et Franc-Tireur) et plusieurs mouvements de la zone Nord.

[8Il s’agit du professeur Jean Hamburger (époux d’Annette Haas, concertiste), futur membre de l’Académie française.

[9Création, en octobre 1944, du Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés, confié au résistant Henri Frenay.