Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 378
Charlotte Delbo, de Violaine Gelly et Paul Gradvohl - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Charlotte Delbo, de Violaine Gelly et Paul Gradvohl

CR Dominique Dufourmantelle
jeudi 17 janvier 2013

Du 18 au 29 novembre 2015, Les Hommes, de Charlotte Delbo. Cartoucherie.
« "Les Hommes" se déroule dans le fort de Romainville, à l’intérieur de la prison dans laquelle un groupe de femmes, arrêtées pour faits de résistance en 1942, vit depuis quelques mois. »
Les hommes sont incarcérés de l’autre côté du bâtiment et ne croisent leurs compagnes, leurs femmes ou leurs sœurs, qu’une fois par jour, lors de la promenade. La pièce met en scène un épisode de la vie carcérale de Charlotte Delbo, avant sa déportation. Elle témoigne de l’effort de survie intellectuelle et affective auquel l’auteur s’est livré dès son arrestation.
http://www.epeedebois.com/un-spectacle/les-hommes/

Charlotte Delbo, Résistante, écrivain de la déportation, par Ghislaine Dunant

Charlotte Delbo est née le 11 Août 1919 à Vigneux-sur-Seine, dans une famille d’immigrés italiens de tendance anarchiste.
En 1934, elle s’inscrit aux JC, Jeunesses Communistes, suit les cours du soir de l’Université ouvrière et rencontre Georges Dudach, membre du Parti depuis 1933. En 1935, il devient rédacteur de l’Avant-garde, le mensuel des JC. Ils logent dans un petit appartement, 115 rue de Turenne.

« Le 17 mars 1936, à 10h55, en la mairie du IIIème arrondissement de Paris, Georges Paul Dudach, employé de banque, né le 18 septembre 1914 à Saint-Maur-des-Fossés, épouse Charlotte Joséphine Delbo, sténodactylographe. »

Danielle Casanova, femme de l’assistant de Maurice Thorez et Charlotte Delbo sont chargées de créer une structure féminine spécifique, l’UJFF, l’Union des jeunes filles de France, un mouvement communiste, féministe, pacifiste et antifasciste.
En 1937, Georges Dudach devient rédacteur de la nouvelle revue mensuelle des Jeunesses Communistes, Les Cahiers de la jeunesse, dirigée par Paul Nizan.
Charlotte Delbo rencontre Louis Jouvet. Elle le questionne sur le rapport entre théâtre et cinéma. Elle devient sa secrétaire et prend en note ses cours au Conservatoire.

Georges Dudach est mobilisé. Le gouvernement Daladier dissout le PCF.
Charlotte vit dans une petite chambre dans le cinquième arrondissement, 19 rue Cujas. Elle participe aux actions clandestines de l’UJFF. En septembre 1940, Georges Dudach est démobilisé. Roger Ginsburger (Pierre Villon), compagnon de Marie-Claude Vaillant-Couturier, responsable du secteur de l’édition du Parti regroupe des « patriotes » communistes ou non, à l’Université : Georges Politzer, Danielle Casanova, Jacques Salomon, Jacques Decour. George sDudach à la tête des Cahiers de la jeunesse, dirige l’appareil technique. En novembre 1940, le premier numéro de L’Université libre paraît.

Aragon et Elsa Triolet se sont réfugiés en zone libre chez leur ami Pierre Seghers. Louis Jouvet est rentré d’exode en septembre 40. Charlotte Delbo part en tournée avec Jouvet en Suisse, puis en Amérique latine. Le 15 novembre 41, elle rentre en France et retrouve son mari. Le Parti leur loue un studio, 93 rue de la Faisanderie dans le XVIème au nom de M. et Mme Delépine. Charlotte Delbo transcrit les émissions de Radio Londres et Radio Moscou. Elle tape les tracts et les journaux clandestins. Elle a loué un local, 14 rue Molière, sous son véritable nom. Georges Dudach entrepose tracts, affiches, revues.

Le 8 novembre 1941, la mère de Georges Dudach, sa sœur et son beau frère, fichés comme communistes, ont été arrêtés pour propagande. Les Brigades spéciales de la police française, héritières des RG prennent de l’ampleur. En février 1942, les arrestations se multiplient. Georges Dudach est fiché par les RG. Charlotte Delbo est dénoncée par un membre de la troupe de Louis Jouvet, depuis l’Amérique latine, fichée comme « propagandiste des théories moscoutaires ».

Au 93, rue de la Faisandrie, dans le 16ème arrondissement :
"Ici furent arrêtés le 2 mars 1942 par 5 policiers des brigades spéciales
Georges Dudach résistant, mort pour la France et Charlotte Delbo, résistante, déportée à Auschwitz et Ravensbrück. "

Ils sont menottés à leur domicile et conduits au dépôt de la préfecture de Paris. Les hommes sont torturés, Georges Dudach est enfermé à la prison du Cherche Midi. Les femmes sont enfermées puis transférées au dépôt du Palais de justice. Le 29 avril 1942 elles sont déférées devant la Gestapo et remises aux autorités allemandes, à la prison de la Santé. Transférée rue des Saussaies dans les bureaux des brigades spéciales, Charlotte Delbo est interrogée par la Gestapo. Elle reste au secret, puis elle est renvoyée dans les quartiers allemands de la Santé, où des résistants communistes sont guillotinés. Le 23 mai 1942, Georges Dudach part à l’aube pour être fusillé au mont Valérien.

Le 24 août, Charlotte Delbo est transférée avec ses camarades au fort de Romainville. Elle est photographiée, enregistrée, identifiée sous le n° 661. Danielle Casanova et Marie-Claude Vaillant-Couturier organisent un journal clandestin (Le Patriote de Romainville). Marie-Claude Vaillant-Couturier donne des cours d’histoire politique, Charlotte Delbo des cours de théâtre.

Le 22 janvier 1943, Charlotte Delbo et 99 autres femmes sont embarquées dans des cars pour Compiègne. Elles passent deux jours au camp de Royallieu, camp de transit avant la déportation en Allemagne. Elles sont 230.
Le matin du 24 janvier 1943, elles partent pour la gare de Compiègne dans des camions ouverts, avec un pain de son et d’un morceau de saucisson.
1 200 hommes du camp de Royallieu ont passé la nuit dans quatorze wagons sur une voie de garage, à l’écart. Quatre wagons de femmes, au sol recouvert de paille, un baril de goudron en guise de tinette. Les wagons sont plombés. Première nuit à Metz ; à Weimar, soupe d’orge ; 2ème nuit à Halle, en Saxe, -30°C.
Les wagons des hommes partent pour Sachsenhausen. Le train repart pour Auschwitz. Les femmes politiques étaient dirigées en principe sur Ravensbrück sauf le convoi du 24 janvier 1943 dit « convoi des 31000 ».
Danielle Casanova, dentiste, est conduite au Revier "hôpital" où elle aidera ses camarades. Marie-Claude Vaillant-Couturier traduit les ordres des SS. Le 3 février, elles sont photographiées, fichées ; le 12, elles sont déplacées dans le Block 26, un millier de femmes de toutes nationalités. Après l’appel du matin, elles travaillent onze heures dans des Kommandos. Le 9 mai Danielle Casanova meurt du typhus.
En mai 1943, un sous-camp est construit à Rajsko, à quelques kilomètres d’Auschwitz. Charlotte Delbo et ses amies font l’aller- retour entre Birkenau et Rajsko, matin et soir, pendant 3 mois. Un orchestre féminin les accompagne, lorsqu’elles passent le portail. En juillet, les dortoirs sont construits, elles vivent dans de meilleures conditions. 
Fin juillet, les Françaises survivantes de Birkenau sont mises en quarantaine sur ordre de Berlin. A Rajsko, Charlotte Delbo monte Le Malade Imaginaire le 26 décembre. Peu de temps après, elles sont transférées à Ravensbrück, 15 000 prisonnières, début 1944, en provenance de toute l’Europe. L’industrie allemande se fournit en main d’œuvre. Siemens a fait construire vingt halles de production dans l’enceinte du camp. Après l’appel, il arrive que des industriels ou leurs contremaîtres sélectionnent des détenues pour les usines de travaux forcés, les mines de sel de Beendorf, les usines d’armement de Mauthausen. Le 7 janvier 1945, les cinq amies les plus proches de Charlotte Delbo sont transférées à Beendorf dans une usine de fabrication de missiles VI, installée dans une mine de sel.

Deux mois plus tard, 33 survivantes du convoi des 31000 partent pour Mauthausen. Elles ne sont plus que 10. Charlotte Delbo fabrique des petites pièces destinées aux radios dans l’atelier Siemens.
À partir d’octobre, un second crématoire est construit, ainsi qu’une chambre à gaz. 500 femmes y sont conduites chaque jour. Le 23 avril, les trente Françaises de Ravensbrück sont libérées. Les camions de la Croix- Rouge les conduisent à Padborg [1] à la frontière germano-danoise, puis Copenhague en train et Malmö en Suède par ferry. Elles sont transférées à Trelleborg (Suède), au bord de la Baltique puis rapatriées le 23 juin en avion au Bourget.

Charlotte Delbo reprend sa place de secrétaire au théâtre. Elle témoigne dans le cadre de l’instruction des procès des inspecteurs des Brigades spéciales. Le 9 février, elle est acceptée dans une maison de repos en Suisse, à Mont-sur-Lausanne. Elle écrit  Aucun de nous ne reviendra  et ne le montre à personne pendant dix-neuf ans, jusqu’en 1965.

Le 8 avril 1947, elle travaille à l’ONU, à Genève, comme secrétaire de séance. Elle obtient une pension de veuve de guerre. Elle est pensionnée au titre de déportée politique, puis de déportée résistante. Elle recherche le corps de Georges Dudach qui repose désormais dans le carré communiste du Père-Lachaise.
A partir de janvier 1949, elle est déléguée en tant que secrétaire en Grèce, Palestine, Israël, Turquie, Syrie, Égypte, Chypre. Le 16 août 1951, Jouvet meurt d’un infarctus dans son bureau de l’Athénée.

Serge Samarine, poète et écrivain, chef du service des interprètes de l’ONU lui donne des cours de russe. Après leur séparation, elle entre dans une clinique pour une cure de sommeil.
Elle devient l’assistante d’Henri Lefebvre, chercheur au CNRS, exclu du PC en 1957 pour avoir critiqué le stalinisme. Elle le suit à Strasbourg, puis en 1963, à Nanterre. Elle écrit régulièrement dans la Revue française de sociologie. Révoltée par la guerre d’Algérie, elle ne rejoint aucun réseau, mais transporte des déserteurs ou des Algériens entre Paris et la Suisse, prête son appartement parisien.

Au CNRS, Andrée Michel sociologue, féministe, résistante contre la guerre d’Algérie, militante du réseau Jeanson, l’introduit auprès de Colette Audry, éditrice, qui publie  Aucun de nous ne reviendra chez Gonthier. Le convoi du 24 janvier paraît aux Éd. de Minuit en 1965. Puis elle raconte Rajsko, Ravensbrück, le retour. Elle réunit le tout : Une connaissance inutile. Jérôme Lindon la publie aux Éd. de Minuit. Mesure de nos jours paraît en 1971.
Elle donne des conférences sur son œuvre dans des Universités américaines. Entre 1974 et 1977, elle publie cinq pièces chez Pierre-Jean Oswald, éditeur de théâtre.
« Voilà ce qu’un écrivain peut tirer de ce qui s’est passé ».
En 1982, elle publie La Mémoire et les jours.

Elle meurt à l’Hôtel-Dieu dans la nuit du 1er mars 1985. Elle repose à Vigneux auprès de ses parents.

Dominique Dufourmantelle, janvier 2014

Charlotte Delbo de Violaine Gelly, Paul Gradvohl, Fayard, 2013, 324 p.

Médiagraphie

- DELBO Charlotte, Auschwitz et après. I, Aucun de nous ne reviendra, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Documents, 1970, 182 p.
- DELBO Charlotte, Auschwitz et après. II, Une connaissance inutile, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Documents, 1970,191 p.
- DELBO Charlotte, Auschwitz et après. III, Mesure de nos jours, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Documents, 1971, 214 p.
- DELBO Charlotte, Le convoi du 24 janvier , Paris, Éditions de Minuit, Coll. Grands Documents, 1965, 303 p.

DUNANT Ghislaine, Charlotte Delbo. La vie retrouvée, Grasset, 2016, 608 p.
Charlotte Delbo, Résistante, écrivain de la déportation, par Ghislaine Dunant

Film :
L’histoire du Convoi du 24 janvier 43-Auschwitz-Birkenau, de Claude-Alice Peyrottes et Alain Cheraft.

Théâtre :
"Je reviens de la vérité", ainsi qu’une biographie de Charlotte Delbo :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article167

L’association « Terre du ciel Paris » présente Charlotte Delbo (1913-1985) « Je reviens de la vérité ». Conférence de Violaine Gelly (une biographe de Charlotte Delbo) et lectures par Claude Alice Peyrottes. 26 Novembre 2014 à 19h30 au Forum 104,104, rue de Vaugirard - 75006 Paris - M° St Placide, Montparnasse, Duroc
Réservation

Centenaire :
http://delbo.gandi.ws/centenaire

Janvier 2014- 2015-2017

[1Pattburg en allemand, située au Danemark


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 683 / 949792

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Ressources pédagogiques  Suivre la vie du site CR Livres, films, expos, à lire, à voir, écouter   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License