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Sam Radzynski, 1944 - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Sam Radzynski, 1944

La Libération de Paris et une tentative d’évasion depuis Auschwitz III-Monowitz
lundi 30 septembre 2013

La libération de Paris vue du camp de Monowitz, alors que parallèlement des camarades sont exécutés pour avoir tenté de s’évader.

La Libération de la France est connue jusque dans les camps de concentration. Cela redonne un peu d’espoir aux déportés mais dans le même temps les horreurs qu’ils connaissent ne faiblissent pas et occupent toutes leurs pensées, comme le témoigne Sam Radzynski.

Témoignage de Sam Radzynski (1995)
Déporté à Auschwitz-Birkenau, Jawischowitz, Monowitz-Auschwitz III [1], membre de la résistance du camp.

Sam Radzynski

Le débarquement en Normandie, ça a été extraordinaire ! la libération de Paris… !

la diffusion de l’information revêtait une importance particulière car elle pouvait être une source d’espoir. Pour l’essentiel cette information était verbale.V
Pourtant à deux reprises nous avons utilisé l’écrit, la première fois le 6 juin 1944 lors du débarquement en Normandie, la seconde fois après l’annonce de la libération de Paris le 25 août 1944.V
Nous avons rédigé à l’aide de papier carbone, pour ces deux événements, une feuille manuscrite à une dizaine d’exemplaires en français, allemand et polonais.V
C’est Ludwig Hess (gardien de nuit) et Léo Stasiak qui assuraient la veille à l’extérieur. La transcription a été assurée par Alfred Besserman pour le texte polonais et par moi pour la version française et allemande.

Mais les mois qui ont suivi la libération de Paris, après août 1944, chaque jour qui passe… ! Pour nous la libération de Paris, c’était la libération du camp, ce sont des choses qui étaient à la fois le désespoir, pour les gens, je ne parle pas pour nous simplement, à la hauteur de l’espérance qui était née avec la libération de la France, la libération de Paris, et, en même temps que ces jours devenaient de plus en plus désespérants, les conditions climatiques c’était un nouvel hiver, un nouvel hiver qui s’annonçait.

En même temps que ce nouvel hiver s’annonçait, le mois d’août 44 avait été un événement dramatique. Trois camarades, trois hommes, trois internés, deux Polonais et un Allemand ont tenté une évasion. Et, est-ce qu’ils ont été dénoncés, est-ce qu’ils ont été pris avant même qu’ils puissent réaliser cette tentative d’évasion ? C’était au mois d’août 44 presque en même temps que la libération de Paris. Ils ont été pendus à l’intérieur du camp. Et une pendaison dans le camp ça doit être l’équivalent dans la mémoire du déporté à l’effet que leur a fait les flammes du crématoire, même s’ils ne sont restés qu’une heure à Birkenau. […] Alors cette pendaison a été quelque chose… j’ai assisté à cette pendaison d’une des fenêtres de l’hôpital où j’étais. Les Polonais c’étaient deux beaux-frères. Alors ces trois hommes dont les deux beaux-frères polonais ont été pendus et il y avait un garçon plus jeune, qui avait 24 ans, un Allemand qui s’appelait Diamant.

Pour la pendaison il y avait les trois potences, tout le camp tournait en file indienne ; ça a duré une journée entière pour les milliers de déportés. Et avant d’être pendus, Diamant a crié en allemand, je vous le dis en français : « Courage camarades, nous sommes les derniers !  » [Sam des sanglots plein la voix] Ça se passait au mois d’août. […]

J’ai parlé de cette pendaison de 44, parce qu’ils ont crié… c’était un signe d’espoir dans l’avenir. […] Des hommes mourant dans les pires des conditions ont su dire aux autres dans leur langue à eux, qui étaient celle des bourreaux : « Courage camarades, nous sommes les derniers », c’est-à-dire que, en mourant, ils mouraient pour la vie, espérant et étant persuadés que la vie serait plus forte que les assassins, que les bourreaux.

Une des leçons que je tire, c’est que j’ai confiance, malgré ou à cause de l’expérience de la captivité, de la Brigade spéciale, de Drancy, de Birkenau, de Monowitz, je crois en l’homme. C’est la chose la plus belle.

On peut en faire le pire mais on en fait souvent le meilleur. Dans les pires situations, l’homme est plus fort que la barbarie, même s’il meurt. Alors j’ai assisté impuissant comme tous les autres.

Retranscrit par Maryvonne Braunschweig, septembre 2013

Pour en savoir plus, Sam et Rosine  :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article147

août 2013


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