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De l'antijudaïsme à l'antisémitisme raciste - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

De l’antijudaïsme à l’antisémitisme raciste

mercredi 5 février 2014

Cf. II- L’antisémitisme français de l’affaire Dreyfus aux lois raciales du régime de Vichy, la collaboration de l’État français à la tentative de destruction des Juifs d’Europe

I- De l’antijudaïsme chrétien (jusqu’à Vatican II) à l’antisémitisme raciste, pseudo-scientifique des nazis

Pour les nazis, les juifs sont "une race impure, porteuse de souillure" ; ils sont les "empoisonneurs" du sang des autres. Leur objectif est de dominer le monde, d’asservir les autres peuples (que ce soit par l’exploitation capitaliste ou par le bolchevisme). De là, la notion de "péril juif".
Les racines de cette idéologie nazie sont à chercher dans un passé parfois très ancien : que ce soit l’antijudaïsme chrétien ou l’antisémitisme moderne.

L’antijudaïsme antique
Dès l’Empire romain des Juifs sont installés en Europe occidentale (en Gaule et jusque sur le Rhin). Les Juifs dans l’Antiquité sont regardés par les Romains comme des êtres bizarres dont ils se moquent : ils sont circoncis, ne mangent pas de porc, ne travaillent pas un jour sur sept, adorent un seul dieu non représenté, refusent de considérer l’empereur comme un dieu… En même temps, les Romains les respectent et les acceptent en raison de l’ancienneté de leurs croyances et de leurs traditions.

L’antijudaïsme chrétien  :
Au IVe siècle, le christianisme persécuté auparavant dans l’Empire romain devient religion officielle de l’Empire. Le judaïsme est à cette époque en concurrence auprès des polythéistes insatisfaits par leur religion. Les chrétiens deviennent alors "combatifs" face aux juifs et c’est l’époque des Pères de l’Église qui développent des thèmes religieux très hostiles comme celui du "peuple déicide". Un des plus virulents d’entre eux est St Jean Chrisostome (St Jean Bouche d’Or !).

Au début du Moyen Age les juifs sont admis sans problème dans les nouveaux États germaniques. Vers 800, Charlemagne n’hésite pas à utiliser les services d’un certain Isaac comme ambassadeur auprès du calife de Bagdad Haroun-al-Rachid.

Le grand virage au Moyen Age, ce sont les croisades à partir de la fin du XIe siècle. Les Juifs sont alors les seuls non chrétiens en Occident puisque le polythéisme a à peu près disparu. Pourquoi aller tuer les "infidèles" d’un lointain un peu mythique quand sur le chemin on en rencontre d’autres en chair et en os. Des communautés juives sont alors particulièrement actives sur le Rhin et c’est le massacre par les croisés des juifs de Metz, de Mayence, de Worms… (S’appuyant sur des "justifications" religieuses c’est en fait le rejet de ceux qui sont "différents", les seuls en Europe.)

Aux XIIe et XIIIe siècle l’essor économique entraîne des besoins monétaires importants alors que l’ Église interdit le prêt à intérêt aux chrétiens ; cette activité est dévolue aux juifs, d’autant qu’à l’inverse la possession des terres (où s’organise l’activité économique principale de l’époque) jugée trop noble leur est interdite. Le prêt à intérêt, activité ordinaire aujourd’hui, est appelée d’un terme méprisant à l’époque "l’usure" et ceux qui le pratiquent des "usuriers" (terme alors péjoratif que personne n’utiliserait aujourd’hui pour parler des activités bancaires). Désormais et jusqu’à nos jours le juif est presque exclusivement associé à la notion d’argent.

A cette époque, en Occident se développe toute une démonologie du juif, être différent méprisé et "méprisable", et les juifs sont accusés de toutes sortes de turpitudes : hosties profanées, crimes rituels (sang humain pour le pain azyme lors de la Pâque juive), empoisonnement des puits, propagation des épidémies lors de la Grande Peste. Le Juif différent et minoritaire au milieu d’une population massivement chrétienne devient le bouc émissaire bien commode pour expliquer l’inexplicable ; c’est le phénomène, proche du racisme moderne, du rejet de l’autre, coupable de tous les crimes. Et cela est justifié par la religion : pendant des siècles et des siècles, chaque année à Pâques, les chrétiens accusent les juifs d’être "déicides" (terme absurde en lui-même puisque par nature, si Dieu existe, il est éternel et donc immortel) (accusation qui perdure jusqu’aux années 1960).

Progressivement pour les chrétiens, les juifs deviennent Satan.
L’enseignement du mépris des juifs par l’Église est le responsable principal.
Des mesures sont prises par les autorités : port d’un signe distinctif (la rouelle jaune, couleur considérée alors comme ignoble, port d’un chapeau particulier), dans les villes des quartiers séparés (deux ou trois rues) deviennent le lieu d’habitat obligatoire (appelé plus tard "le ghetto"), les interdits professionnels se multiplient, on use des conversions forcées ; enfin des rois ou princes décident d’expulser tous les juifs de leur territoire (en conservant leurs biens). C’est le cas en Angleterre, en France, dans de nombreux États allemands et les juifs partent alors vers l’Est, en Pologne où ils sont à l’époque accueillis à bras ouverts et où ils se réfugient en grand nombre.

De la Renaissance au XIXe siècle  :
En Allemagne, Luther développe à nouveau un antijudaïsme religieux aigu.
En France à la fin du XVIIIe siècle, avec la Révolution, la condition des juifs semble devoir changer. Peu nombreux, sauf en Alsace-Lorraine et à Bordeaux, depuis leur expulsion du Moyen Age, ils obtiennent leur émancipation, c’est-à-dire le droit d’être des citoyens français à égalité avec les autres. Napoléon Ier met au point l’organisation de la religion juive sur le sol français.

L’antisémitisme moderne :
Ceux qui refusent la modernité et veulent le retour à la société d’antan, réactivent les vieux mythes anti-juifs selon lesquels les juifs conspireraient dans le monde entier pour fomenter des révolutions. Une autre forme d’antijudaïsme prend le relais ou s’ajoute aussi à l’antijudaïsme religieux, c’est l’antijudaïsme économique. Le banquier Rothschild devient dans l’esprit de certains la seule image du juif et le juif des classes moyennes ou l’ouvrier juif, est ignoré.

La montée des nationalismes fait aussi que le juif dérange puisqu’il est "autre", et que les juifs n’ayant pas d’assises territoriales mais étant présents dans de nombreux pays sont perçus comme cosmopolites et suspects à ce titre.

Au milieu du XIXe siècle, ce sont des Français qui se font les premiers théoriciens du racisme. Ainsi Gobineau, dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, [1] (1853-55) , écrit-il que toutes les civilisations aboutissent inéluctablement à la décadence à cause du métissage qui altère la pureté originelle des races. C’est à partir de fondements pseudo-scientifiques du XIXe siècle, que s’insinue peu à peu l’idée d’une race nordique germanique supérieure aux autres, appelée "Aryens". Dans Les Fondements du XIXe siècle, l’Anglais Houston Chamberlain, gendre de Richard Wagner, développe ces théories racistes, selon lesquelles toute la civilisation serait la création exclusive des Aryens originaires du Nord de l’Inde, et à l’inverse, les Sémites seraient une sous-race dégénérée contre laquelle il faut se prémunir. On est passé de l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme raciste.

En France :
C’est aussi en la toute fin du XIXe s. qu’éclate en France l’affaire Dreyfus qui montre clairement qu’au sein d’une grande partie de la population française l’antisémitisme n’a pas disparu malgré un siècle d’intégration et d’égalité. Cela fait suite au livre de Drumont , La France juive, pamphlet antisémite qui connaît un grand succès à partir de 1886 [2].

L’antisémitisme ne désarme jamais en France jusqu’à l’époque de Vichy malgré des accalmies (pendant la Première Guerre mondiale par exemple), les années 1930 avec la crise économique puis la victoire du Front Populaire avec Léon Blum en 1936, sont l’occasion pour l’extrême droite et une partie de la droite, d’un déchaînement antisémite d’une grossièreté et d’une violence impossibles aujourd’hui. En 1940, après la défaite française la France est prête pour un antisémitisme d’État.

"Ce sont les Chrétiens qui ont créé le juif !" Sartre

Particularités de l’antisémitisme allemand :
En ce qui concerne l’Allemagne, l’antisémitisme local présente des aspects particuliers.
Les conquêtes de Napoléon Ier à partir de 1806 entraînent un développement du sentiment national allemand et un rejet des nouveautés apportées par l’occupation française : l’émancipation des juifs par Napoléon, puis les idées révolutionnaires vaincues par la défaite des intellectuels allemands lors des révolutions de 1848 aboutissent à un repli romantique des Allemands sur eux-mêmes et un soi-disant passé mythique glorieux et magnifié. En 1871, l’unité allemande réalisée sous l’égide de la Prusse entraîne encore des frustrations et des déceptions. Les juifs qui, profitant de leur émancipation, ont eu l’audace de se lancer dans les nouvelles activités (comme la presse, le commerce, la banque, la politique…) sont de nouveau les boucs émissaires de tous les déçus de ce monde moderne.

En 1873, c’est le journaliste allemand Wilhelm Marr qui dans La victoire du judaïsme sur la germanité écrit que la "question juive est une question socio-politique" et utilise pour la première fois le mot "antisémitisme". Marr souhaite un soulèvement anti-juif de la population.
En 1880, c’est le début des violences antisémites en Allemagne (avec une pétition de 225 000 signatures hostiles aux juifs et les cris de Judenraus - "les juifs dehors" - ). Le nombre de députés antisémites en Allemagne ne cesse de croître. Dans le même temps tout un courant conservateur évoque avec fierté le passé : le Saint-Empire Romain Germanique, les chevaliers teutoniques héroïsés. À la même époque tout un courant idéologique développe la notion "d’hygiène raciale", en dévoyant la pensée de Darwin, et aboutit à l’idée de la sélection naturelle [3] nécessaire pour l’espèce humaine. Ceux-là pensent qu’au nom de la pureté de la race, l’État doit pouvoir contrôler les naissances et les décès de ceux qui sont sous sa responsabilité.

À tous ces éléments il faut ajouter le rôle des Protocoles des Sages de Sion - un faux antisémite rédigé pour la police politique russe au début du XXe siècle et diffusé en Europe après la Première Guerre mondiale-, qui accusent les Juifs d’un complot international visant à dominer le monde.

Conclusion :
À l’origine de l’idéologie nazie : un héritage des mythes archaïques revivifiés par le courant de pensée lié au nationalisme ; un culte perverti de la science moderne ; cela sur un fond d’antijudaïsme dans lequel baigne la population chrétienne européenne depuis des siècles. Hitler n’a pas un discours nouveau mais il est écouté, car la défaite et la crise économique entraînent la recherche pour beaucoup d’un responsable. Hitler est entendu et répond à une attente quand il affirme vouloir vivre dans un Reich judenrein ("pur de juifs").

Extrait du Petit cahier N°25- Commission témoins-professeur(e)s 2003-2005 : - Témoignage, mode d’emploi, Tome I : Ouvrage collectif. Hommage à J. Grynberg.

L’antisémitisme, ce n’est pas uniquement un phénomène allemand. Ni le racisme, ni l’antisémitisme, ni l’eugénisme ne sont nés entre Rhin et Memel. Johan Chapoutot

CHAPOUTOT Johan, La Loi du sang. Penser et agir en nazi, Gallimard, 2014.
CHAMBERLAIN Houston Stewart, Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts, 2 Bände, Munich, Bruckmann, 1899.
GOEBBELS Joseph, Das Tagebuch von Joseph Goebbels, 1925-1926, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1960.
HITLER Adolf, Mein Kampf, Munich, Franz Eher Verlag, Zentralverlag der NSDAP, 1926.
RAUSCHNING Hermann, Gespräche mit Hitler, Wien, Zürich, New York, Europa Verlag, 1940.
WAGNER Richard, Das Judentum in der Musik, Leipzig, 1869.

STAMBUL Pierre, Le Sionisme en questions, Acratie, 2004
UJPF, Une parole juive contre le racisme, Syllepse, 2016, 92 p.

[1I et II, avec dédicace à Georges V, roi de Hanovre, Didot, Paris, 1853. 4 tomes.

[2La France juive, Essai d’histoire contemporaine, publié à compte d’auteur chez Flammarion, 1886

[3de favoriser la victoire du meilleur et du plus fort, d’exiger la subordination des mauvais et des faibles. Adolf Hitler, MK, 1926


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