Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 378
Prix « Mémoire de la Shoah » 98 à Mme Ruth Klüger et au peintre André Elbaz - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Prix « Mémoire de la Shoah » 98 à Mme Ruth Klüger et au peintre André Elbaz

jeudi 26 novembre 1998

Ce 25 novembre 1998, dans la très belle salle de la Maison de la Chimie, devant la nombreuse assistance habituelle, et sous la présidence de Me Théo Klein, s’est déroulée la remise solennelle du prix « Mémoire de la Shoah » à 2 co-lauréats : Mme Ruth Klüger et le peintre André Elbaz.

Prix « Mémoire de la Shoah » 98 à Mme Ruth Klüger et au peintre André Elbaz

Après lecture d’un passage de l’œuvre du fondateur Jacob Buchman en yiddish puis en français, a eu lieu la présentation du peintre, faite tout d’abord par M. Fesses Buchman :
« Peintre, André Elbaz, originaire du Maroc, donc sépharade et non touché par la Shoah, alors qu’il pouvait faire une carrière facile, a choisi le sujet depuis 1964 jusqu’à aujourd’hui. Il a entendu les récits des rescapés grecs et, cela l’a marqué. Eux ne l’ont pas excepté de cette communion, comme on le faisait en France. Il n’a pas voulu provoquer l’indignation facile. Ni insulter les morts. Il a voulu cette retenue pendant des centaines de toiles : « c’est une méditation hallucinée et sereine, un acte de piété ».

Vient ensuite S. Trigano : « c’est la vie, et la créativité en toi qui a été interpellée par la mort. Ne pas représenter la déchéance des victimes, l’humiliation - c’est la vie qui porte la mort. On pourrait caractériser ton œuvre par la représentation de l’irreprésentable : c’est la représentation du déni de la représentation. C’est en barrant la représentation, en cachant, que l’on voit quelque chose, un corps à corps avec l’irreprésentable, un questionnement de l’enchevêtrement des destins humains. C’est une œuvre à la limite de l’écriture ; les hommes, au bord du charnier, sont des points virgules. Il y a une évolution vers une abstraction consumée, le passage de la chute à la montée. Au bout d’un temps de contemplation, on s’aperçoit que les masses humaines engouffrées dans le couloir de la mort montaient, à l’insu de leurs assassins, vers la lumière. La série sur Jérusalem est le cœur secret de ton âme, en attente d’être délivrée de la confrontation avec la noirceur du siècle, la pérégrination dans cette désolation ».

André Elbaz nous répond qu’il est « un témoin moral. Je me suis toujours refusé à représenter le bourreau dans ses actes criminels. Pardonnez-moi de parler de la lumière, non des cendres. Mon travail découle de l’impossibilité, même de représenter l’horreur. Je voulais reconstituer leur présence que le feu consuma, inscrire autrement l’Histoire. Depuis 80 j’ai peint des charniers innombrables »...

Jorge Semprun maintenant nous présente la co-lauréate Ruth Klüger, qui, née à Vienne « a traversé tout l’archipel des camps nazis, de Theresienstadt à Birkenau et à Gross-Rosen. Ce livre est exceptionnel par le regard d’une radicale rareté, alliant distance et compassion, avec une absence totale de pathétique. Et il est exceptionnel par la profondeur de la réflexion philosophique dans ce voyage vers la mort quasiment inévitable. La mort est présente à travers tout ce livre de façon incroyablement sereine, froide, ce qui est la chose la plus exceptionnelle de ce livre. Et il y a la description de cet acte de liberté d’une détenue, une des plus belles pages, où elle lui souffle lors d’une sélection pour la vie ou la mort : « Dis que tu as 15 ans ! » et ainsi a-t-elle survécu. Nous avons en Ruth Klüger quelqu’un qui est allé au plus près de la Gorgone dont parle Primo Levi.

Ruth Klüger nous dit par la voix véritablement d’actrice de Nelly Hansson, directrice de la F.J.F « qu’avec ce livre, écrit, l’âge avançant et, simplement, parce que j’y étais, j’ai voulu offrir des mots en cadeau aux morts. De ce prix je ne suis pas le centre, la place centrale revient à l’inébranlable présence de la mémoire. Pour écrire ce livre, il m’a fallu un ingrédient, la colère, en corollaire du deuil ».

Françoise VALLETON, Après Auschwitz, n° 269

Ruth Klüger, Refus de témoigner, (en allemand, Weiter leben Continuer à vivre ), Viviane Hamy 1997, 320 p. (en livre de poche 2003)


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 235 / 967940

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Informations diverses  Suivre la vie du site Publications, annonces d’évènements   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License