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Colette Brull-Ulmann, Hôpital Rothschild - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Colette Brull-Ulmann, Hôpital Rothschild

Témoignage d’une survivante du réseau de sauvetage des enfants juifs de l’Hôpital Rothschild.
jeudi 1er octobre 2015

Un réseau d’évasion organise le sauvetage des enfants à l’Hôpital Rothschild.

Colette Brull-Ulmann
Témoignage d’une survivante du réseau de sauvetage des enfants juifs de l’Hôpital Rothschild, d’après des extraits du film Jean Christophe Portes et Rémi Bénichou.

Colette Brull-Ulmann
Photo : Dominique Dufourmantelle

Fin décembre 1941, Colette Brull-Ulmann est interne dans le service de médecine générale de l’Hôpital Rothschild, pavillon 7. Le seul hôpital où les médecins juifs ont le droit d’exercer. Un hôpital-prison où on soigne les malades juifs avant de les déporter.
Un réseau d’évasion organise le sauvetage des enfants.

Colette est la seule survivante de ce réseau : « On n’avait pas réalisé ce qui se passait. On se disait, ils vont les envoyer en Normandie. On était très naïfs. On pouvait pas imaginer... »

Après la rafle du Vel’ d’Hiv’, les médecins obtiennent l’autorisation de s’y rendre le troisième jour.
« Ils décrivent l’indescriptible, l’horreur absolue. Ils sont rentrés en disant que ça dépassait l’imagination. »

Pour la première fois depuis 70 ans, Henri Ostrowiecki revient à l’Hôpital Rothschild et rencontre Colette.
- Vous aviez 4 ans, moi j’en avais 21.
- Mon souvenir est très flou, il est comme les vitres translucides. Je me souviens d’une chose, c’est la chambre dans laquelle j’étais(...) C’est mon souvenir. Ça veut pas dire que c’est l’histoire, que c’est la réalité. »
- On va remettre les choses au point (...) parce que je me souviens. Ah ! Vous êtes gentil, vous me donnez le bras,je suis une vieille dame, une survivante.
- Donc aujourd’hui, je découvre que le seul souvenir que j’aie de l’Hôpital, n’est pas celui de Rothschild, mais celui de Claude Bernard.

Henri qui a la rougeole est soigné à Claude Bernard, « enfant bloqué », amené par la police, il est fiché. Son père a été déporté vers la Pologne quelques mois plus tôt. Henri est arrêté avec sa mère dans le 20° arrondissement. Elle marche devant, encadrée par un flic en civil et l’autre en uniforme. Henri est derrière dans les bras d’un troisième. Il ne peut pas marcher. Il a de la fièvre.

Square Sorbier :
« J’ai une sensation très curieuse. C’est que j’avais les yeux braqués sur ma mère qui était toujours devant moi et j ’ai l’impression que je me suis retrouvé dans une espèce de halo, comme si les bruits autour de moi n’existaient plus. J’avais mon regard braqué sur elle. Elle avait le sien braqué sur moi comme s’il n’y avait plus que nous deux et je l’ai vue partir toujours encadrée, elle s’est retournée, ensuite on l’a emmenée et elle a disparu de mon champ visuel et en même temps de ma vie. »

Sa mère est internée à Drancy. Un document truqué permet à Henri de changer de statut. Claire Heyman, l’assistante sociale de l’hôpital, a créé un réseau pour éviter la déportation des enfants.

« Vous savez moi je suis là parce que je suis une survivante. L’important c’est qu’on se souvienne de Claire Heyman, parce que c’est elle qui a tout fait. Vous vous êtes un sauvé et moi je suis parmi les quelques exécutants qui ont fait ce qu’elle avait mis au point. »

Les enfants guéris risquent la déportation. Claire Heyman va les faire sortir. Colette devient passeuse.
De faux diagnostics, des tampons de police dérobés, des enfants passés pour morts, sortis dans des cercueils ; le souterrain pour s’échapper de l’Hôpital. Il fallait que ces enfants disparaissent des registres. Dans le service de maternité, des bébés sont déclarés morts-nés pour pouvoir les faire sortir.

« Quand tout est clandestin et quand tout se fait en sous main, il y a des tas de choses qu’on n’explique pas, qu’on ne comprend pas. On ne trouve pas les papiers, on ne trouve pas les traces mais c’est parce que ’en réalité, il valait mieux ne pas laisser de traces. »

Par exemple, on fait disparaître le fait que les enfants venaient de Drancy.
L’orphelinat Rothschild appartient à la même Fondation que l’Hôpital. Il représente un abri provisoire pour des enfants traqués.
Colette se souvient de l’arrivée d’enfants malades, terrorisés, qu’on essayait de réconforter. Tout faire pour ne pas les laisser repartir : 
« On lui aurait trouvé n’importe quelle maladie. »

Une centaine d’enfants sont hébergés dans l’orphelinat.
Marcel : « Mon souvenir...c’était surtout la peur et d’avoir faim (…) très peur de tout, de tout. »

Le 10 février 1943 à 10h30 du matin, cinq policiers français munis d’une liste sont venus à l’orphelinat pour rafler les enfants étrangers.

« Ce jour-là, j’étais de garde et on est venu me chercher en me disant, il faut absolument aller à l’orphelinat. Il y a un ou deux enfants qui font des crises de nerfs, il faut aller faire quelque chose. Je suis arrivée à l’orphelinat dans ce qu’on peut appeler un cauchemar. Il y avait des gosses qui se sauvaient partout et qui criaient, qui pleuraient. Il y avait des policiers avec des fusils mitrailleurs qui faisaient une espèce de cache-cache macabre. Les enfants se sauvaient et moi l’interne, j’étais arrivée avec des sirops calmants et je ne savais pas quoi faire. C’était horrible. Ça m’a suivi pendant des années et j’avoue humblement je n’ai pas eu le courage d’y penser pendant des années. J’ai essayé d’oublier. Ça a l’air mal de dire ça mais c’était tellement un spectacle horrible . On s’est dit, j’ai vu l’enfer. C’est abominable. »

Hedwig Plaut est cachée sous ses draps :
« J’ai été pendant très longtemps enfermée dans ce souvenir et je ne parlais à personne et j’étais vraiment très très très marquée par cette rafle. Tout le monde criait, on entendait crier, hurler. Même sous mes couvertures, j’entendais mais je restais bien comme si j’étais morte. Je ne voulais absolument pas même regarder ce qui se passait. Je ne voulais rien savoir mais je restais bien cachée. On m’a trouvée en pleurs, toute seule. »

Quinze enfants sont déportés. L’orphelinat est fermé, les enfants évacués. Des réseaux de résistance, des organisations juives, protestantes, catholiques, laïques, trouvent des familles d’accueil.

Hedwig est évacuée par l’OSE (oeuvre de Secours aux Enfants) une institution sociale juive.
Au printemps 43, une femme qui vient d’accoucher se jette par le fenêtre du deuxième étage de la maternité, son bébé dans les bras, pour échapper aux policiers français qui viennent l’arrêter.
Des visiteurs juifs sont arrêtés, trois membres du personnel sont déportés.

Été 1943, Colette menacée, quitte l’Hôpital. La Gestapo interroge et torture Claire Heyman et son adjointe, Maria Errazuriz. Elles ne parlent pas et sont finalement relâchées.
Les enfants de Rothschild. passent de foyers en familles. Famille d’accueil où se termine leur exode.

Colette n’a jamais su ce qu’étaient devenus les enfants sauvés. Elle n’a pas cherché à le savoir. Elle dit être rongée par un remords, ne pas avoir sauvé tous les enfants. Et deux visages la hantent : ceux de Céline Gradstein et de sa sœur Danielle. Danielle avait deux ans. Elle est arrivée à l’Hôpital dans un état épouvantable après la rafle du Vel’ d’Hiv’. Sa sœur était avec ses parents à Drancy. Quelques semaines plus tard, Céline cinq ans, malade, est envoyée à l’Hôpital.

« C’étaient les enfants de l’Hôpital. Puis un jour funeste, un médecin des hôpitaux de Paris est venu faire le compte des malades que l’on gardait et qui théoriquement étaient suffisamment en état pour être envoyés à Drancy, afin de compléter un convoi qui devait partir (…)
De penser qu’ils l’ont massacrée, ils ont massacré sa sœur comme ça, c’est affreux, c’est quelque chose que j’arrive pas à supporter même maintenant, c’est trop abominable. »

Depuis sa fuite de l’Hôpital en juin 1943, Colette s’est engagée dans la Résistance. Elle espionne les Allemands pour les services secrets de la France Libre (BCRA), soigne des aviateurs blessés, puis participe à la Libération de Paris. Décorée de la Croix de Guerre, elle n’avait jamais témoigné de son passé héroïque.
« Je me suis mariée avec Jacques Ullmann qui lui avait été en prison comme résistant et puis, après ça, on est devenus des gens tout à fait normaux. Je reconnais que pendant des années, j’ai refusé de parler de ce que j’avais vu parce que je voulais oublier. »

Colette a soigné des enfants toute sa vie. La pédiatre n’a jamais pardonné la cruauté de ce médecin de la préfecture de Paris qu’elle considère responsable de la déportation de Céline et Danièle. Il a été médecin des Hôpitaux jusqu’à la fin de sa vie. »

Dominique Dufourmantelle, septembre 2015

Les Enfants juifs sauvés de l’hôpital Rothschild
Exposition sur la Fondation Rothschild sous l’Occupation
Quand l’ État français était antisémite, Marc-Olivier Baruch
L’Hôpital Rothschild sous l’Occupation (1940 – 1944)


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