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Walter Spitzer, Sauvé par le dessin : Buchenwald - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Walter Spitzer, Sauvé par le dessin : Buchenwald

dimanche 8 novembre 2015

Un adolescent polonais sauvé par la résistance intérieure du camp de Buchenwald, témoigne par le dessin.

Walter Spitzer, Sauvé par le dessin

  • L’évacuation de Blechhammer
    Le 21 janvier 1945, devant la progression accélérée des armées soviétiques qui venaient d’atteindre Cracovie, l’évacuation du camp fut annoncée aux prisonniers à I’appel du matin : munis de 800 grammes de pain, d’une ration de margarine et d’un peu de miel synthétique, 4 000 fantômes exténués prirent à pied la direction du camp de concentration de Groß-Rosen qu’ils atteignirent 13 jours après. Il y eut plus de 4 000 évacués, car étaient venus s’ajouter aux « Blechhammériens » tous ceux que les SS avaient ramenés de Gleiwitz.

Les déportés portent une tenue rayée, un peu plus épaisse pour l’hiver, un manteau et une Mütze, calot de même tissu. Des chiffons, petits carrés en toile, les Lappen, enveloppent les pieds. Certains se sont procurés des chaussures militaires de prisonniers anglais. Walter Spitzer obtient une paire de chaussures montantes noires et une paire de chaussettes en laine, en échange de dessins. Ces chaussures lui ont sauvé la vie, dit-il. Pour se protéger du vent et du froid, des sacs de ciment. Pour tout bagage, une musette, avec la gamelle et la cuillère en aluminium. Hommes et femmes sont emmitouflés dans des couvertures.
De Blechhammer à Ziegenhals, ils parcoururent 50 kilomètres vers I’ouest ; de là, ils remontèrent vers le nord-ouest jusqu’au K.L. éloigné de 135 kilomètres de cette dernière localité. Traversant sept villes importantes, ils eurent la consolation d’y voir les stigmates vacillants de l’hitlérisme.
Les SS massacraient à la mitraillette tous ceux ne pouvant marcher. Cette marche était beaucoup la dernière. Certains ont été tués par balles ou avec des fourches à foin, ayant essayé de se cacher dans les meules de paille ou de foin.
Les prisonniers restèrent à Groß-Rosen du 2 au 7 février, où selon Simon Grinbaud « on ne pouvait dormir ni être assis, ni manger, et à chaque déplacement des coups sur la tête.
Quand on nous a annonce que nous partions pour Buchenwald on aurait cru que nous avions obtenu notre libération ». Puis, entassés à 70, 80, 90, dans les habituels wagons « hommes 40, chevaux en long 8 », ils roulèrent trois jours jusqu’à Buchenwald. Le convoi traversa Liegnitz, Görlitz, Dresde, Chemnitz, Gera et Iena, subissant plusieurs bombardements qui diminuèrent encore le nombre de survivants.
Ils arrivèrent à Weimar alors qu’avait lieu un raid d’avions américains ; beaucoup de déportés périrent.

Rudolf Höß, commandant SS d’Auschwitz, écrit :

"À l’ouest de l’Oder, je m’étais heurté sur toutes les routes et sur tous les sentiers à des colonnes de détenus qui avançaient péniblement dans la neige épaisse. Les Unterführer qui dirigeaient ces convois de cadavres vivants ignoraient, dans la plupart des cas, où il leur fallait diriger leurs pas ... Je vis aussi des convois qui étaient installés sur des wagons plates-formes destinés au transport du charbon et arrêtés en cours de route sur une voie de garage. Beaucoup d’hommes étaient morts de froid ; iI n’y avait pour eux aucun ravitaillement .... La campagne était couverte de neige, le froid intense .... À Groß-Rosen l’entassement était à son comble."

Les déportés sont rassemblés à coups de matraque par les kapos. On distribue pain et morceau de saucisson. Poussés vers une petite gare, ils sont entassés dans des wagons découverts, sortes de bennes arrondies à l’intérieur ; la paroi métallique est glacée, impossible de s’allonger. Beaucoup tombent sur la voie, sous les coups. Il reste encore du charbon dans le wagon. Tout est noir, neige noire !
La nuit tombe, le train se met en marche.
« Sous un rayon de lune, j’entrevois son visage inhumain, rendu haineux par le désespoir. Il est plus fort que moi, mais je continue à frapper dans une indifférence générale. L’agitation réveille Coco, il vient à mon secours et frappe lui aussi. L’autre lâche prise. Il ne bouge plus. Je mange mon pain. Depuis cette nuit, je sais la violence dont je suis capable. Dommage. » (p.142)
Le voyage a duré 2 ou 3 jours et 2 nuits.
« Fantômes sous leur couverture. Certains sont morts. On n’entend parler personne, on ne communique plus entre nous. La respiration sous la couverture ne doit surtout pas sortir de son cocon […] Impossible de se lever ni de bouger. Ça sent les excréments. »
L’évacuation de Blechhammer

L’Ettersberg
Après le bombardement de la gare de Weimar, ils entament une longue marche, en rang, à travers un bois de sapins et de bouleaux, sur une petite montagne L’Ettersberg. Le vent est glacial, la pluie mêlée de neige.
Le 10/02/1945 ils pénètrent dans le camp de Buchenwald, immense étendue en pente, des baraques à perte de vue et partout des « automates » qui se déplacent. A droite tout en haut, une fumée noire sort de l’immense cheminée du crématoire. La puanteur ne les quittera plus.
On les dirige vers un bâtiment en ciment gris, la chambre de désinfection. A l’intérieur, des détenus, « genre kapos », certains habillés en civil, une grande croix ocre rouge dans le dos, d’autres en tenue rayée. Pas de brutalité, ni de coups. Couverts de boue, de noirceur de charbon, de bouses de vaches, de poux, ils entrent dans d’immenses bacs remplis de soufre. Queue interminable sans boire ni manger : « C’est donc vrai, on nous désinfecte ? Je suis écœuré d’être immergé dans ce liquide brunâtre, visqueux, glauque, graisseux par où sont passés des centaines, des milliers de gens avec leurs esquarres rouges, leurs abcès remplis de pus, leurs blessures mal cicatrisées et leurs anus ni lavés ni essuyés depuis des lustres… Mais pas moyen d’y échapper. Le soufre brûle atrocement, surtout aux parties et aux yeux. J’essaye de tenir la tête en dehors, mais le salaud qui nous surveille me l’enfonce. L’horreur. » (p.146)
Puis enregistrement et attribution d’un nouveau numéro (pas de tatouage) : Walter Spitzer est le matricule 124465.
En traversant le petit camp, situé en contrebas, Walter Spitzer est pris de panique : « ici, les détenus meurent littéralement sous nos yeux, calmement, silencieusement. » (p.147)
Tout en bas du petit camp, des cadavres s’entassent dans une infirmerie, ou s’amoncèlent dehors. Des charrettes chargées de squelettes sont tirées et poussées vers le crématoire, en haut du camp.
Une horrible odeur envahit l’air, s’ajoutant à la fumée âcre du crématoire. Walter Spitzer voit des cadavres squelettiques entassés par dizaines et des rats qui grouillent sous ces corps…
Ils sont parqués tout en bas du petit camp, dans d’immenses baraques peintes d’un rouge brique, sans fenêtres, seulement des, lucarnes sous les toits
Serrés les uns contre les autres sur des grabats, certains sans paillasse, dévorés par les punaises et les poux « dans la boue, des fantômes," muselmans", recouverts de leur couverture, sortaient des baraquements pour crever en plein jour. » (p.147)
Cet enfer est gardé par des Lagerschutz, police intérieure composée de prisonniers politiques, contrôlée par la résistance intérieure, pour la plupart des yougoslaves : « Le contraste entre ces Lagerschutz et les autres détenus était stupéfiant : les policiers avaient bonne mine, une allure de Prominenten (personnes importantes) … » (p.147)
À Buchenwald, dans le camp bas « on crevait littéralement ».
Toute l’Europe occupée est présente, mais sans jamais se mélanger : des droit commun, des homosexuels, des objecteurs de conscience, des prêtres, des Gitans, des Juifs, des démocrates allemands, des K.G. russes et beaucoup de résistants communistes, en majorité des Français. Les antinazis ont pris le pouvoir.

Le Block Altester et ses camarades ont proposé à Walter Spitzer de le soustraire au transport prévu pour un camp satellite où la survie ne dépassait pas une semaine, à la condition qu’il promette solennellement de témoigner avec ses pinceaux de ce qu’il avait vu.
Jules Fainzang dit Coco et Walter Spitzer font partie d’un commando de déblayage. Ils sortent du camp à pied. La montée de l’Ettersberg est particulièrement pénible ; vent glacé, sol glissant.

« On nous faisait trier les briques, les porter à un endroit et, quand la quantité était suffisamment haute, les sadiques nous obligeaient à les transbahuter ailleurs. Un travail inutile et épuisant. Les Allemands, fusil à la main, surveillaient le chargement de chacun. Il fallait porter au moins cinq briques empilées sur le ventre. Très lourd, même pour des gens bien portants. De plus, le trajet accidenté, plein de trous, de cailloux, de morceaux de ferraille éparpillés, nous faisait trébucher régulièrement. Il s’ensuivait des coups. Ceux qui n’avaient pas la force de se relever étaient chargés sur des brouettes. » (p.153)

Souffrant d’une dysenterie puis d’un furoncle infecté Walter Spitzer obtient grâce à ses amis résistants, une place de privilégié dans une baraque chauffée au sein du Kommando pour les vêtements.
Les Américains bombardent Erfurt et pour mieux distinguer leurs objectifs, laissent tomber d’immenses lanternes qui descendent lentement sur la ville, accrochées à des parachutes.
On vide le petit camp, majoritairement composé de juifs récemment arrivés après la Marche de la Mort depuis Auschwitz.

Les Lagerschutz, encadrés par des SS, essaient de fournir le contingent exigé.
Attroupement des juifs sur la place d’appel, rassemblement des SS, pagaille, panique générale. Walter assiste à la mise à mort d’un être humain par un berger allemand :
« Le SS encourage le chien avec des coups de pieds bottés sur le corps de sa victime, tête comprise. Les vêtements déchirés laissent voir les chairs en sang, déchiquetées par les crocs, à un moment j’aperçois le triangle jaune. L’assassin rigole de bon cœur. » (Page 158).
Walter et Coco sont à nouveau réunis. Ils se sentent plus forts. Ils se mêlent à une multitude d’hommes qui se traînent vers la porte de sortie ; « vague humaine qui ondule au gré du vent de l’Ettersberg. » (p.158)
Une longue colonne s’étire vers la gare de Weimar. On entend la bataille du côté d’Erfurt. Entassés dans des wagons à bestiaux, les bombardiers de l’US Air Force atteignent la locomotive. Nouvelle colonne sur la route en direction d’Iéna. En traversant Iéna, des prisonniers américains assis par terre viennent d’être capturés, le casque sur la tête. La colonne s’étend sur des kms. Les SS sont très nerveux : coups de feu, coups de crosse. Les détenus se nourrissent de betteraves à vaches trouvées sur le bord de la route. Les vieux de la Wehrmacht sont fatigués eux aussi. Quelques kms après Iéna, en direction de Géra, Walter et Coco s’évadent.

Note page 159 : le long de tout le trajet depuis Weimar, Iéna et plus loin encore, il y a aujourd’hui des plaques commémoratives en bronze évoquant cette Todesmarsch.

Dominique Dufourmantelle, Annie Lyon Caen, décembre 2014

Walter Spitzer, Sauvé par le dessin : Buchenwald, éd. Favre Sa, 2004, 207 p.

Parce que j’étais peintre, L’art rescapé des camps nazis, Christophe Cognet :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article292

L’art et les camps :
http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/art_et_camps.htm#Walter_Spitzer_:_sauv%E9_par_le_dessin


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