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Les archives, les spoliations - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Les archives, les spoliations

la mission Mattéoli, Annette WIEVIORKA, Caroline OBERT
vendredi 12 décembre 2008

Cercle d’étude de la déportation et de la Shoah-Amicale d’Auschwitz, journée du 12 Décembre 1998 sur les Archives
Les biens spoliés et en déshérence, informations sur La conférence de Washington par Annette Wieviorka
La Mission Mattéoli, Les Archives par Caroline Obert

 Henry Bulawko, Président de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz

Pour la deuxième fois nous nous réunissons avec nos amis, professeurs, professeurs-documentalistes, bibliothécaires, à qui je souhaite la bienvenue.
(Résumé ) :
Henry Bulawko rappelle brièvement les spoliations du fait des nazis durant la 2° guerre mondiale et situe les interventions d’Annette Wieviorka et Caroline Obert. Elles sont toutes deux titulaires dans la Mission dite « Mattéoli », chargée pour la France de faire le point sur les spoliations et les restitutions de biens à leurs propriétaires et de déterminer les biens en déshérence.
Il situe également les travaux de la Commission du patrimoine privé de la ville de Paris dont il est lui- même titulaire.
La récente réunion de Washington, organisée à l’initiative des Etats Unis, a réuni des représentants de pays où des Juifs ont subi des spoliations du fait de la 2° guerre mondiale. Elle fait suite à l’action du Congrès Juif Mondial (CJM) à l’encontre de banques et de compagnies d’assurances.
Henry Bulawko fait remarquer qu’un pays qui n’a pas connu l’occupation et la déportation, est le leader absolu de toute négociation par l’intermédiaire du CJM. Les Européens sont peu considérés, les anciens déportés ignorés. Il est vrai, que la notion de victimes de la Shoah est totalement différente selon les Américains ou les Européens. Les Américains emploient le terme de « survivor ». Le « survivor » est celui qui est né avant la fin de la guerre ou qui a vécu un tant soit peu dans un territoire occupé par les nazis. Les Européens, quant à eux, considèrent comme victimes, ceux qui ont subi l’arrestation, l’internement et la déportation.
Soulignant ces différences, Henry Bulawko raconte son entrevue avec un responsable du CJM, qui s’étonnait que les Français n’aient pas un musée de l’Holocauste aux Champs Elysées. Il lui fut répondu « Si vous, Américains, aviez été occupés durant 4 ans et si nous Européens, n’avions pas subi une terrible saignée et étions restés libres de nos mouvements, nous aurions sans doute gagné les moyens de faire un musée aux Champs Elysées ».

Hubert Tison, Secrétaire général de l’APHG et président de séance.
Avant de transmettre la parole aux conférenciers, Hubert Tison souligne l’intérêt d’aborder des sujets d’une brûlante actualité, de les connaître par l’intérieur, hors des informations journalistiques qui ne peuvent apporter la rigueur et la force des connaissances qui seront présentées.

 Les biens spoliés et en déshérence

( situation actuelle)
intervention d’Annette Wieviorka directeur de recherche au CNRS.

La conférence de Washington à laquelle, je viens de participer, réunissait 20 pays.
Les participants ont vite soupçonné que le but non-avoué était, malgré les annonces dans la presse, de laisser aux organisations juives, en réalité le Congrès Juif Mondial (CJM) et au gouvernement américain, le soin de gérer l’ensemble des problèmes résultants de la spoliation des Juifs et de la non- restitution d’un certain nombre de biens.
On peut immédiatement dire, que l’ensemble des nations européennes n’a pas admis un tel déroulement des choses. Elles ont fait une déclaration en douze points, avec une sorte de chapeau qui précisait, en gros, que chaque pays doit déterminer ses problèmes suivant ses propres règles juridiques.
La mission d’étude sur la spoliation des Juifs, dite mission Mattéoli, a été extrêmement bien perçue. Elle a été considérée comme la modalité française chargée de régler les problèmes résultant de la période de l’Occupation et du gouvernement de Vichy. Cette mission était d’ailleurs fortement représentée à la conférence conjointement à la délégation française.
Rappelons ici, dans quelles circonstances la mission Mattéoli a été créée, ce qu’elle est et ce qu’elle a fait. Cette mission a été créée à la suite de deux événements. Le premier est le fameux discours de Jacques Chirac, prononcé le 16 juillet 1995, pour le 53° anniversaire de la rafle du Vél’ d’hiv’, au cours duquel le Président Chirac reconnaissait que le gouvernement de Vichy avait secondé le gouvernement allemand dans la politique nazie de la solution finale.
De ce discours, la presse reprenait des informations qui avaient été fournies par Serge Klarsfeld, et qui tournaient autour de l’argent déposé par les Juifs de France alors qu’ils étaient internés à Drancy.

Klarsfeld disait que de l’argent a été pris aux Juifs de France, déposé à la Caisse des Dépots et Consignations et n’a pas été restitué. Dans les jours qui suivaient, la presse publiait le rapport des comptes du liquidateur du Camp de Drancy, Maurice Kiffer. Celui-ci confirmait qu’une certaine somme d’argent avait été déposée par la Préfecture de Police à la Caisse des Dépôts et Consignations. Au dîner du CRIF, Alain Juppé annonçait qu’il allait créer une Mission d’Etude sur la spoliation, ( le mot mission d’étude est très important).
http://www.ina.fr/art-et-culture/musees-et-expositions/video/CAB97008786/bien-spolies.fr.html
Dans les mois qui suivirent, en 1997, elle était mise sur pied. La présidence en était confiée à Jean Mattéoli, Président du Conseil Economique et Social. Il aime à rappeler que son appartenance à la Résistance et sa présidence de la Fondation de la Résistance ainsi que sa déportation, ont contribué à sa désignation. La vice- présidence a été confiée au professeur Steg, fils de déporté et très actif auprès des organisations juives. Il est président de l’Alliance Israélite Universelle, une très importante institution. Les professeurs peuvent la fréquenter et apprécier la richesse de sa bibliothèque. C’est aussi un homme connu comme un très grand professeur de médecine. Appartiennent également à cette mission François Furet, Jean Favier, ancien Directeur des Archives de France, Jean Kahn président du Consistoire israélite, Serge Klarsfeld, André Pierret qui avait été Ambassadeur de France en Israël, Caroline Obert-Pikett qui a été détachée comme archiviste à la Mission.
L’an passé, à la suite du décès de François Furet, et du fait de l’ampleur des travaux, deux autres personnes ont accepté de faire partie de la Mission d’étude, Antoine Prost et Claire Andrieu.
Au début de la Mission, nous étions tous tétanisés par l’ampleur du travail. On ne savait pas par quel bout commencer. Tout de suite, nous avons pris conscience du problème colossal, de la masse énorme à traiter ainsi que des divers problèmes annexes. Nous avions quelques lumières sur les travaux relatifs à la spoliation. L’autre volet était la restitution qui avait été pour partie déjà traitée.
Nous avons pu trouver notre rythme de travail et ouvrir un certain nombre de chantiers.
Très brièvement, disons que les chantiers ouverts concernent tout à la fois, les restitutions et les indemnisations. Nous avons considéré que l’on ne pouvait jamais voir la spoliation sans voir la restitution, car pour avoir la confirmation des biens confisqués, soit dans les caisses de l’Etat, soit dans celles des banques et assurances, il fallait voir ce qui avait été rendu.

Huit chantiers ont été définis ; ce sont dans l’ordre de la brochure qui a été établi pour la conférence de Londres :
Premier chantier, celui des textes officiels allemands et de Vichy. Le Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC), avait publié immédiatement après l’Occupation, un recueil des textes des ordonnances allemandes et des textes de Vichy qui concernaient la persécution des Juifs et notamment les aspects matériels de cette persécution. En revanche, en qui concerne les lois qui existent dès la période où le gouvernement provisoire de la République Française est à Alger, puis s’installe à Paris, et jusqu’aux années 60 qui concernent la restitution et les indemnisations, rien n’avait jamais été recueilli. C’est Claire Andrieu qui s’occupe de recueillir ces textes officiels en un recueil de quelque 600 pages qui sera prêt fin 1998.

Un autre groupe dont s’occupe Annette Wieviorka est celui des archives de Drancy. Y collaborent ceux qui étaient impliqués dans ces affaires de spoliation, c’est à dire la Préfecture de Police, le CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine), la Caisse des Dépôts et Consignations et le Ministère des Finances. A la mi-janvier le rapport sera remis au Premier Ministre.

Un autre groupe dont s’occupe Serge Klarsfeld, concerne la spoliation dans les camps que l’on appelle d’une façon fausse « Camps de Province », c’est à dire tous les camps sauf Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Drancy.

Un groupe important s’occupe de ce qu’on appelle la « réalisation économique ». Disons, rapidement, que le 22 juillet 1941, une grande loi a été promulguée par Vichy en copiant la Législation allemande qui concerne ce que l’on a appelé l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale. Cette loi prévoyait de déposséder de tous leurs biens, quels qu’ils fussent, de la simple machine à coudre aux entreprises ou aux biens fonciers, ceux qui étaient considérés comme Juifs par le gouvernement de Vichy. Il y a plus de 50.000 dossiers qui concernent l’aryanisation.
Après la guerre la législation a prévu une restitution immédiate. Parfois et même souvent s’est posé la question : à qui restituer, lorsqu’il ne reste plus aucune famille ?

Un autre groupe, animé par Claire Andrieu travaille sur le secteur financier, les banques et les assurances. Il est présent dans deux comités de surveillance, un comité de surveillance de banques, présidé par Jean Saint-Geour, un autre concernant des assurances, présidé par Jacques-Henri Gougenheim. Notons que Claire Andrieu a fait sa thèse sur la banque sous l’occupation.

Le dernier chantier est celui « des meubles et objets d’art ».
Les responsables sont Annette Wieviorka et Caroline Obert. La direction des musées de France y est très impliquée ainsi que les archives du Quai d’Orsay. Il y a également la confection d’un guide de recherche, Caroline Obert en parlera.
Au sujet de la conférence de Washington qui vient de se tenir, on peut se demander quels ont été les moments forts ?
Cela paraît incroyable, mais ils viennent seulement de découvrir, comme ils disent l’Holocauste. Ils ont réalisé un musée. Certes, nous n’avons pas de musée sur les Champs Elysées, mais il y a tout de même le Centre de Documentation Juive Contemporaine. Celui-ci, a pratiquement été fondé dans son aspect de recherches dans la clandestinité, en 1943, à Grenoble. Cela a été rappelé par Addy Steg, soulignant que dès la Libération, ont été publiés un certain nombre d’ouvrages essentiels, grâce à des chercheurs comme Léon Poliakov, Joseph Billig. On ne rendra jamais assez hommage à ce dernier qui a publié trois tomes, (1500 pages d’histoire du Commissariat Général aux questions Juives CGQJ ) et qui reste à ce jour le meilleur travail.

CGQJ, place des Petits-Pères
ex-banque Léopold Louis-Dreyfus. Photo UH.

En 1953, la première pierre du Mémorial du Martyr Juif Inconnu était posée à Paris. Ce Mémorial, en 1956, était à l’époque le premier au monde. A la même époque une organisation de déportés, à New-York se battait pour construire également un Mémorial. Elle n’y est pas parvenue. Ce Mémorial a été inauguré en 1997. C’est le musée de l’Héritage Juif situé à Manhattan.
Les Américains découvrent le passé, et ils voudraient nous le faire découvrir avec eux. La très bonne conscience américaine a même donné des prix.
Les deux pays montrés comme modèles, c’est à hurler de rire ou d’indignation, selon son humeur), c’est l’Autriche, qui comme on sait est la première victime du nazisme, car elle fut obligée d’accueillir les nazis par l’Anschluss ! ! !
L’Autriche a toujours refusé de reconnaître quoi que ce soit et a vendu aux enchères les œuvres d’art qu’elle détenait indûment.
A contrario, la France a restitué ce qu’elle pouvait. Ce qui reste dans les musées de France, ce sont les 2 000 œuvres d’art «  M N R », (les Musées nationaux récupération) dont 1 000 objets, porcelaines ou autres.
Le deuxième pays est la Suède. Elle a publié une brochure en 90.000 exemplaires qui a été distribuée dans les écoles. Tout au long de la conférence, on en a entendu parler.

Addy Steg a rappelé le colloque organisé par l’APHG, et la brochure, conçue par François Bédarida, (Le nazisme et le génocide), distribuée à tous les professeurs de France. Il a rappelé que l’on avait en France une Education Nationale qui s’occupe des programmes scolaires. Elle a commencé dès les années 1970 à inscrire la Shoah dans les programmes nationaux.

Il a été décidé de créer une Task Force pour éduquer la jeunesse, cinq pays en feraient partie. La France a demandé d’y participer.
Tout cela a été dit très fermement. Mon sentiment est que la position française de non-ingérence du Congrès Juif Mondial dans les affaires de notre pays sera acquise, eu égard à la détermination de notre gouvernement, de la Mission Mattéoli et des organisations juives françaises.

 Les Archives

Intervention de Caroline Obert
Avant de rentrer dans le vif du sujet « les archives », je souhaite apporter quelques précisions générales et souligner qu’un des intérêts de la Mission Mattéoli est de travailler en équipe. Historiens et d’archivistes sont réunis, cela est rare et permet un travail fructueux par la complémentarité…

La particularité de cet énorme travail est que l’on a très peu travaillé préalablement sur un tel sujet. Dans un premier temps un rapport sera remis au Premier Ministre au début 1999, le rapport final étant prévu un an plus tard.
Ce travail est un peu une chasse au trésor sur des sujets sordides. Parfois on arrive à prendre du recul et à appréhender le sujet comme un autre, mais c’est étrange de traquer les documents et de découvrir telle ou telle chose.
J’ai la chance de diriger l’un des deux groupes de travail horizontaux. Le premier, c’est toute la partie officielle, lois, décrets. L’autre groupe horizontal concerne les archives. Les interlocuteurs sont très nombreux, à l’intérieur et à l’extérieur de la Mission.
Il a été très vite décidé de rédiger pour le rapport final un guide de recherche dans les archives de la spoliation et de la restitution.
J’ignore quelle familiarité vous avez avec les archives et si certains d’entre vous fréquentent des services d’archives nationaux ou départementaux, ou privées. Probablement assez peu.
Notre choix s’est porté, malgré sa complexité sur la création d’un guide par séries d’archives. Ce sera un guide et non pas un état exhaustif des fonds d’archives sur la spoliation et les restitutions.

Alors, pourquoi un guide et pour quel public ? Son contenu sera un peu un mode d’emploi pour les personnes soucieuses de poursuivre des recherches.

Pour une meilleure compréhension, je veux exposer ce qui est un peu le b- a- ba des archives.
A la différences des bibliothèques ou des centres de documentation, les archivistes classent les archives non pas par thèmes ou par personnes ou par lieu, mais par provenance. C’est ce que nous appelons le principe du respect des fonds. A l’inverse d’une bibliothèque où par exemple on tire un tiroir pour choisir un auteur « Annette Wieviorka » et un autre traitant de la « mémoire », on a d’emblée ce qu’a produit Annette ou ce qui traite de la mémoire. C’est somme toute assez exhaustif, mais pour les archives, cela ne donnerait rien.

Pour les archives les classements sont réalisées par fonds, c’est à dire les personnes morales ou physiques qui ont produit des documents ou qui ont reçu des documents.
Vous aurez les archives non pas de Drancy, mais de toutes les administrations qui ont produit ou reçu des documents concernant Drancy et qui n’ont pas été éclatées par thèmes, ou par personnes, ou autres.
Quand on commence à travailler, même d’une façon ponctuelle, si on ne sait pas qui a fait quoi, il faut d’abord connaître l’histoire administrative des organismes qui sont intervenus pendant la guerre et après guerre. Après guerre, ce n’est pas forcement immédiatement après 1945, cela va bien au- delà pour les organismes qui sont intervenus sur les questions de spoliations.

Nous avons décidé de faire un guide méthodique pour essayer d’aider ceux qui voudront consulter ces documents par thèmes de recherches.
On peut se poser la question : pourquoi les documents sont-ils classés de cette façon, puisqu’il est difficile de s’y retrouver. Les archivistes ont fait ainsi, parce que c’est la seule façon de conserver de façon objective et permanente. Un archiviste, même bien avisé pourrait se piquer de tel ou tel sujet et classer en fonction de tel thème ou de telle personne qui le préoccuperait plus particulièrement. Or on ne sait jamais à l’avance ce sur quoi nos successeurs vont travailler.
Les thèmes de spoliation, c’est un peu la tarte à la crème, maintenant tout le monde en parle. Il y a seulement 10 ans, on aurait fait un test dans la rue, les spoliations nazis c’est quoi ? nous aurions été bien étonnés des réponses.
Le classement des archives par l’organisme qui les a produit permet de s’y retrouver.
Il y a un autre principe de base dans les archives, c’est que les archives n’existent que si quelqu’un les a produites ou les a réclamées, principalement pour les archives de restitution. Si personne n’est allé demander quoi que ce soit à l’administration, il n’y a pas de trace dans les archives. Les archivistes ont quelques pistes qu’ils doivent creuser pour vérifier la validité de l’argumentation.
Si des familles entières ont disparu, dans les camps, si personne n’a pu réclamer quoi que ce soit, il y a fort à parier qu’il n’y aura aucune trace dans les archives de restitution.

Quelques mots sur les archives de restitution plus limitées et différentes de celles des spoliations. Il y a peu d’organismes qui ont traité des spoliations, il y a ce qu’on pourrait appeler le ministère « juif » de l’époque : « le Commissariat aux questions juives »
Ce dernier employait 1 000 personnes et a produit des documents en masse. Ce gros ministère « juif » a œuvré dans tous les secteurs des personnes considérées comme juives. Il y eut également la Préfecture de Police qui a produit des documents pour la première période du Camp de Drancy. La Caisse des Dépôts et Consignations consignait tous les fonds des personnes considérées comme juives.
Ces fonds d’archives sont bien repérés, bien inventoriés, on s’y retrouve facilement. Ce fonds d’archives du Commissariat aux questions juives représente plus d’un kilomètre linéaire d’archives, rue des Francs- Bourgeois, mais il est sûr que l’on manque d’une vue générale sur ces documents. Plusieurs archivistes se sont attelés à ce travail et l’inventaire en sera publié dans les mois à venir.

Les archives de restitutions sont beaucoup plus compliquées, parce que cela met en présence des fonds d’archives où de très nombreuses administrations interviennent. Ce sont des fonds qui visent toutes les victimes du temps de l’occupation et non seulement les victimes juives. Ils proviennent, par exemple du Ministère des Affaires Etrangères, du Ministère de la Culture du Ministère des Anciens Combattants, du CDJC qui a eu accès aux archives du Ministère des Finances et le Fonds Social Juif Unifié qui va traiter, jusqu’aux années 60, de la loi d’indemnisation allemande des biens mobiliers et de toutes les indemnisations.
Ce sera un guide méthodique et non un état exhaustif de toutes les d’archives conservées en France. Pour beaucoup d’entre elles, elles ne sont pas classées.
Eu égard à l’énormité du travail il eut été impossible d’organiser un classement pour l’an 2000 sur les spoliations, et plus encore sur les restitutions.
On a du travailler en considérant les priorités, notamment sur les fonds conservés en région parisienne, parce que l’essentiel de la population juive était installée à Paris. Il en est de même des principales administrations et des services d’archives qui conservent l’essentiel des documents.
Pour la province, il a fallu faire des choix qui pourront être contestés. On ne pouvait faire le tour de France des archives départementales et communales. Six départements pilotes ont été choisis, ce sont dans l’ordre où ils sont traités, le Loiret à cause du Camp de Beaune-la- Rolande, la Gironde à cause de Mérignac et du procès Papon parce que nous voulions comprendre ce sur quoi tant de choses avaient été dites.
En tant qu’archiviste j’ai été effrayée des séquelles du procès dans les archives. Les juges ont beaucoup de vertus mais je trouve qu’ils ont une manière hétérodoxe d’utiliser les archives.
Ensuite les départements du Rhône, de la Haute Garonne, des Bouches du Rhône, dont les populations juives étaient importantes et enfin les Alpes Maritimes pour chercher la trace de toutes ces populations qui sont passées à Nice.
Le guide dira ce que l’on a trouvé dans ces départements et ce que l’on n’a pas trouvé et pourquoi.

Une des difficultés du guide c’est qu’il s’adressera à des publics totalement différents. D’abord et avant tout, le guide est destiné aux familles de disparus, aux spoliés eux-mêmes, aux chercheurs et archivistes dont l’esprit critique amènera des remarques soulignant les oublis.
Le guide sera un état des sources 60 ans après l’occupation. Il est évident et nous en avons conscience que dans dix, vingt ans, si ces sujets sont toujours à l’esprit des gens, ils seront approfondis. D’autres archives auront été retrouvées, d’autres questions, d’autres problématiques pourront être abordées autrement.
Il est difficile d’être à la fois clair et sérieux pour répondre aux besoins de ces deux types de population que sont les chercheurs et le public.

Présentation du guide.

Il sera présenté par thèmes de spoliation par exemple Drancy, les secteurs bancaires et financiers, les œuvres d’art etc. Il y aura un chapitre sur les objets mobiliers pillés dans les appartements.
Un autre chapitre sera consacré à toutes les dispositions d’indemnisations mises en place par le Ministère des Anciens Combattants. Il expliquera succinctement mais suffisamment l’histoire administrative et juridique des services qui ont œuvré dans tous les secteurs de spoliation et de restitution.
Il sera également fait état des lacunes d’archives, car on sait que certaines ont été éliminées, on en expliquera les raisons. On sait actuellement que des pans entiers ont été supprimés et qu’il existe une trace de cette élimination. Il faut savoir que l’administration a oscillé entre le souci d’éliminer des documents relatant des distinctions d’ordre racial, et celui de permettre aux familles de pouvoir connaître leur passé. Des circulaires du Ministère de l’intérieur ont donné ces instructions d’élimination, puis deux mois après l’ordre contraire. Mais aussi, on constate par exemple qu’en ce qui concerne le Camp de Drancy, on a très peu de choses de la période où le Camp était sous administration allemande ( à partir du milieu 1943 ).
Le guide exposera les conditions d’accès aux archives.
Les archivistes n’ont pas un souci particulier du secret, mais celui de préserver obligatoirement la vie privée des personnes.
Les règles d’accès aux archives seront largement explicitées. Une réforme de la loi sur les archives est actuellement en cours, et doit être présentée au Parlement au début 1999. Aujourd’hui, il y a deux grandes lois d’accès aux documents (1978 et 1979). celle de 1978 sur les documents administratifs précise que toute personne à droit immédiatement à tous les documents qui la concernent.
En ce qui concerne les autres archives, un critère en limite l’accès, c’est celui de la vie privée.
Actuellement, je dirais à titre personnel que nous sommes dans une période particulière où pour des raisons politiques ou démagogiques, le gouvernement à décidé, à la veille du procès Papon, d’ouvrir toutes les archives. Actuellement tous les dossiers du Commissariat aux questions juives sont communicables, à l’exception de 75 dossiers appartenant au personnel du Commissariat qui nécessitent une dérogation.
Personnellement, si j’en avais eu le pouvoir, je ne suis pas sûre que j’aurais conseillé l’ouverture des archives, parce que n’importe qui peut reproduire des éléments personnels de la vie privée et des éléments de guerre. Je n’aurais pas aimé si mon grand- père avait été administrateur provisoire que son dossier soit libre aux archives nationales.
Dans le mode d’emploi, il sera donné un avis et une vue critique sur l’emploi et l’intérêt des documents parce qu’il peut exister un fossé entre les résumés et les contenus des dossiers.
Les documents majeurs et essentiels seront reproduits.
Je veux conclure sur cette question du guide. Comme dans les autres secteurs on ne pourra pas tout dire parce que l’on ne sait pas tout, et que des pans entiers d’archives manquent.

Annette Wieviorka souligne les moyens nouveaux mis à la disposition de la Mission, notamment une quarantaine d’archivistes et d’historiens.
Par ailleurs, elle apporte un éclairage sur le point de vue relevé par Caroline Obert lorsque celle-ci évoque les archives privées. Pour conforter cette opinion Annette Wieviorka parle des Administrateurs provisoires dont certains ont été sans scrupules et d’autres corrects, ou des prête noms.
S’agissant du pilonnage des archives, il faut dire que dans les périodes reculées de l’histoire, l’archive est rare. A contrario la période contemporaine est abondante en archives et celle de Vichy se distingue par une quantité impressionnante de documents. Il y un champ particulier où 95% des archives ont été pilonnées, c’est celui des dommages de guerre. De surcroît, quand la guerre de 1939 éclate, il y a encore des dossiers de dommages de guerre de 1914/18 non réglés.
Pour les travaux de la Mission Mattéoli, le pilonnage à 95 % des archives des dommages de guerre est fâcheux pour la vérification des indemnisations des biens juifs. En effet les indemnisations de biens mobiliers ont été faites dans ce cadre.

 Questions

- Sur la fiche de mes parents, les renseignements sur leur déportation n’y figuraient pas, si ce n’est une date d’expiration de leur carte d’identité qui correspond à la date de leur arrestation.

Le décryptage des fiches n’est pas toujours évident, certaines indiquent par exemple AA qui signifie autorité allemande. En fait, l’archive n’existe que si l’on est capable de lui faire dire quelque chose.

- L’attitude des musées de France semble particulièrement frileuse au regard des restitutions. Qu’en pensez-vous ?
The Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), the “Special Task Force” headed by Adolf Hitler’s leading ideologue Alfred Rosenberg :
http://www.errproject.org/jeudepaume/

Environ 100.000 œuvres d’art et objets, ont été pillés par les Allemands. A la fin de la guerre on récupère 60.000 d’entre eux sur lesquels 40.000 ont été restitués à leurs propriétaires à la suite d’une large publicité par catalogues, expositions ou autres. Il reste environ 15.000 à 16.000 œuvres d’art et objets dont 13.000 ont été vendus aux enchères par les Domaines. Un des travaux de la Mission Mattéoli est de bien connaître les objets vendus, de savoir les conditions de ces ventes et le produit des ventes.
Il reste actuellement 2 000 œuvres d’art et objets dits « MNR », les valeurs en sont très différentes et ils ne sont pas intégrés dans les collections des musées nationaux, ce qui signifie que les musées ne sont pas propriétaires de ces œuvres.
A contrario toute œuvre acquise légalement par un musée est inaliénable, tel est le cas du plus grand tableau de Braque exposé à Beaubourg « l’Homme à la guitare » actuellement contesté. Toute restitution doit faire l’objet d’une décision de justice.
Il reste environ 1.000 tableaux et 1.000 objets de porcelaine Un catalogue se constitue, il sera sur Internet . Récemment un catalogue sur la collection Schloss a déjà été publié et largement distribué. Il faut également dire, que durant la guerre, il y a eu un marché de l’art florissant dont de grands marchands ont profité, y compris des marchands juifs. Ainsi toutes les œuvres ne sont pas toutes des biens spoliés. Une recherche approfondie conduit à s’interroger si les biens ont été vendus à la hâte, comme ce fut le cas pour des Juifs allemands quittant l’Allemagne en 1933. Ce peut être aussi des biens confisqués à des collaborateurs et qui reviennent à l’état pour être vendus par les Domaines. Aujourd’hui c’est la persécution des Juifs qui est au cœur de nos interrogations, mais elle s’est déroulée dans un contexte où il s’est passé d’autres choses. Les dommages de guerre, pour le gros des dossiers, ce sont les bombardements, mais il y a en même temps certaines spoliations de Juifs par les Allemands qui sont intégrées dans les dommages de guerre. On doit aussi ajouter qu’il n’y a pas de mémoire de la restitution.
Cette mémoire a également disparu des institutions et des individus.

A titre anecdotique : il y eut la loi dite Brugue qui a été une loi d’indemnisation pour les meubles pillés. Fin 1941- 42 les villes allemandes sont bombardées, Rosenberg décide que les meubles des Juifs iront en Allemagne. Ces meubles viennent d’appartements abandonnés, où les Juifs n’habitent plus, soit parce qu’ils sont partis en zone sud, soit parce qu’ils ont été déportés.
23 000 wagons de biens mobiliers juifs sont partis en Allemagne.
En 1957, il y eut une loi d’indemnisation. Le partenaire qui discuta de ces indemnisations est le FSJU (Fonds social juif unifié). Lorsque la Mission Mattéoli s’enquit auprès du FSJU quel était le responsable chargé à l’époque de suivre cette affaire, il fut répondu que c’était Adam Loss.
Celui-ci indiqua qu’un bureau de spoliations mobilières a été ouvert pendant 10 ans et que 100 personnes y ont travaillé pour établir les dossiers. Une publicité énorme a été faite dans la presse, les journaux, la presse internationale. Mais le FSU n’a pas de mémoire. Rien.
Les archives ont été envoyées en Israël, mais on constate qu’il n’y a pas de mémoire au sein de la communauté juive. Pas de mémoire du fait que les organisations ont travaillé pour leurs coreligionnaires comme ils disent. Contrairement à ce qu’affirment les Américains, il y eut des indemnisations mobilières en France, des militants communautaires ont fait ce travail.
Il est tout de même surprenant qu’il n’y ait pas ce type de mémoire. Beaucoup de gens, des enfants de spoliés surtout disent : nous n’avons plus de meubles, nous voudrions être indemnisés, or certains l’ont été. D’autre part il y a eu un certain nombre de gens qui n’ont pas voulu être indemnisés, affirmant ne pas vouloir recevoir de l’argent allemand. Annette Wieviorka pense que les enfants de parents ayant refusé d’être indemnisés devraient méditer sur ce qu’est un héritage moral.
R. Brunet, dans un colloque avec des Américains rapporte que les Américains, maîtres du monde, voudraient aussi être les maîtres de la Shoah
- Qu’est qui fait dire à Madame Obert que le dossier est parfois sordide ?
Parce que qu’on rencontre des cas de délation qui conduisent les Juifs vers des Camps de concentration et la mort. Il est cité le cas d’un commerçant juif nanti d’un commissaire gérant, dénoncé et arrêté pour avoir vendu 6 œufs.
Et puis plus généralement, il est pénible de voir toutes les fiches de Drancy et leur aspect comptable.
- Les juges et l’utilisation des archives ; quels sont vos sentiments ?
S’agissant du procès Papon, le département de la Gironde a permis d’emporter les archives et de les consulter à domicile sans laisser de « fantômes ». Dans d’autres départements, les archivistes n’ont pas permis que l’on fouille dans les archives et naturellement qu’on les emporte.
Dans l’affaire Papon, les chercheurs et les juges se sont servis, sans laisser ce que l’on appelle des fantômes : c’est à dire que l’on laisse dans le dossier son nom, la date de prise du document, l’analyse de ce document.
En l’espèce, les archives de la Gironde sont pillées par la justice. Certains documents réintégreront les archives départementales, mais il y a des dégâts irrémédiables.
Par exemple, un certain nombre de pièces fondamentales concernant l’Occupation, en particulier le procès verbal concernant la première réunion entre les Allemands et les Français au sujet de la gestion de Drancy, le 27 août. Des pièces fondamentales ont disparu. Je n’ai jamais vu ce compte rendu dit Annette Wieviorka sauf en un endroit le dossier d’instruction de François X… Les dossiers d’instruction des procès sont souvent une mine en procurant des documents pour l’historien.

Henry Bulawko complète l’information sur la création du CDJC. Son fondateur Isaac Schneersohn eut l’idée en pleine guerre, dès 1943, de préserver et conserver des archives. A la fin de la guerre, il recueillit le maximum d’informations qui furent utilisées au procès de Nuremberg. On sait qu’aujourd’hui la richesse documentaire du CDJC est exceptionnelle, c’est le lieu de passage obligé pour toutes les personnes, chercheurs ou autres, qui veulent travailler sur des sources fiables.
Pour les indemnisations, ce n’est pas la peine de phantasmer. Une organisation a été crée pour indemniser les victimes des pays de l’Est. Henry Bulawko aurait voulu que les sommes soient affectées à un fond éducatif.
Annette Wieviorka et Henry Bulawko ont pris contact avec J. Chirac et L. Jospin pour être associés aux décisions prises.
Le président Hubert Tison remercie Annette Wieviorka et Caroline Obert pour leurs remarquables exposés sur les spoliations, la restitution, le traitement des archives. Un enrichissement pour les professionnels et les pédagogues.

Présentation par Antoine Kolodziejczyk, professeur d’histoire au lycée de Saint Maixent- l’Ecole, d’un CD- ROM conçu et réalisé par des élèves d’une de ses classes de 1ère L sur le thème du Concours de la Résistance et de la Déportation 1998 : « Les Etrangers dans la Résistance »
Jeannine Cancel signale que les bibliothèques sont un outil de mémoire.
Jean Pierre Tison, documentaliste, organise une exposition et une séance de deux heures avec les élèves dans le Pas de Calais. Des élèves ont participé à un voyage à Auschwitz et à Mauthausen.
Madame Talbar de Bobigny, dans une bibliothèque publique, étudie comment la Shoah imprègne le roman depuis 5/10 ans.
Annette Becker fait remarquer l’importance des définitions : solution finale, Shoah, holocauste, khurbn (destruction en yiddish), et centre de mise à mort à caractère industriel.

Jean Gavard, président de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation intervenant à la suite d’une discussion sur la Shoah dans les programmes de l’Education Nationale, précise que les initiatives de l’Amicale d’Auschwitz et celle de Mauthausen ont de nombreux points communs. L’objectif de formation des jeunes doit marquer une communauté de réflexion, d’idée et d’enseignement, qu’il s’agisse de la Shoah ou de la déportation non juive.
En réponse à une question, Hubert Néant, Inspecteur pédagogique régional, précise que les programmes d’histoire ne sont pas déterminés par l’Inspection générale, mais par une Commission composée de personnalités compétentes d’universitaires, d’inspecteurs, de professeurs qui créent l’obligation d’étudier la déportation et le système concentrationnaire, dans les programmes de troisièmes et de terminales. Serge Bernstein est à l’origine de certains choix.

Notes de Nicole Mullier 05/05/1999

 Déclaration d’Henry Bulawko

Président de l’Amicale d’Auschwitz
Je tiens à vous exprimer comment l’Amicale d’Auschwitz ressent une journée comme celle d’aujourd’hui qui se situe après une année qui fut pour nous assez agitée, l’année 1997 qui semble si loin de l’année 1945, l’année de notre retour en France. Nous sommes maintenant à un stade que nous n’avions jamais imaginé d’atteindre physiquement et intellectuellement. Et puis, 52 ans après nous n’imaginions pas que les problèmes d’Auschwitz et de la Shoah seraient si intensément à l’ordre du jour.
En 1997, les dernières manifestations auxquelles nous avons participé ont été parfois surprenantes. Les cérémonies habituelles ont joué un rôle important dans le rôle de la Mémoire puisque c’est au cours d’une manifestation au “Vel’ d’Hiv’ ” que le président Mitterrand a décidé de transformer cette manifestation en journée nationale de commémoration des victimes des persécutions racistes et antisémites dues à l’État français de Vichy.
C’est là que le président Jacques Chirac a tenu à condamner les dérives de la France de Vichy. Sa formule très forte a suscité quelques réactions qui auraient été atténuées si on ne s’était pas contenté de citer le début de son discours qui précédait l’hommage aux résistants, à la France Libre et à ceux qui, en France, ont participé à l’action de sauvetage.
Quand Lionel Jospin est devenu Premier ministre, il a également parlé très fort en ce même lieu du “Vel’ d’Hiv’ ”, en ajoutant un élément nouveau appelant à la compensation des injustices envers les victimes.
Ainsi par exemple quelques personnes non françaises au moment de leur arrestation par la police de Vichy parce que juives, verront leur statut aligné sur celui de déporté politique. C’est plus un effet moral puisqu’il s’agit de quelques dizaines de personnes, beaucoup ayant disparu.
Cette année 1997 a été aussi celle de grandes manifestations comme celle de l’Eglise de France qui a organisé une cérémonie de repentance sur le lieu symbolique du camp de Drancy. On m’avait demandé en tant qu’ancien déporté de recevoir cet acte de pardon. Monseigneur de Béranger, représentant de l’Episcopat, a dit ce qui nous a particulièrement convenu : “ Nous demandons pardon à Dieu et demandons au peuple juif d’entendre notre message”. Cela a eu un écho très important dans le monde.
Peu de temps après, au cours d’une émouvante cérémonie au Mémorial du Martyr Juif Inconnu, un syndicat de policiers en tenue a souhaité demander pardon pour leur participation aux arrestations, aux visites à domiciles, aux transports, perpétrés par leurs aînés. Nous considérons cet acte éminemment positif bien qu’un autre syndicat de policiers, le lendemain, ait jugé cette manifestation non nécessaire.
Un autre débat a surgi cette année, c’est le reliquat de l’or nazi pris aux Juifs et qui n’a pas été rendu à la fin de la guerre. Il s’agit de la réunion de Londres qui vient de s’achever. D’aucuns pourraient s’imaginer par une trop brève analyse et en caricaturant que tous les anciens déportés qui partaient à Auschwitz avaient tous des lingots, des bijoux et autres. Le reliquat est très faible et la conférence de Londres n’a pu, à ma connaissance, terminer cette affaire entre les différents États concernés.
A cette occasion est apparue une association de Tsiganes qui parlait surtout au nom des quelque 200 000, voire davantage, assassinés en Croatie durant la guerre.
Un autre problème en 1997 est le procès Papon, au déroulement assez surprenant en commençant par la libération de l’accusé. Et puis encore hier soir, nous avons appris que Jean Marie Le Pen renouvelait en Allemagne sa déclaration sur le “point de détail” des chambres à gaz. Rappelons qu’il fut condamné pour cela. Au-delà de cette expression, il faut relever les déclarations provocatrices du parti d’extrême droite, qui se renouvellent sans qu’il y ait toujours réaction sur le plan juridique. Ces déclarations sont malsaines à bien des égards.
Cette année 1997 est donc contrastée par d’un côté le résultat positif de tout le travail de mémoire entrepris et, de l’autre, les provocations qui se répètent sans fin et qui conduisent à une permanente vigilance. Nous ne misons pas tout sur les procès, mais il faut néanmoins constater que les grands procès comme ceux d’Eichmann, Barbie, Touvier, ont une importance non seulement juridique, mais également politique et pédagogique.
Les anciens déportés, les victimes directes de la Shoah ne peuvent laisser s’accumuler des vides.
Vous, professeurs et historiens, êtes un relais de l’histoire et nous vous remercions de votre présence.
Henry Bulawko, président de l’Amicale d’Auschwitz, clôt cette séance particulièrement riche, où le travail de mémoire est tourné vers le passé mais aussi vers des préoccupations d’aujourd’hui.

La gradation macabre

DURAND Sébastien, La Gradation Macabre. Patrimoine et mémoires.1940 – 1944 : L’aryanisation des « entreprises juives » girondines (thèse "Les entreprises de la Gironde occupée (1940-1944). Restrictions, intégrations, adaptations"), Memoring éditions, 2016.

La Documentation française. Rapport sur les spoliations, 2000
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/004000897/0000.pdf

Liste des firmes ayant utilisé de la main d’oeuvre esclave :
http://www.ta7.de/txt/listen/list0024.htm

Archives ITS, Bad Arolsen :
https://www.its-arolsen.org

International Tracing Service (ITS) à Pierrefitte :
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/fr/web/guest/archives-bad-arolsen
Liens
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/signets-histoire

Après la guerre, les restitutions, documentaire de Catherine Bernstein, 2017