Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 358
D’une petite rafle provençale, par Nelcya Delanoë - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

D’une petite rafle provençale, par Nelcya Delanoë

CR par Brigitte Vinatier
mardi 5 août 2014

"Sur la ville un vol de coquecigrues
Traque des fuyards à travers les rues"

un poème de Louis Aragon à l’origine "D’une petite rafle provençale..."

D’une petite rafle provençale…par Nelcya Delanoë

Nelcya Delanoë, ethno-historienne et professeur émérite d’histoire et de civilisation américaine, s’est intéressée, dans son dernier ouvrage, paru en mai 2013, à l’histoire de la Provence, pendant la seconde guerre mondiale. D’une petite rafle provençale… est le récit d’un travail de recherche qu’elle a mené, dont le point de départ, très romanesque, est un poème de Louis Aragon qu’ une amie du village lui remet un jour : une quinzaine de strophes, intitulées « Le médecin de Villeneuve », qui évoquent, à mots couverts, par le biais d’une transparente transposition médiévale, une rafle qui eut lieu dans le village de Villeneuve-lès-Avignon. Une brève annonce précède ce poème interdit en France et publié en Suisse en 1943, et commence ainsi : « Le 31 août 1942 à Villeneuve-lez-Avignon, c’est la grande chasse aux Juifs. ».

Rue des Juifs
A Tarascon, en Provence

Nelcya Delanoë se sent intriguée, intéressée, concernée également, et doublement du fait de son histoire familiale et des attaches qu’elle a dans ce village où elle réside une grande partie de l’année. Or nul n’a entendu parler de cet événement, disparu, désintégré dans la mémoire de la guerre.

Elle décide donc de mener l’enquête et, c’est aussi ce qui rend la lecture si plaisante et si vivante, elle convie le lecteur à l’accompagner pendant ses recherches dans d’innombrables salles des Archives et de nombreux autres services administratifs, en Provence et à Paris. L’auteur chaque fois décrit ses périples, les villes, les bâtiments, l’ambiance ; elle se montre fouillant dans les cartons, lisant, compulsant, recopiant, sans cacher ses états d’âme, tour à tour, selon les résultats, dépitée, impatiente, surprise, enthousiaste jusqu’au surgissement de la réalité qui s’est tant fait attendre.

Ainsi le dossier de l’enquête se constitue et grossit peu à peu, de tant de documents, dont la plupart sont retranscrits intégralement, courriers secrets ou non, rapports, procès-verbaux et listes, interminables et innombrables listes, dans lesquelles l’auteur cherche les noms des victimes de cette rafle. De là surgit l’histoire d’une petite ville provençale, et des persécutions que subirent des Juifs étrangers qui crurent y trouver la sécurité et où certains se firent recenser. Surgissent enfin de l’oubli des hommes et des femmes, à qui l’auteur redonne leur nom, leur origine, leur filiation, toute une biographie. Il y eut d’abord 9 personnes arrêtées, dont 5 femmes, en cette nuit du 26 août 1942 [1], (et non le 31, erreur du poète). Plus tard d’autres arrestations eurent lieu, en tout une quinzaine de personnes qui n’échappèrent pas à la déportation. Dans cet ouvrage, l’auteur restitue aussi ce qu’elle appelle « la vie comme elle va » à Villeneuve-lès-Avignon, la vie quotidienne, la trouble atmosphère de ces temps de guerre.

A la fin de l’ouvrage, l’auteur exprime le malaise qu’elle a ressenti devant la création récente du réseau des Voisins Vigilants, censés surveiller leur environnement en lien avec la police. Cette initiative contient selon elle des échos pour le moins suspects et inquiétants. Sans doute beaucoup de lecteurs partageront-ils son point de vue. Et l’on peut penser aussi à Albert Camus qui, à la fin de La Peste, met en garde les hommes contre l’insouciance et l’oubli, en leur enjoignant de craindre que les rats ne viennent un jour réveiller une cité heureuse.

Brigitte VINATIER

D’une petite rafle provençale..., Nelcya Delanoë, préface de Laurent Joly, Seuil, 2013

Plaque des déportés juifs du Vaucluse à Avignon

À Avignon, une plaque pour les 422 déportés du Vaucluse, dont Ginette Cherkasky-Kolinka.

"Les rafles de l’été 1942 en zone libre. Un crime de l’État français". Témoignage de Paul Schaffer.

[1rafle de Juifs dans la zone "libre"