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Retour de survivants de la déportation - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Retour de survivants de la déportation

documents et questions, la vie après
mercredi 2 décembre 2015

I. Texte extrait d’un article de Brigitte Vinatier, sur le livre de Virginie Linhart « La vie après » éditions du Seuil, 2012.

II. Texte extrait de « Les camps de la mort ; dessins d’un rescapé » Shelomo Selinger, 2005 ; préface signée par Henry Bulawko.

 I. « La vie après »

« [… Virginie Linhart [1] ] veut réaliser une enquête sur le retour des survivants des camps d’extermination, sur les conditions de leur réintégration dans la société française, elle s’intéresse à leur vie après. Et elle trouve le silence, un assourdissant silence. Au cours de ses recherches, elle constate que le retour des juifs survivants, un peu moins de 2 500, est très peu évoqué : aucune actualité cinématographique ne concerne par exemple l’hôtel Lutetia où ceux-ci sont regroupés. […] On constate également une grande différence de traitement entre les prisonniers de guerre, accueillis avec force images et commentaires, et ces fantômes revenus d’on ne sait quel enfer. Et puis l’heure est à la réconciliation des Français pour construire l’avenir. Il vaut mieux exalter la Résistance pour effacer le souvenir des événements honteux qui se sont produits pendant l’Occupation, en juillet 1942 par exemple. De plus les rescapés eux-mêmes se rendent compte qu’ils sont peu audibles. On ne peut pas, on ne veut pas écouter leurs terrifiants récits. Après les premiers témoignages de l’immédiat après-guerre, très vite le silence s’installe. Les survivants prennent aussi conscience qu’il leur est nécessaire comme principe de survie et de reconstruction personnelle. Mieux vaut pour chacun « dissimuler son identité, son histoire », modifier son nom, pour se fondre dans la société. Il faudra deux générations pour que ces femmes et ces hommes, pour la plupart jeunes gens à cette époque, à présent à la retraite, choisissent de rompre ce silence, le plus souvent motivés par des événements précis : le procès Barbie, le développement des thèses négationnistes, incitent « les acteurs de la mémoire » à prendre la parole, aidés en cela par une volonté politique forte, dès les années 90. La déportation juive entre enfin dans l’Histoire.

[…Beaucoup veulent bien répondre aux sollicitations de Virginie Linhart]. Tous évoquent la vie difficile qui a été la leur. La grande majorité a tout perdu, famille, logement, biens, santé. Il faut parvenir à se soigner, à recouvrer des forces et puis tenter de vivre à nouveau, de recréer ex nihilo une vie digne d’être vécue. Malgré l’impression souvent exprimée qu’ils ne sont jamais complètement sortis des camps […] ces témoins évoquent leur reconstruction qui passe très vite par la recréation de réseaux sociaux. […] On se retrouve entre soi […] pour parler du passé, pour expulser les mots, pour sortir du silence mortifère. Grâce à ces réseaux, les rencontres se font et l’amour est à nouveau possible, socle fondamental pour penser l’avenir. L’engagement politique s’impose aussi en tant que recherche d’une éthique morale, d’un idéal, qu’il soit communiste ou sioniste. Se pose aussi la question de mettre au monde des enfants, est-ce possible après avoir survécu à Auschwitz ? Beaucoup de ces descendants n’ont jamais entendu leurs parents parler de leur passé et ont très mal vécu ce silence.

[…] Tous [les témoins écoutés par Virginie Linhart] expriment leur absolue volonté de vivre en même temps que l’impression, qui ne les quitte pratiquement jamais, « d’être libres, mais pas libérés » ainsi que la culpabilité d’être celui ou celle qui a survécu, souvent le seul membre de toute une famille exterminée. […] Tous disent la force de la vie, leur foi et leur absolue confiance en elle, qui leur ont permis, sur les ruines de leur passé, de reconstruire leur existence après. En définitive c’est bien la vie qui a eu le dernier mot. »
Analyse de Brigitte Vinatier
Virginie Linhart « La vie après » éditions du Seuil, 2012.

Le film Après les camps, la vie et le livre La vie après :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article71

 Questions

1. Cherchez des précisions sur les faits en gras dans le texte (= explicitez ces allusions)

2. Relevez dans le texte ce qui montre que l’enquête ne concerne que les déportés juifs.

3. Relevez dans le texte ce qui explique pourquoi le silence s’est imposé durant plusieurs décennies.

4. Qu’est-ce qui explique que la parole ait été plus facile en 2012 lors de l’enquête de Virginie Linhart ?

5. Pour chacune des affirmations en italique, trouvez dans l’article :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article336 deux ou trois exemples confirmant ces affirmations et deux ou trois exemples contredisant ces affirmations.

 II. Texte d’Henry Bulawko

« Ma rencontre avec Shelomo Selinger était inévitable. Avant même de nous connaître, nous avions des choses en commun : en premier lieu la déportation dans les camps nazis. Je venais de Paris, lui, de sa ville en Pologne via Israël.
Pour ma part, peu après mon retour à Paris, je me suis vu confier la rédaction d’un journal, et j’avais un bureau à l’Agence juive [2] sur l’avenue de Wagram, où il n’était pas facile de travailler le jour. (On bavardait et téléphonait beaucoup). Aussi avais-je choisi d’y rester après 18 heures. J’écrivais un éditorial quand, un soir, j’entendis des coups comme si on frappait au mur. C’était gênant mais aussi surprenant. Qui pouvait faire ce bruit alors que j’avais vu partir tous mes collègues ? J’ai décidé de descendre. Le bruit incessant m’a conduit dans la cour de l’immeuble. Arrivé là, j’ai vu un jeune homme. Il fut aussi surpris que moi, se croyant seul dans l’immeuble dont il était le gardien. Comme je lui demandais ce qu’il faisait, il m’a répondu qu’il était chargé de surveiller l’immeuble, et qu’il en profitait pour faire des travaux de sculpture ; en bavardant avec lui, j’appris que lui aussi avait connu les camps, qu’après la guerre il avait rejoint la Palestine, devenue l’État d’Israël.
L’heure avançait. Je décidais de remettre au lendemain la rédaction de mon éditorial et le quittai sur un « au revoir » qui allait devenir quasiment quotidien. Au bout de quelques temps, voyant que je m’intéressais à sa création, il m’invita chez lui, et je fis la connaissance de Ruthy, sa femme, et de son fils Rami. Notre amitié s’était renforcée. Parmi mes amis, il a conservé une place de choix.

Président des anciens déportés, je m’occupais quelque peu des camps et lieux d’internement et de déportation. C’est ainsi qu’avec le regretté maire de Drancy, Maurice Nilès [3], nous décidâmes d’élever un mémorial dans sa ville. Le projet fut soumis à concours et Selinger élu à l’unanimité. Cela multiplia nos rencontres.
Chacun d’entre nous se consacrait à l’œuvre de mémoire. Quand Nilès souhaita rajouter un wagon dans l’espace de Drancy, c’est avec Shelomo que j’allai visiter les dépôts de la SNCF, en quête d’un train qui avait servi aux déportations [4].

Les dessins présentés dans ce recueil témoignent de sa vie dans les camps de la mort. Les survivants y trouveront des images gravées dans leurs souvenirs. Ceux qui n’ont pas connu la Shoah peuvent y prendre conscience des atrocités inimaginables qui furent infligées aux déportés.

Le talent donne à ces dessins une dimension exceptionnelle. En raison de leur authenticité et de leur puissance d’expression, ils apportent une contribution inestimable à la mémoire de la Shoah. »
Henry Bulawko, 1918-2011, journaliste, écrivain, président de l’Amicale d’Auschwitz, vice-président du CRIF.

 Questions

1. Faites une courte biographie de l’auteur à l’aide des articles suivants : http://www.cercleshoah.org/spip.php?article113

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article207

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article106

2. Expliquez ce qu’était le camp de Drancy pendant la Seconde Guerre mondiale http://www.cercleshoah.org/spip.php?article343

3. Comparez les deux existences après la Libération des camps, celle de Henry Bulawko et celle de Shelomo Selinger. Quels aspects de ces vies confirment les affirmations de Brigitte Vinatier dans son article ci-dessus concernant le livre de Virginie Linhart « La vie après » ?

4. En quoi la création artistique peut-elle être une « contribution à la mémoire de la Shoah » d’après le texte ? Complétez votre réponse en utilisant vos connaissances personnelles.

Martine Giboureau, octobre 2015

« Je reviendrai », un documentaire écrit et réalisé par Jean BARAT, sur Zysman Wenig, Injam Production, 2015, 55 min, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Zysman Wenig a été déporté à Auschwitz le 25 juin 1942 par le convoi n°4. Il est passé par les camps de Pithiviers, Auschwitz, Ebensee.

[1Virginie Linhart est aussi cinéaste ; consultez l’article http://www.cercleshoah.org/spip.php?article71

[2Créée en 1929 ; sioniste

[3Maurice Nilès : 1919-2001 ; communiste, résistant. Elu dès 1947 au conseil municipal de Drancy ; député ; maire de Drancy de 1959 à 1997

[4http://www.cercleshoah.org/spip.php?article415 : présentation du monument de Drancy.


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