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De Rouen à Auschwitz. Les Juifs du « Grand Rouen » et la Shoah - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

De Rouen à Auschwitz. Les Juifs du « Grand Rouen » et la Shoah

9 juin 1940 - 30 août 1944, Françoise Bottois, Nice, Ovadia, 2015
jeudi 16 avril 2015

Ce livre d’histoire a pour sujet la quasi destruction des Juifs de Rouen et de son agglomération. Il s’intègre dans l’histoire de la Shoah en France.

Le livre de Françoise Bottois «  De Rouen à Auschwitz- Les Juifs du « Grand Rouen » et la Shoah-9 juin 1940-30 août 1944 » édité par Ovadia vient de paraître.

Ce livre d’histoire a pour sujet la quasi destruction des Juifs de Rouen et de son agglomération : sur 365 personnes officiellement recensées en octobre 1940, plus des deux tiers ont été assassinées entre le 9 juin 1940, date d’entrée de l’armée allemande dans Rouen et la Libération, le 30 août 1944 ;ce qui est une proportion largement supérieure à celle des Juifs victimes de la Shoah dans l’ensemble de la France (un quart selon R. Hilberg). Et on peut ajouter à ces « crimes raciaux », 121 soldats français d’origine africaine, dont 17 « assassinés à la mitrailleuse », massacrés dès les débuts de l’occupation militaire.

274 Juifs étaient de nationalité française, et un quart de 21 nationalités étrangères, en particulier des Russes, des Polonais et des Turcs. Dans ce chiffre n’entrent pas en ligne de compte des enfants (au moins trente), et ceux qui n’ont pas voulu être inscrits dans le « registre des israélites » de la Mairie de Rouen, ni faire l’objet des comptages et recomptages de l’État français et de l’administration allemande.

Ce livre s’inscrit dans le cadre délimité de la ville de Rouen, chef- lieu du département de Seine-inférieure et de 20 communes de banlieue, soit le lieu de concentration des pouvoirs politiques et militaires, autorités administratives et de répression engagées dans la politique de collaboration. On repère donc, sur la carte, à l’est, la Feldkommandantur 517, dirigée par le major von Bartenwerfer (et , à proximité la Kreiskommandantur 667) occupant l’Hôtel de ville, où reste le maire Maurice Poissant (et un certain nombre de services municipaux) et les gendarmerie militaire allemande et police nationale française, le commissariat central, place de l’Hôtel de ville. La Préfecture de région, la sous- préfecture mais aussi l’antenne régionale du Commissariat général aux questions juives, et sa police (PQJ devenue SEC [1] ) sont dans le centre, côté ouest, et une poignée de SS, de la Sipo-SD, et le tribunal militaire sont dans l’axe central menant à la gare : la rue J. d’Arc (et la rue du donjon) et, plus au sud, le palais de Justice et sa prison, et enfin, rive gauche, la maison d’arrêt de Bonne Nouvelle, avec son quartier allemand.

Le Grand Rouen est aussi le lieu de résidence, de vie et de travail d’une communauté juive d’ancienne implantation dont on repère l’existence à partir du IVe après JC. Ces hommes et femmes sont de toutes origines, très majoritairement français, de toutes professions, principalement petits et gros commerçants et professions libérales. Les documents trouvés dans les archives permettent de les situer dans leur environnement familial, géographique et social, mais aussi dans leur devenir « déportés », très majoritairement à Auschwitz-Birkenau, mais aussi Sobibor et Bergen-Belsen pour les femmes, fils et filles de soldats et officiers, français et étrangers, prisonniers de guerre en Allemagne : Berthe Tcherkawsky et ses enfants, Claude et Colette auxquels on pourrait ajouter les trois enfants Nelson et les trois enfants Przemliawski, déportés le 23 juillet 1944.

Certains conjoints « d’ aryennes » seront transférés dans le camp de travaux forcés d’Aurigny dont Françoise Bottois rapporte un épisode peu connu de leur évacuation, dans le sous-chapitre « un train de Juifs, immobilisé pendant 6 jours à Rouen, le 7 mai 1944 »).

Quant aux familles décimées à Auschwitz-Birkenau, elles sont nommées et certaines suivies et représentées , dans leur histoire avant l’arrestation et la déportation, ou leur sauvetage, avec les documents qui en témoignent : ainsi Bernard Holstein, d’origine lituanienne, de nationalité française, chirurgien dentiste, et sa femme, Juliette Cohen-Holstein, raflés avec leur fille Denise et assassinés à Auschwitz II ; leur fille Denise Holstein, étant rescapée (aujourd’hui la seule survivante des Juifs déportés de Rouen), Abraham et Tauba Bienstock, de nationalité polonaise, et leur fils Jack , qui se déplacent à l’intérieur de la Zone non occupée, en quête d’asile, jusqu’à la mort du père, Tauba étant arrêtée en tentant de rejoindre la Suisse, et leur fils caché étant épargné. Et aussi l’ingénieur Georges Erdelyi, d’origine hongroise, seul survivant d’une famille de 5 personnes, sa femme Mesea Cataf-Erdelyi et ses trois filles : Betty, 5 ans, Michèle, 4 ans et Annie-Rose, 2 ans étant assassinées en 1943 à Auschwitz-Birkenau, ou encore Raphaël Ganon, commerçant d’origine et de nationalité turques, raflé et déporté en 1942, sa femme Linda, ses filles Gaby et Paulette, restées cachées à l’Hospice général de Rouen-Darnétal par le Dr Georges Lauret, Juste parmi les nations, et les deux sœurs Rechtchaft, Hélène, 17 ans et Nelly, 14 ans, lycéennes de nationalité française, déportées par le convoi N°48 du 13 février 1943 et assassinées. Leur père Elie, ingénieur chimiste d’origine roumaine a été raflé et déporté en 1942 ( convoi N°3) et leur mère Fredja Rechtman-Rechtchaft expulsée dans le département de l’Oise, arrêtée en juillet 1942 et déportée par le convoi N°36 ( 23 septembre 1942).

Françoise Bottois est un professeur d’histoire de Rouen, membre fondateur du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah, il y a plus de 20 ans. Elle s’est fortement investie dans un travail multiforme sur la mémoire et l’histoire des Juifs de Rouen, en particulierle témoignage de Denise Holstein, déportée à Auschwitz-Birkenau, à l’âge de 17 ans, avec 34 enfants du Centre UGIF N°56 (Louveciennes), le 31 juillet 1944. Elle a accompagné Denise Holstein pour d’innombrables témoignages dans des établissements scolaires de Seine-Maritime, organisé plusieurs voyages d’étude de lycéens et de collégiens dans les camps d’Auschwitz et de Birkenau, construit et présenté une exposition sur «  La Shoah dans l’agglomération rouennaise », en janvier 2005, dans l’Hôtel de ville de Rouen et créé l’association «  N’oubliez pas les enfants d’Auschwitz ». Elle a écrit de nombreux articles dans les Petits Cahiers du Cercle d’étude et une introduction historique aux mémoires de Denise Holstein, rédigées après sa libération du camp de Bergen-Belsen, intitulées «  Le Manuscrit de Cayeux-sur-mer [2] » et publiées en 2008.

Le livre s’articule en trois parties, en premier : le temps de l’exclusion (recensements, fichages, cartes d’identité avec tampon « juif », commerces marqués d’une affiche, lois d’exclusion de la fonction publique, des professions libérales et commerciales, spoliation des biens appelée « aryanisation). Dans une deuxième période appelée « Le Temps des arrestations individuelles et des rafles », l’historienne étudie d’abord les prises d’otages de 1941, liées aux arrestations de communistes et de Juifs, et les premières déportations de représailles suite à l’invasion de l’URSS et aux attentats de la résistance armée, puis le début des rafles et fait original, la première d’entre elles, le 6 mai 1942, est une rafle de 77 hommes juifs, en majorité français (18 y échappent). Elle est préparée par un officier et un sous-officier SS. Dans le même temps où les hommes sont transférés dans le camp de Drancy, des Juifs étrangers, hommes et femmes, sont expulsés de Seine-inférieure, vers des départements « intérieurs » de la Zone occupée (Oise, Seine-et-Oise) arrêtés et déportés de juillet 1942 à janvier 1944. Suite à la première rafle et à l’obligation du port de l’Étoile, il ne reste que 135 adultes et 22 enfants (recensés ), le 7 juin 1942, dans le « grand » Rouen. La deuxième rafle des 9 et 10 octobre 1942 est une » rafle de Juives étrangères et de 6 enfants français, elle est ordonnée par les autorités SS et relayée par l’administration française. 44 personnes sont internées rue Poisson, transférées à Drancy, escortées par 17 gendarmes français. D’autres Juifs sont persécutés par le nouveau préfet, André Parmentier, son directeur de cabinet Jean Spach, le sous-préfet Pujès et le délégué du CGQJ [3] Coulon, tous antisémites déclarés, membres ou proches du parti de J. Doriot, le PPF.
La troisième et dernière rafle du 15 au 17 janvier 1943 a pour objectif de « liquider tous les Juifs du département », 130 adultes et 35 enfants sont arrêtés, dans une rafle nocturne, suite à une collaboration active entre la direction de la préfecture régionale, la délégation du CGQJ et sa police antijuive, la SEC et les autorités policières allemandes. Là encore, s’il y a des dénonciations, d’autres anonymes et personnalités se conduisent en « Justes ». Puis Françoise Bottois élargit sa recherche aux personnes juives originaires de Rouen et arrêtées en dehors du département et à l’histoire de Denise Holstein, sortie du camp de Drancy pour raison de santé, mais restée « enfant bloqué » et devenue monitrice dans les Centres UGIF de la rue Lamarck et de Louveciennes. Ce temps est aussi celui des internements dans les camps de la France occupée, précédant les déportations vers les centres de mise à mort de Pologne.
Le bilan est dramatique humainement : en l’espace de 8 mois, 301 personnes juives, ont été arrêtées, de 2 ans à 83 ans, et 241 assassinées soit 80%, et politiquement parce qu’il révèle de l’engagement des autorités françaises, et des forces de répression dans la politique de collaboration avec les autorités militaires et policières allemandes. La Mémoire des Juifs de Rouen, morts en déportation, a longtemps été cantonnée dans la synagogue de la rue des Bons-enfants. Leur histoire, qui n’oublie pas les Juifs fusillés pour faits de résistance (hommage à Valentin Feldman, professeur de philosophie) ou comme otages, devra beaucoup au travail inlassable et rigoureux de Françoise Bottois.
Marie-Paule Hervieu, avril 2015

BOTTOIS Françoise, De Rouen à Auschwitz, les Juifs du Grand Rouen et la Shoah - 9 juin 1940 - 30 août 1944, Nice, Ovadia, 2015, 350 p.

Lexique : les mots de la France sous l’occupation
Le convoi 76 du 30 juin 1944. Paroles de témoins et documents d’archives

[1PQJ (Police aux questions juives), SEC (Section d’enquêtes et de contrôle du Commissariat général aux questions juives)

[2HOLSTEIN Denise, Le manuscrit de Cayeux-sur-Mer, juillet - août 1945, Rouen - Drancy - Louveciennes -Birkenau - Bergen-Belsen, Entretiens avec Raymond RIQUIER, étude historique de Françoise BOTTOIS, Éditions Le Manuscrit, 2008, 233 p.

[3CGQJ : Commissariat général aux questions juives, création de Vichy


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