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"Regards sur les ghettos" - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

"Regards sur les ghettos"

CR de l’exposition par Catherine Monjanel
samedi 9 août 2014

Cette exposition, visible au Mémorial de la Shoah et qui se termine le 28 septembre 2014, présente environ 500 photos, prises tant par des soldats allemands que par des Juifs, photographes professionnels ou amateurs.

Regards sur les ghettos.

Dès 1939, lors de l’invasion des pays de l’Est de l’Europe, les nazis rassemblent les Juifs des pays occupés dans des ghettos qui deviennent très vite surpeuplés et insalubres. Depuis les petits ghettos, tels celui de Kutno ( 7 000 habitants), Szydlowiec ( 15 000 ), ou bien encore Izbica (6 500) jusqu’aux grands ghettos tels ceux de Lodz, Lublin ou bien sûr celui de Varsovie qui rassembla jusqu’à 450 000 personnes.

Dès septembre 1940 des photographes SS se rendent au ghetto de Lodz. La plupart des soldats appartenaient à des unités appelées « compagnie de propagande » (PK, Propagandakompanie).

Un photographe SS (PK) à Lodz, 1940
Wikimedia Commons

Ces photos avaient pour but d’alimenter la propagande antisémite. Elles parurent dans différents journaux [1] nazis sous des titres comme : « le Juif dans son jus » ou « les Juifs entre eux ». Certains de ces photographes étaient plus « spécialisés » comme un certain Walter Genewein qui prit nombre de clichés montrant l’activité économique du ghetto de Lodz : femmes et enfants travaillant dans une usine de chaussures destinées à la Wehrmacht, ateliers de serrurerie, menuiserie, etc.

Toutes ces activités étaient encouragées par Mordechaï Chaïm Rumkowski, président du Judenrat de Lodz qui avait fait éditer (on en voit la reproduction) une affiche portant ces mots (en yiddish et allemand) « notre voie est le travail ».

Ces images allemandes voulaient montrer une vie presque normale au ghetto, c’est pourquoi elles étaient axées plus sur l’activité économique. Au moins à Lodz. Aucune précaution de ce genre ne fut prise à Varsovie comme nous le verrons plus loin.

Elles servaient également la propagande la plus mensongère qui soit puisque le 13 janvier 1944 le journal du parti nazi publia des photos du ghetto de Varsovie, laissant ainsi entendre que celui-ci existait toujours alors qu’il avait été liquidé en mai 1943.

Il existe des clichés pris par les habitants des ghettos bien que les nazis aient exigé des Juifs qu’ils déposent leur appareil-photo, sauf pour les photographes agréés par les autorités des Judenrat, tel Mendel Grossman ( 1913-1945) ou Henryk Ross à Lodz. Les habitants, photographes amateurs passèrent outre, ce qui permit d’illustrer la vraie vie dans les ghettos, notamment les actes de résistance mais aussi des scènes de vie familiale et culturelle.

La classe d’Izabela de l’école du ghetto de Lodz en 1940
Le photographe : Roman Freund, DR

Certaines photos témoignent de moments que l’on pourrait considérer presque comme heureux, telles celle montrant un papa et son fils faisant de la luge (Ghetto de Rzeszow, janvier 1941) ou celle où posent six jeunes et jolies jeunes femmes prenant un bain de soleil ( Ghetto de Varsovie, juillet 1942) pour fêter leur réussite à l’examen de fin d’année du lycée clandestin.

Images de l’insouciance souriante, encore que certains visages sont graves et derrière ces jeunes filles on distingue les fils de fer barbelés, rappelant ainsi qu’aucune vie ne peut-être « normale » à l’ombre des barbelés.

On voit également des amoureux se promenant main dans la main. Des enfants qui jouent ou sourient lors d’une distribution de friandises ? Des mamans faisant la cuisine.

Dans quelle abominable tourmente ces jeunes filles, ce papa et son fils, tous ces pauvres gens ont-ils disparu ? Certains ont-ils survécu ?

Car l’horreur apparaît au fur et à mesure de la visite : Enfants au travail forcé, femmes fouillant les poubelles à la recherche de nourriture, les premiers rassemblements avant la déportation commencent. Les enfants sont séparés de leurs parents ou (sans doute sont-ce les mêmes) gisent, affamés, morts ou agonisants dans les rues. D’autres photos montrent la police juive du ghetto qui encadre, surveille, participe, avec brutalité quelquefois aux rafles précédant les déportations. Que leur avait-on promis pour qu’ils se comportent ainsi ?

La panique règne dans les ghettos. Certains essayent de s’enfuir mais la mort est souvent au rendez-vous, comme sur la photo représentant le supplice de quatre femmes et un homme, pendus pour avoir tenté d’échapper à la déportation. (Ghetto de Szydlowiec).

Les clichés pris dans le ghetto par Hugo Jaeger, soldat allemand, sont particuliers car il avait, paraît-il, instauré une certaine intimité avec les personnes photographiées et en effet, si ce n’était la présence de l’étoile jaune et l’état physique dégradé des personnes, on pourrait presque songer à des photos « normales », de gens souriants à l’objectif.

En ce qui concerne le ghetto de Varsovie, presque toutes les vues ont été prises par des Allemands. Il y a peu de clichés « heureux ». Tout le monde a vu les photos de ces enfants morts de faim dans les rues, de gens dénutris, à bout de forces, ne laissant aucun doute sur le gigantesque mouroir que fut ce ghetto, qui devint très vite à cause de sa surpopulation et de son ravitaillement misérable (200 calories par jour et par personne) une immense nécropole. Mais il y eut aussi dans une même concomitance de temps et d’espace, des privilégiés, souvent enrichis par le marché noir et qui vivaient bien, mangeant à leur faim, buvant et dansant dans les bars et cabarets du ghetto.

Les nazis prirent et exposèrent beaucoup de ces photos car ce contraste servait leur propagande antisémite, laquelle insistait sur la différence entre « les nantis » comme les Allemands les appelaient et le reste de la population, voulant ainsi souligner le manque de fraternité et de solidarité entre les Juifs.

Enfant en haillons sur un trottoir à Varsovie
Wikimedia Commons

Dans ce voyage au bout de l’horreur, il y a quand même quelques moments réconfortants comme les photos des archives de la famille Kostanski. Famille polonaise, non-juive, liée par une profonde amitié à une famille juive, les Wierzbicki. Les Kostanski parvinrent à cacher leurs amis juifs jusqu’à la libération de Varsovie en janvier 1945.

Parmi d’autres documents, ne passez pas sans regarder l’incomparable album d’Arieh Ben-Menachem sur le ghetto de Lodz. Album regroupant 18 photos-montage, à partir des clichés de Mendel Grossman. Cet album était destiné à contrebalancer la propagande « flatteuse à l’égard des Allemands » (je cite) et prônée dans des albums réalisés à la gloire de Chaïm Rumkowski, président (controversé) du Judenrat de Lodz.

N’oubliez pas non plus de feuilleter l’album de photos du
« Joint » (American Jewish Joint Distribution Comitee) qui, pour justifier la bonne utilisation des fonds que cette organisation charitable avait sollicité de ses donateurs, commanda à un photographe professionnel de Varsovie une série de clichés illustrant son action sociale auprès de la population juive tout en excluant les souffrances quotidiennes vécues par cette dernière.

En effet on aperçoit des Juifs travaillant certes, mais dans de relatives bonnes conditions. Priant, mangeant, cuisinant. Allant chez le docteur, chez le barbier, lisant, jouant aux échecs, chantant dans une chorale et même assistant à une circoncision !

Bref, une vie ordinaire ! On peut s’interroger (enfin moi je m’interroge) sur une certaine forme « d’indifférence » des Juifs américains vis à vis de la persécution vécue par les Juifs d’Europe. Je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante : si le calvaire de la population juive avait été montré, en lieu et place de ces photos lénifiantes, peut-être que les Américains seraient rentrés plus tôt et plus vite dans la guerre ?

La visite se termine par des vues du ghetto de Kaunas ( Kovno) en Lituanie. Ces photos ont été prises par un photographe juif du nom de Georges Kadish. Il cacha ses clichés et parvint à fuir le ghetto ; il les retrouva après la guerre.

Est-ce un hasard si l’exposition se termine par l’évocation du ghetto de Kaunas  ? Lorsque l’on sait que la quasi-totalité des Juifs lituaniens ont été exterminés aux bords des fosses, par ce que l’on a appelé « la Shoah par balles » après avoir endurés les souffrantes inhérentes à la vie (la survie !) dans les ghettos, nous avons là l’illustration de ce que voulaient les nazis ; la disparition de toute la communauté juive d’Europe centrale avec un maximum d’humiliations et de sadisme avant la mise à mort.

Exposition poignante, émouvante au-delà de tout. Toutes ces photos montrent l’indicible calvaire des corps décharnés, des yeux remplis d’angoisse ou, au contraire, éteints par la résignation mais elles nous incitent plus que tout, plus que les mots qui sont, il faut en convenir, souvent impuissants face à l’horreur absolue, à ne jamais oublier.

Cette visite est pédagogique certes, mais elle a une autre dimension, comme une sorte de lien spirituel entre les victimes de la barbarie et nous-même ; tant que nous LES regarderons, ILS n’auront pas tout à fait disparu.

 Noms des photographes

Noms des photographes des ghettos et lieux où leurs clichés sont conservés.

  • Photographes juifs :
    Henryk Ross : Art gallery of Ontario Canada.
    Grossman Mandel : Il est envoyé du ghetto de Lodz à Sachsenhausen puis au camp de travail de Königs Wusterhausen, jusqu’au 16 avril 1945. Il est tué lors d’une marche de la mort.
    Le ghetto de Lodz, "Jakob le menteur" et Jurek Becker
    Ghetto fighters house museum
    Yad Vashem
    United States Holocaust Memorial Museum.
    Kadish George : United States Holocaust Memorial Museum.
    Simon Wiesenthal Center archives Los-Angeles.
    Ben-Menachem Arieh : Jewish Historical Institute Varsovie ( Pologne).
    Archives Ringelblum : Mémorial de la Shoah. Paris.
  • Photographe polonais (non-Juif) :
    Archives Kostanski : United States Holocaust Memorial Museum.
  • Photographes allemands :
    Zermin (membre PK 689) : Archives fédérales allemandes.
    Genewein Walter : Archives fédérales allemandes.
    Jaeger Hugo (PK) : Time & Life Pictures/Getty Image [2].
    Willy Georg : United States Holocaust Memorial Museum.
    Jöst Heinrich : Yad Vashem
    Knobloch Ludwig : Bundesarchiv ( Coblence).
    Cusian Albert (PK 689) : Bundesarchiv ( Coblence).
    Kirnberger Max : Deutsches Historisches Museum.
    Moepken Heinrich : Yad Vashem.
    Hähle Johannes (PK 637) : Bundesarchiv ( Coblence)
    Heydecker Joe J : Bildarchiv preußischer kulturbesitz Berlin / Yad Vashem.

Catherine Monjanel.

 Médiagraphie

http://regards-ghettos.memorialdelashoah.org/

Chronologie du ghetto de Lodz :
http://www.getto-chronik.de/de/chronik
Le ghetto de Lodz, "Jakob le menteur" et Jurek Becker

Varsovie :
Le soulèvement du Ghetto de Varsovie ; le pianiste

Quand les nazis filmaient le ghetto, Varsovie en 1942, Yael Hersonski croise ces images avec les témoignages de cinq survivants du ghetto de Varsovie, 2009, 87 min.

Témoignages sur les Ghettos
Femmes dans les ghettos

Juillet 2014

[1dont l’hebdomadaire Berliner Illustrirte Zeitung (BIZ)

[2Des photos des ghettos par le photographe personnel de Hitler sont accessibles sur le site : http://life.time.com/history/world-war-ii-color-photos-from-nazi-occupied-poland-1939-1940/?iid=lf
"Haunting smile of girl facing the Holocaust" : Des photos du ghetto de Kutno


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