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Les Justes : Chambon sur Lignon, Dieulefit, St Christophe des bois - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Les Justes : Chambon sur Lignon, Dieulefit, St Christophe des bois

Le rôle du juste dans la chaîne de sauvetage des juifs par Katy Hazan
vendredi 6 juin 2014

Est Juste parmi les nations celui qui a sauvé un juif au péril de sa vie et de manière désintéressée.

Le rôle du Juste dans la chaîne du sauvetage des Juifs

  • I Un titre particulier
La distinction de Juste parmi les nations est un titre décerné par l’État d’Israël, à partir de 1963, à tous les non-juifs qui ont sauvé des Juifs pendant la Deuxième guerre mondiale.

Dans la lancée du procès Eichmann, cet outil diplomatique a également un but pédagogique, montrer qu’il était possible de se mobiliser contre la volonté meurtrière des nazis. La nomination des premiers Justes fut improvisée, quelques personnes choisies de manière informelle dont Schindler. Les protestations à son sujet expliquent la création d’une commission et l’établissement de critères (au péril de sa vie et de manière désintéressée).

En France, aucune évocation publique n’existe sur le sujet et François Mitttertand avait refusé de recevoir les Justes à l’Elysées au moment de la sortie du film Tzedek de Marek Halter. Il faut attendre le discours de Jacques Chirac sur la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, le 16 juillet 1995, pour que soient évoqués les Justes. Encore, peut-on penser que cette mention apparaît comme un contrepoint salvateur.

À partir de cette date, l’évocation des Justes est récurrente, jusqu’à l’acmé de leur entrée au Panthéon en 2007, comme s’ils finissaient par incarner l’honneur de la France, face aux exactions de Vichy et de la Collaboration. Comme l’a bien montré Sarah Gensburger, l’évocation des Justes est liée à la politique de la mémoire et au processus de redéfinition de la mémoire historique de l’Occupation [1].

Le 16 juillet, date de la rafle du Vél’ d’Hiv’ est maintenant une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et un hommage aux Justes de France.

Enfin la tendance actuelle est de mettre l’accent sur la signification collective de ce geste de sauvetage en mettant en avant la notion de village juste et de noter que dans beaucoup de cas on observe un silence actif de la population à l’égard des Juifs : certains cachent mais tout le village est complice et personne ne dénonce. C’est le cas du trépied, Moissac, Dieulefit, Le Chambon-sur-Lignon, mais on peut étendre cette observation à des villages comme Solignac (Haute-Vienne) ou Saint-Christophe-des-Bois.

En même temps, l’entrée au Panthéon introduit la notion de « grands hommes » et donc de héros que les Justes n’ont jamais voulu être. L’ordinaire devient extraordinaire. D’ailleurs après 2007, les Justes sont automatiquement chevaliers de la Légion d’honneur.

Les figures de diplomates entrent dans cette catégorie de héros exemplaires. On connait l’action de Raoul Wallenberg, le suédois à Budapest, le japonais Chuine Sughihara à Vilna, on connait moins le rôle d’Aristide de Sousa Mendes qui en est le précurseur. Consul du Portugal en poste à Bordeaux, il intervient pour distribuer des milliers de visas dits interdits, surtout aux Juifs apatrides, entre le 17 et le 25 juin 1940, en pleine débâcle, accomplissant ce fameux devoir de désobéissance qu’il paiera d’ailleurs cher , puisqu’il est démis de ses fonctions et qu’il mourra dans la pauvreté. Il n’est reconnu comme Juste qu’en 1966, soit 10 ans après sa mort.

  • II Qui sont les Justes de France ?

L’analyse de Levana Frenck [2] montre que 58,9% des Justes habitaient, au temps de leur action, la zone Sud contre 41,1% pour la zone occupée. Il s’agit donc d’un phénomène rural (69% des sauveteurs français vivaient dans des hameaux isolés) qui concerne des gens aux moyens modestes (40,8% d’entre eux étaient de petits fermiers et 25,4% des ouvriers).

Pendant la Seconde guerre mondiale, les Justes sont des hommes ordinaires, ou plutôt des gens simples qui sont étonnés qu’on leur pose la question de leur engagement.
On n’a pas assez analysé les liens entre le sauvetage des Juifs et la résistance intérieure, car les Justes sont souvent aussi des gens engagés, donc des résistants (22% de l’échantillon de Levana Frenck). Mais selon elle, le sauvetage en France fut massivement dû à des initiatives individuelles tandis qu’en Belgique, il constituait une tâche de la Résistance elle-même.

Les cheminots sont un bon exemple de cet engagement.
On a beaucoup reproché, à juste titre, il me semble, que jamais le moindre train de déporté n’avait été endommagé et qu’ils sont tous arrivés à bon port. Selon un article de la convention d’armistice, la SNCF est « à la disposition pleine et entière du chef allemand des transports » et placée sous l’autorité théorique du Secrétaire d’état aux communications de Vichy, des mécanos et chauffeurs français ont conduit des locomotives jusqu’à la frontière et ce sont des employés de la gare du Bourget qui sont chargés de plomber les wagons sous contrôle allemand.
Mais les cheminots de manière individuelle ont aidé les Juifs. Place forte de la CGT, avant la guerre aux ateliers de la Plaine, ils sont résistants à la gare du Bourget, et, beaucoup ont été arrêtés et envoyés à Compiègne. La résistance est importante dans le Nord, en particulier dans les dépôts près de Lille, ceux de Fives et d’Hellemmes qui se lancent dans le sabotage systématique des machines. Il existe des réseaux spécifiques de renseignements. Et le film de Chistophe Nick a montré la participation des cheminots du nord au sauvetage des enfants juifs.
Souvent, les conducteurs de train ralentissaient à l’approche des villes, lorsqu’ils savaient qu’ils transportaient des prisonniers. C’est ainsi que Felix Goldschmidt qui travaillait avec le rabbin Deutsch a été recueilli par Gabriel Philbert du côté de Nançois-sur-Ornain (près de Nancy), alors qu’il s’évadait d’un train de déportés vers Auschwitz.
Georges Loinger, pour sa filière de passage d’enfants vers Annemasse, s’était organisé avec les cheminots pour qu’à la descente des trains, soit aménagé un passage soit-disant réservé aux colonies de vacances.

  • III La spécificité française : imbrication entre sauveteurs juifs et les Justes

Ce sont les juifs eux-mêmes qui se sont organisés, qui ont donc été les acteurs de ce sauvetage, individuellement ou à travers les œuvres d’assistance, mais leur survie dépend des liens tissés avec la population non-juive. L’implantation de la communauté juive dans le tissu social français est ancienne, fruit de l’intégration à la française. Les Juifs sont depuis le 18e siècle des citoyens à part entière, ce qui explique l’existence et l’efficacité des organisations d’assistance juives et l’échec des nazis de faire de l’UGIF un Judenrat. Mais ce qui n’exclut pas l’antisémitisme, un antijudaïsme ancien et profondément ancré, un antisémitisme virulent depuis les années trente et une xénophobie exacerbée avec la crise et surtout la défaite.

La mobilisation de la société civile concerne tous les milieux socioprofessionnels, et religieux, mais il faut attendre 1942, c’est à dire les grandes rafles de l’été pour que cette mobilisation soit effective.
Ainsi se met en place, telle une toile d’araignée une chaine de solidarité dont les mobiles certes individuels vont de la simple « solidarité à la personne humaine » exprimée par Mgr Saliège, aux « affinités électives » [3]
entre Juifs et protestants français, à l’idéal universaliste républicain massivement représenté par les hussards noirs de la République que sont les enseignants.
Des fonctionnaires, secrétaires de mairies, des associations publiques ou privées se sont mobilisés pour fournir faux papiers ou faux tampons ou fausses cartes d’alimentation, ainsi que certaines préfectures dont le rôle souvent méconnu est essentiel.
Elle est donc multiforme, d’où la difficulté d’avoir une vision d’ensemble. Elle mérite d’être plus finement analysée dans ses composantes régionales : qui travaillait avec qui et où ?

- 1 Les réseaux de la résistance juive
Dix réseaux ont été regroupés bien après guerre sous le vocable OJC (organisation juive de combat) dépendant de ARJ (Les anciens de la résistance juive), mais distincts des associations de résistants juifs communistes [4].

Ce qu’ils ont en commun : survivre en tant que juif, à un moment où la survie du peuple juif tout entier était en jeu. Ce sont des réseaux d’entraide, puis de résistance choisissant de s’investir soit dans le sauvetage et/ou la lutte armée. Ils sont constitués de Juifs français et étrangers, et peuvent émaner de structures politiques, comme le Bund ou la mouvance sioniste ou être considérés comme des organisations sociales comme l’OSE, ou la Colonie scolaire qui se retrouveront dans le Comité de la rue Amelot en zone Nord. Certains existaient déjà avant-guerre et avaient tissé des liens anciens, comme l’OSE et les EIF.

L’OSE (œuvre de secours aux enfants), née en Russie en 1912, arrive en France dans les années trente [5] . Œuvre sanitaire et sociale, elle acquiert très vite un savoir faire auprès des populations juives défavorisées, soit de l’Empire tsariste, soit, issues des vagues d’immigration en France.

Avec la montée du nazisme, ses interventions concernent l’aide aux enfants juifs d’Allemagne puis d’Autriche pour qui sont installées les premières maisons, à Montmorency et dans les environs, sous la direction d’Ernst Papanek. Pendant la guerre, elle comprend 230 employés officiels et recensés, médecins, rendus disponibles par le statut d’octobre 1940, assistantes sociales, éducateurs, soit une majorité de collaborateurs recrutés dans le milieu des Juifs alsaciens,mobilisés déjà dans le cadre des EIF [6].

Les Eclaireurs israélites de France (EIF) sont un mouvement de jeunesse qui a une habitude de travail social et qui a su mobiliser très vite les jeunes au moment de la déclaration de guerre.Nés dans le giron du Consistoire en 1929, ils vont s’émanciper pour devenir un mouvement indépendant sous l’impulsion de Robert Gamzon et Edmond Fleg [7]. Les « affinités électives » avec les protestants sont anciennes car les israélites français avaient l’habitude d’envoyer leurs enfants chez les scouts unionistes. Cette proximité facilite les liens de Moissac, la plaque tournante des EIF avec le Chambon et le premier camp scout de l’après guerre se passe là-bas, et avec Dieulefit.

Le 3e pôle concerne la mouvance sioniste. Le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS), comme son nom l’indique est né d’un projet politique particulier, le regroupement de tous les groupes sionistes éparpillés dans les différentes villes [8]. A travers la résistance, le courant sioniste va donner une dimension politique au fait juif. Il décide d’être présent sur tous les fronts, le sauvetage d’enfants et d’adultes, l’éducation sioniste à travers des groupes de formation agricole et la lutte armée au sein de l’Armée juive (AJ). Leur circuit clandestin nommé Education physique se rapproche de celui des EIF.

Le service André en est une émanation : Fondé par Joseph Bass, il se consacre en priorité au sauvetage des adultes, fabrication de faux-papiers et convoyage, puis à la lutte armée. Il opère d’abord à Marseille puis au Chambon sur Lignon, enfin à Nice.

- 2 Comment se situe le Juste dans la chaîne du sauvetage ?
* 1- La majorité sont les familles nourricières qui sont sollicitées très tôt en zone nord car le mot d’ordre des organisations juives est de disperser les enfants. L’OSE autour du Docteur Eugène Minkowski [9] et de sa collaboratrice Enéa Averbouh, a ainsi mis à l’abri autour de 600 enfants en cherchant des familles nourricières jusque dans la Nièvre.
Quels risques supposés ou réels prennent-elles ? Les dangers sont plus ou moins réels en fonction des préoccupations des troupes d’occupation et de la date, ainsi que de la proximité des maquis. Mais il n’existe aucune directive allemande à l’encontre de ceux qui aident ou accueillent des Juifs ; La répression vise les résistants [10].

Il ne s’agit pas de minimiser leur action, mais de trouver leur juste place, en sachant que de vraies histoires d’amitié se sont nouées soit sur le moment [11], soit bien plus tardivement, au moment des nominations.
A Paris, au début de 1943, ils sont 1 500 enfants dans les maisons de l’UGIF dont
1 100 confiés à des familles nourricières ou à des institutions non juives. Les enfants arrivent et partent au gré des placements en nourrices. Un exemple parmi tant d’autres, Madame Renée Vérité accueille en Picardie, à Rogeant, huit enfants de l’orphelinat de la Varenne et de la pension Zysman, en lien avec le Comité de la rue Amelot. Mais le sauvetage de chaque enfant met en jeu plusieurs personnes, il y a bien une chaîne de solidarité qui va du policier qui ferme les yeux, à la voisine qui garde un moment l’enfant, puis la convoyeuse qui amène l’enfant et l’assistante sociale qui apporte l’argent de la pension [12].

En zone sud, la recherche des familles d’accueil est essentielle pour la réussite des réseaux clandestins et Fanny Loinger, responsable du circuit Garel de l’OSE pour la zone Est, raconte qu’il faut s’enfoncer de plus en plus profondément dans les départements à mesure que le temps passe. Dans la Drôme, Germaine Chesneau, fut un relais essentiel en installant une maison d’enfants à caractère sanitaire dans une partie du château de Peyrins. Elle y cache près de 200 enfants juifs, souvent de l’OSE, dont 14 venaient de Vénissieux. Mais elle accueille aussi des résistants traqués, et reçoit la médaille des Justes en 1970. Toutes les institutions de la société civile se sont impliquées, mais il faut faire une place toute particulière aux différents EPS, Ecoles primaires supérieures dont les internats ont, dans leur immense majorité, abrité des enfants juifs.
* 2- La sortie des enfants juifs étrangers des camps d’internements de la zone sud mobilise beaucoup d’associations caritatives regroupées dans le comité de Nîmes. Cette action légale, devient illégale lorsqu’il s’agit de cacher adultes et enfants lors des déportations [13]. Des individus s’y sont particulièrement distingués : l’abbé Glasberg [14], le Pasteur Boegner, chef de l’église réformée, ou Madeleine Barot de la Cimade, tous devenus Justes à des dates différentes.

Cette action est également organisée par Andrée Salomon de l’OSE qui met en place des assistantes, internées volontaires dont le but est de persuader les parents de leur confier les enfants. Les enfants sont ensuite placés dans les maisons d’enfants : l’OSE en a 14, la Cimade plusieurs au Chambon-sur-Lignon, ou dans le Tarn.
On connait moins le rôle essentiel de certains préfets comme celui de l’Héraut, Jean Benedetti, ou celui de Perpignan, Paul Corrazzi pour donner les certificats d’hébergement indispensables pour sortir ces enfants.
Beaucoup d’institutions ou d’individus ont servi de caution, ainsi une quarantaine d’enfants ont pu sortir de Gurs, sous la responsabilité de l’OSE parce qu’ils sont allés à la maison des Quakers à Aspet, grâce à deux personnes qui les ont pris en charge et protégé, Helga Holbek et Alice Reich.

- 3 Les maisons d’enfants de l’OSE sont, un temps, des hâvres de paix protégés par beaucoup de gens dans un environnement plus ou moins hostile. Ainsi en est-il de la maison de Vic-sur-Cère cogérée par l’OSE et l’Amitié chrétienne qui sert de couverture pour toutes ces jeunes filles sorties du camp de Gurs. Celle de Chabannes dans la Creuse, dirigée par Félix Chevrier est « un vaisseau isolé dans une mer qui ne lui est pas hostile [15]. »

- 4 Le rôle de couverture joué par les Justes est essentiel pour « aryaniser » les assistantes sociales et convoyeuses juives des circuits clandestins comme La Sixième pour les EIF ou le réseau Garel de l’OSE. Il leur fallait de vrais faux papiers et surtout des cartes professionnelles, beaucoup sont données par la Croix-Rouge, ou des institutions pétainistes comme les compagnons de France ou Le Secours national, noyautés par la résistance.

A l’intérieur même des organes de direction, il existe des non-juifs : à l’OSE, René Borel était le grand argentier. Il connaissait l’OSE depuis les années trente et son appartement à Lyon servait de lieu de rendez-vous pour les membres de l’organisation, de stockage des archives compromettantes et de plaque tournante pour l’argent. Il est fait Juste en 2012.

- 5 Chaque région a sa propre histoire du sauvetage, mais certains lieux sont traditionnellement plus propices que d’autres.
Lyon est la plaque tournante de la résistance juive et non juive et le point de convergence des organisations juives qui ont l’habitude de travailler ensemble. L’OSE ouvre un bureau en novembre 1941 sous la direction de Charles Lederman, futur dirigeant communiste de l’UJRE, puis d’Elisabeth Hirsch. Il fonctionne comme centre d’assistance avec un service de placement d’enfants, des patronages, une consultation pour enfants difficiles dirigé par Madeleine Dreyfus, une consultation d’assistance juridique, un dispensaire [16] et un service de placements hospitaliers. Dès avril 1942, le centre s’engage dans l’illégalité en procurant des fausses cartes d’identité, dont le grand fournisseur était David Donoff dit dodo, résistant EI, lié au service André [17] et travaille avec l’abbé Glasberg pour venir en aide aux étrangers en situation irrégulière.

Le refuge protestant est un autre exemple de mobilisation. Des Cévennes à la frontière suisse en passant par le plateau Vivarais-Lignon [18], l’accueil des réfugiés juifs est quasi « naturel » grâce à la mobilisation spontanée de la population [19] et d’un grand nombre de pasteurs. Après avoir choisi « une politique de présence » vis à vis du gouvernement de Vichy, Marc Boegner, chef de l’église réformée engage la Fédération des églises de France sur le chemin de la solidarité active avec les Juifs [20].

Un millier de Juifs trouve refuge sur le plateau Vivarais-Lignon, région de cure thermale équipée de foyers d’enfants et pensions de famille. Ils sont venus de manière individuelle, de la région parisienne d’abord, puis marseillaise après novembre 1942, ou Lyonnaise, instruits par le bouche-à-oreille. Contrairement à d’autres lieux de refuge protestants, il s’agit là d’un accueil organisé collectif et d’une résistance multiforme. Outre l’OSE, le Secours suisse, la Cimade, l’YMCA interviennent pour cacher adultes et enfants sortis directement des camps d’internement ou des zones d’assignation à résidence. L’OSE à la différence de la Cimade ne place pas directement les enfants au Chambon, mais d’abord dans ses propres maisons d’enfants.

Joseph Bass, sioniste de la première heure, à la tête du service André aide les Juifs à partir vers la Suisse. Dès octobre1942, en lien avec Roger Climaud de la « Sixème », Oscar Rosowski fabrique des faux papiers pour tous ceux qui en avaient besoin. Enfin la résistance organisée de Haute-Loire avec le maquis de Pierre Fayolle, les personnalités comme le médecin Roger Le Forestier et Mireille Philip ont contribué à faire du plateau une commune libre et une terre de refuge [21].

A partir de septembre 1942, pour venir en aide aux réfugiés du plateau, un réseau d’évasion regroupe aussi des prêtres et des laïcs catholiques, étant, en ce sens, bien en avance sur la percée théologique de l’œcuménisme naissant. Les prêtres de la filière de Douvaine, à la frontière suisse sont également des agents de la résistance intérieure qui passaient du courrier et des soldats parachutés, en même temps que des Juifs.

Conclusion
Comme on peut le voir, la figure du Juste se glisse entre les bourreaux et les victimes et le titre a été étendu à d’autres génocides. Le nombre des Justes de France doit aller en augmentation du fait d’une forte demande, comme pour rattraper le temps perdu, mais la liste sera close lorsqu’il n’y aura plus d’enfants cachés pour témoigner.
L’existence d’environ 3300 Justes en France et le sauvetage des ¾ des Juifs de France, ne doit pas oblitérer une situation plus nuancée concernant les dénonciations, la participation à la traque des Juifs et aux arrestations, d’une partie de la population, ainsi que les mauvais traitements subis par les enfants confiés aux familles nourricières qui, il ne faut pas l’oublier étaient, pour la plupart, rémunérées. La France a été aussi le seul pays d’Europe à avoir prêté main forte aux Allemands en arrêtant
10 000 Juifs étrangers dans la zone dite "libre", en août 1942. La figure du Juste en est d’autant plus emblématique, elle pose la question éternelle du choix possible.

Katy Hazan, historienne
Journées de la Licra juin 2014

Pour une histoire des Justes
Simone Monnier, Marguerite Soubeyran et Catherine Kraft, Les « trois fées » de l’école de Beauvallon à Dieulefit (Dröme) :
http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=326
LAZARE Lucien, L’abbé Glasberg, Paris, Éditions du Cerf, 1990.
http://www.cinehistoire.fr/event/labbe-glasberg/
http://web.archive.org/web/20160324195404/http://jewishtraces.org/histoire/alexandreglasberg/
Tsedek (les Justes), de Marek Halter :
http://www.cndp.fr/lesjustes/

Paul Grüninger, le Juste suisse

novembre 2014

De la reconstruction du bonheur. Une enfance allemande en France (Von der Wiederherstellung des Glücks. Eine deutsche Kindheit in Frankreich) Anna TÜNES, Galiani, Berlin 2010, 256 p.
Une famille de paysans, des réfugiés allemands de Pologne, sont installés dans la Drôme après la guerre, à Paillette-Montjoux près de Dieulefit. L’auteure étudie les relations difficiles entre victimes et bourreaux.

[1Sarah Gensburger, les Justes de France. Politiques publiques de la mémoire. Sciences Po. Les Presses, 2010

[2Soit 700 Justes français (environ 1/4 des 2740 sauveteurs honorés en 2007) et 214 Justes belges ( 15% des 1443 honorés à la même date).Jeannine Frenk, Righteous among the nations in France and Belgium, Lectures and papers 12, Jérusalem, Yad Vashem, 2008.

[3Voir Patrick Cabanel, Juifs et protestants en France, les affinités électives XVIe-XXIe siècle, Fayard, 2004

[4Il s’agit du réseau Garel de l’OSE, de la sixième des EIF, du Mouvement de la jeunesse sioniste ( MJS), du Comité de la rue Amelot, du réseau Marcel, du service André, des rabbins aûmoniers, du réseau Westerweel spécialisé dans le passage de la frontière espagnole, de celui de la Wiso (femmes sionistes) et enfin de l’Armée juive (AJ), seule organisation habilitée à présenter des dossiers d’homologation pour le titre de résistant.

[5Elle a voulu garder ses initiales russes : ObshetsvoZdravookranenyaYevrei, société pour la protection sanitaire des populations juives. Son travail médico-social est très important dans toute l’ex-zone de résidence des Juifs (Ukraine, Bielorussie, Pologne, Pays Baltes et Bessarabie) où elle implante dispensaires et gouttes de lait.

[6Voir Katy Hazan et Georges Weill, Andrée Salomon, une femme de lumière, FMS/Le Manuscrit, 2011

[7Voir Lucien Lazare, La résistance juive en France, Stock, 1987

[8En mai 1942, les différents responsables décident à Montpellier la création du mouvement avec Simon Levitte comme secrétaire général. En 1943, les chefs EI, Robert Gamzon et Frédéric Hammel entrent dans l’exécutif du mouvement.

[9Éminent psychiatre, d’origine polonaise mais de culture russe, il fut l’assistant de Bleuler à Zurich et vint en France en 1915 comme engagé volontaire. Président de l’OSE-France depuis sa création en 1933, il ne voulut pas suivre la direction en zone sud.

[10Patrick Cabanel, Histoire des Justes de France, Armand Colin, 2012

[11Voir le film de Jean-Christian Riff, Sam et Jacky à Dieulefit.

[12On remarque que ce sont les mêmes convoyeuses qui se sont chargées des enfants en zone occupée, Madame Flament, Clément de Lépine, Lucie Chevalley etc.

[13Il en est de même du réseau de l’aumônerie générale créé en 1941 sous l’autorité du grand rabbin Hirschler.

[14Alexandre Glasberg (Jitomir, Ukraine, 1902 – Meaux, 1981), prêtre catholique d’origine juive, curé de Saint-Alban à Lyon, représentant du cardinal Gerlier au CAR et au Comité de Coordination pour l’Assistance dans les Camps, dit Comité de Nîmes. Il créa cinq centres d’accueil pour les internés libérés, puis, en 1942 avec Germaine Ribière, le père Chaillet et Jean-Marie Soutou l’Amitié Chrétienne qui abrita les 108 enfants sortis du camp de Vénissieux et organisa des filières de sauvetage. Fondateur du « COSE » en 1944 avec Nina Gourfinkel, et de « France terre d’Asile » en 1971. Lucien Lazare, L’abbé Glasberg, Paris, Cerf, 1990. Un colloque lui est consacré en juin 2012 à Lyon.

[15Voir Katy Hazan, Rire le jour, pleurer la nuit, les enfants juifs cachés dans la Creuse, Calmann-Lévy, 2014

[16Dirigé par le Dr. Pierre Lanzenberg, arrêté avec son assistante Marcelle Loeb dans la rafle de la rue Sainte-Catherine.

[17David Donoff organise également un courrier régulier sur la ligne Lyon-Genève pour le transport des fonds du Joint. Il est arrêté par la Gestapo en juin 1944 et mortellement blessé en cherchant à s’échapper. Voir, Organisation juive de combat, France 1940-1945, édit Autrement 2006, p.291

[18Le 5 septembre 1988, YadVashem a remercié officiellement la population du Chambon et du plateau. Mais contrairement à une légende tenace, le village n’a pas reçu le titre de Juste.

[19Voir Cévennes terre de refuge 1940-1944, textes et documents rassemblés par Philippe Joutard, Jacques Pugol et Patrick Cabanel, Presses du Languedoc, 1987

[20Voir Carnets du pasteur Boegner 1940-1945, présentés et annotés par Philippe Boegner, Fayard, 1992 et Patrick Cabanel, Juifs et protestants en France, op.cit, p. 237

[21 Le plateau Vivarais-Lignon, accueil et résistance, 1939-1944, sous la direction de Pierre Bolle, édit 1992 et Les résistances sur le plateau Vivarais-Lignon, 1938-1945, témoins témoignages et lieux de l’histoire, les oubliés de l’histoire parlent, édit. Du Roure, 2005.