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Francine Christophe "Le Pêle-Mêle" - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Francine Christophe "Le Pêle-Mêle"

fiche de lecture par Martine Giboureau
dimanche 7 août 2016

« Témoin, ce n’est pas un métier d’avenir ».

Francine Christophe [1] :  Le Pêle-Mêle ; souvenirs, discours, articles, bla-bla, éditions Dacres [2], collection ‘’Reflets" n°5, novembre 2014.

Ce livre, comme l’indique son titre, est un puzzle, une mosaïque, juxtaposant des réflexions récentes, des poèmes, des articles [3] et discours écrits dans les années passées. Sont présentés aussi quelques photos et documents d’époque. Des pages très fortes, puissamment évocatrices sont juxtaposées à des pages plus légères, anecdotiques, parfois très courtes.

L’émotion est à fleur de peau, tout le temps, dans toutes les pages. Le traumatisme de l’enfance (lié à l’arrestation, la mise en prison, la déportation à Bergen-Belsen [4] a déterminé toute la vie de Francine Christophe, toute son œuvre ainsi que ce livre-bilan. Francine Christophe a gardé sa vivacité, sa capacité à s’émouvoir, s’agacer, s’enthousiasmer, être en colère, sa confiance dans l’humain car il y a toujours quelques personnes pour faire vivre la solidarité, être capables de résister, prendre des risques en toute humilité. On peut ne pas partager toutes les prises de position de Francine Christophe, mais on est obligé d’être admiratif devant sa combativité que l’âge n’émousse pas !

L’organisation du livre suit un ordre par type de textes (réflexions, souvenirs, discours, articles, bla-bla). Cela conduit à une ou deux répétitions. Et surtout, c’est au lecteur de faire l’effort de retrouver les thèmes forts de ce livre :

  • Reprise des moments-clés déjà racontés lors de ses témoignages ou dans ses livres (en particulier, « Une petite fille privilégiée »). p 62, Francine Christophe précise toutefois : « Si je devais réécrire maintenant mon premier livre Une Petite Fille Privilégiée, sûr qu’il serait différent. Nous avons tous écrit avec une pudeur instinctive ; certains détails bloqués dans nos mémoires ne pouvaient pas s’en extraire ». Il y a donc dans ce dernier livre des révélations sur ce que Francine n’avait encore jamais évoqué, en particulier sur l’anthropophagie dans le camp (p. 63, 186, 242).
  • Analyses sur l’après ‘’libération’’, dès le retour et plus tard.
  • Réflexions sur Israël, le judaïsme, l’antisémitisme, l’insuffisante action aux yeux de l’auteur du personnel politique français pour lutter contre toutes les formes de ce racisme.
  • Bonheur d’être entendue lors de témoignages (surtout quand les professeurs ont bien préparé leurs élèves) et de voir les réactions des jeunes posant des questions pertinentes mais aussi choc devant l’incompréhension de certains auditeurs (adolescents ou adultes) qui ont écouté mais n’ont pas intégré, imaginé les réalités esquissées derrière les mots. Ainsi, alors que Francine Christophe venait de décrire l’atroce manque total de nourriture à Bergen-Belsen, une élève lui demande : « Madame, que se passait-il lorsqu’une de vous manifestait une allergie à l’un des aliments que l’on vous donnait ? » (p. 244)
  • Portraits divers et hommages à de nombreux héros inconnus.
  • Mauvaises manières (indifférence, attitudes cavalières voire mépris) de nombreux journalistes, de certains professeurs. Protestations contre la non-reconnaissance des témoins de base, « petits témoins » (dont fait partie Francine Christophe) mal écoutés alors que les « grands témoins » [5] ont les honneurs de tous les médias.
  • Conseils aux témoins encore actifs et inquiétude globalement pour la connaissance des futurs élèves concernant la Seconde Guerre, la déportation, la Shoah.

Francine cite deux phrases de son petit-fils qui me semblent très pertinentes et révélatrices de l’esprit de ce livre : « Grand-mère, si on fait une course de relais, qu’on laisse tomber le témoin, la course est fichue » et « Témoin, ce n’est pas un métier d’avenir ».

On peut toutefois se demander à qui s’adresse cet ouvrage : les élèves ne peuvent pas y collecter des informations complètes sur la déportation de l’auteur (d’autant que les récits concernant cette déportation sont éparpillés dans le livre). Les mal élevés, goujats qu’elle dénonce ne liront certainement pas ce livre. Reste le cercle des personnes réfléchissant depuis des années sur le témoignage, ses vertus, ses limites qui trouveront des anecdotes leur rappelant la difficulté de cerner ce que fut la déportation, la Shoah, quelle que soit la bonne volonté dont on fasse preuve ! Pour les lecteurs du site du Cercle d’étude, c’est donc un ouvrage très intéressant.
Martine Giboureau (août 2016)

[1 Le Cercle d’étude a publié de nombreux articles concernant Francine Christophe dont http://www.cercleshoah.org/spip.php?article62 ;http://www.cercleshoah.org/spip.php?article529 ; http://www.cercleshoah.org/spip.php?article18

[2On peut commander en ligne http://www.dacres.fr/

[3Beaucoup des articles repris dans ce livre ont été écrits pour Le Patriote résistant. Le Patriote Résistant est la publication mensuelle de la FNDIRP. Créé en 1946, il traite de tous les aspects de la déportation et de l’internement, historiques et humains. Il fournit de nombreux témoignages, publie des interviews, des critiques d’ouvrages, tout en œuvrant à la défense des valeurs de la Résistance et de déportation. Le journal propose des réflexions sur la transmission de cette mémoire.
http://www.fndirp.asso.fr/le-patriote-resistant/

[4http://www.cercleshoah.org/spip.php?article332 : article du Cercle d’étude présentant le camp de Bergen-Belsen)

[5Francine Christophe cite comme exemples de Grands Témoins Simone Veil, Jorge Semprun, Elie Wiesel, Samuel Pisar …