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Le train de Loos, vendredi 1er septembre 1944 - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Le train de Loos, vendredi 1er septembre 1944

Dernier drame de la déportation dans le Nord et Pas-de-Calais
lundi 30 septembre 2013

Alors que les forces d’occupation commencent à quitter Lille, un dernier train part vers l’Allemagne avec 871 prisonniers de la prison de Loos.
La Tragédie du Train de Loos

Vendredi 1er septembre 1944 : « le train de Loos », dernier drame de la déportation dans le Nord et le Pas-de-Calais

par Jacqueline Duhem [1]

Après la Libération de Paris le 25 août 1994, une partie des troupes alliées remontent vers la Belgique. Objectif : s’emparer du port d’Anvers. Les troupes britanniques libèrent Douai le 1er septembre et, ce même jour, les forces d’occupation commencent à quitter Lille où résidait l’OFK 670, rattaché au commandement militaire de Bruxelles.

A la prison de Loos, commune limitrophe de Lille, Walter Paarmann, responsable de la Gestapo à La Madeleine, met en place un transfert de détenus de la prison, par camions, vers la gare de Tourcoing. Cette prison, installée en partie dans une ancienne abbaye cistercienne, sert depuis juin 1940, de plaque tournante vers la déportation de résistants du Nord et du Pas-de-Calais dont la première étape est le plus souvent la prison Saint-Gilles à Bruxelles. Face à l’avancée des Alliés, les Allemands ont vidé les autres prisons de la région pour regrouper les détenus à Loos ce qui fait passer la population carcérale à environ 1 300 personnes qui s’entassent à 7 ou 8 dans des cellules de 9 mètres carré...

Le train de Loos

Jean-Marie Fossier, commandant FTP, déjà déporté à la forteresse de Huy en Belgique, et James Venture, policier lillois et membre du réseau « Claude-François », sont deux de ces résistants qui ont vécu la déportation dans le « dernier train de Loos » et qui ont voulu témoigner pour eux-même mais aussi pour leurs camarades [2].

J.M. Fossier a été ramené à Loos depuis plus de 10 mois où il subit la « ...solitude totale d’une cellule de force. Durant près de trois mois, ce fut le régime de l’obscurité toute la journée ; par contre, une forte lumière brillait toute la nuit. […] Tôt dans la matinée du 1er septembre commence l’évacuation de la prison. Déjà vers 4 heures, dans la faible clarté que permet l’occultation contre les raids aériens, des cellules ont été vidées. Les hommes rassemblent leurs affaires et ils reçoivent un colis de la Croix-Rouge ».
Après une longue attente dans la cour, au milieu des cris et de coups reçus, c’est l’embarquement dans un camion, enchaînés par trois. Le transfert vers la gare de Tourcoing, proche de la frontière belge, va durer de 5h 30 à 17h 30. Les derniers détenus partis ne peuvent avoir de colis car la Croix-Rouge n’en dispose plus. J.M. Fossier rapporte le témoignage d’autres détenus, partis en fin d’après-midi : « Nous étions gardés par des SS. Ils étaient complètement ivres sauf leur officier, lequel parlait couramment le français...Dans les rues de Lille, on commençait à voir des barrages dressés par les résistants. A chaque barrage, les SS tiraient, mitraillaient copieusement et le camion passait ». Un autre se souvient que « ses voisins » étaient des militaires de la Wehrmacht et un marin : « Eux aussi ont les menottes. Eux aussi sont pâles. L’un d’eux porte sur le visage des traces de sang […] je le connais sans savoir qui il est. […] A Tourcoing, un long train est à quai. Des SS, des soldats vont, viennent, hurlent, bousculent. On nous pousse dans un wagon déjà plein juste après nous avoir enlevé les menottes. […] En gare de Tourcoing, quelques évasions réussissent. Un cheminot put donner sa casquette à un détenu qui parvint ainsi à quitter la gare sans encombre. Mais un autre prisonnier fut abattu : il avait réussi à passer à contre-voie. Il fut achevé comme un chien le long d’une haie ».

Au bout de plusieurs interventions, des infirmières de la Croix-Rouge obtiennent la possibilité de circuler sur le quai. L’une d’entre elles, Mme Trenteseaux se souvient : « Lorsque nous avons appris l’arrivée des prisonniers […] nous nous y sommes rendues avec tout ce que nous avions […]. Des gens du quartier nous ont apporté des provisions et nous avons distribué, distribué... Nous voyions ces hommes enfermés dans ces wagons sans autre aération que la petite lucarne grillagée ; un soleil de plomb chauffait ces wagons... Pour nous approcher, il nous arrivait d’ éloigner les sentinelles, en offrant une plaque de chocolat. Que de messages on nous a glissés. Parfois ces hommes nous lançaient un nom, une adresse... Comment tout retenir ? Nous avions les poches pleines de bout de papier griffonnés, parfois indéchiffrables. Puis le train est parti. Nous, nous pensions que quelques kilomètres plus loin, il serait stoppé, et que ces hommes seraient libérés ».

… Et c’est aussi ce que pense tous ces hommes, entassés 80 à 90 par wagon. Beaucoup sont persuadés que des camarades vont attaquer le train avant ou même après la frontière. C’est ainsi que, pleins d’illusions, alors que le train roule à faible allure en Belgique, les déportés de son wagon refusent une proposition de James Venture qui leur aurait certainement sauvé la vie : soulever le loquet de la porte du wagon à l’aide de son couteau pour que chacun puisse sauter du train en marche. Pourtant, lorsqu’il a quitté sa cellule, un gardien de la prison de Loos lui avait glissé à l’oreille : « surtout ne faites rien, la Résistance s’en occupe ».

Et en effet, un groupe de résistants du WO, War Office, s’est approché du convoi, composé de 12 wagons, mais ils ont dû renoncer à toute action car il est protégé par des Waffen-SS, lourdement armés, alors qu’eux-même n’ont quasiment pas d’armes. Par contre, dans d’autres wagons, d’autres détenus ont réussi à s’enfuir dans la nuit du 1er au 2 septembre, profitant de la nuit et de la vétusté des wagons qui leur a permis de briser des planches. Quatre jeunes gens ont réussi à ouvrir la porte du wagon et à sauter du train, après avoir dû se battre avec certains de leurs compagnons... En effet, les gardes SS ont menacé, à plusieurs reprises, d’exécuter cinq hommes pour chaque évadé dans chaque wagon concerné. Au total, 13 hommes ont réussi à s’évader pendant la traversée de la Belgique.

Mais pendant que se déroulent ces épisodes dramatiques, deux hommes ont tout tenté pour empêcher le départ du convoi : il s’agit du pasteur Marcel Pasche, de nationalité suisse, et du consul de Suisse à Lille, Fred Huber. Dès le 26 août, tous les deux savent que les Allemands préparent l’évacuation des détenus de Loos. Ils ont entrepris des démarches auprès du préfet Fernand Carles mais aussi de l’Oberfeldkommandantur et du major Khun, responsable des prisons, mais sans résultat. Vers 10 h du matin ce 1er septembre, ils sont arrivés à la prison et ont rencontré le responsable allemand de la prison qui a accepté de libérer tous les détenus condamnés à moins de trois mois. Il s’agit de 400 à 600 hommes et femmes qui vont être libérés par groupes de 20, toutes les demi-heures, sous réserve de se disperser au plus vite. Le 2 septembre, sans nouvelles du convoi, Marcel Pasche et Fred Huber partent en voiture à la recherche du train. Ils atteindront Gand mais ne pourront aller plus loin car ils se heurtent à une certain méfiance de résistants belges qui ne semblent pas comprendre leur démarche.

C’est seulement le 6 septembre que, à Lille, le nouveau pouvoir issu de la Résistance mais aussi les représentants de l’armée britannique déclenchent des recherches pour retrouver « le dernier train de Loos »... Mais celui-ci est arrivé à Cologne le 3 septembre...

Le 5 septembre, un groupe de 250 déportés est envoyé à Mülheim, dans la Ruhr non loin de Düsseldorf, pour effectuer des travaux de déblayage tandis que les autres sont dirigés vers le camp de Sachsenhausen près de la ville d’Oranienburg, située à 30 km au nord de Berlin. Ils arrivent le 6 septembre à Sachsenhausen où ils vont subir une terrible quarantaine : dans le froid glacial des Blocks, ils subissent les pires vexations et de terribles tortures physiques. L’appel du matin se fait à 3 h 45, appel pour lequel il faut amener les morts de la nuit. Le groupe de Mülheim va les rejoindre quelques jours plus tard, échappant ainsi à cette terrible quarantaine.
A partir du mois d’octobre, beaucoup de ces hommes du « train de Loos » vont quitter Sachsenhausen pour d’autres camps. James Venture, avec 160 autres compagnons d’infortune, va être envoyé au camp de Neuengamme puis, après Noël, il est transféré à Wöbbelin, camp annexe de Neuengamme, pour participer à la construction de ce nouveau camp. C’est là où il est libéré par les Américains, le 2 mai 1945.

Pour sa part, Jean-Marie Fossier va rester à Sachsenhausen jusque fin janvier 1945 avant d’être transféré à Buchenwald. D’autres déportés du « train de Loos » sont envoyés vers les mines de sel de
Kokendorf ou vers l’île de Usedom sur la Baltique où se trouve un centre d’essai de V2. Beaucoup vont mourir lors des « Marches de la mort », au printemps 1945, lors de l’évacuation des camps face à l’avance des armées alliées.

Au retour des rescapés, cet épisode tragique de la Libération va être l’objet d’une importante polémique. Beaucoup, parmi les rescapés mais aussi parmi les familles de ceux qui ne sont pas revenus, sont persuadés que tout n’a pas été fait pour arrêter le train... La polémique porte aussi sur le nombre de déportés et sur celui des survivants. En effet, les archives allemandes de la prison de Loos et celles du camp de Sachsenhausen ont été brûlées et il est ainsi impossible de connaître le nombre et l’identité de tous ces déportés.

En 1948, Paul Ducroquet, correspondant pour le Nord du comité d’Histoire de la Seconde guerre mondiale, avance les chiffres de 1250 déportés et de 130 survivants. Ces chiffres feront foi jusqu’au début des années 2000 bien qu’ils aient été contestés à plusieurs reprises. C’est grâce à Yves Le Maner, historien et directeur de La Coupole d’Helfaut près de Saint Omer, (Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord-Pas-de-Calais) que la vérité sur les chiffres a pu être enfin révélée [3]
. En effet, au début des années 1990, il apprend que, dans les archives de l’ex-URSS, se trouve une partie des archives du camp de Sachsenhausen, récupérée par l’Armée rouge, et que y figure la liste des déportés du « train de Loos »... Il peut ainsi étudier en détail cette liste, connaître avec certitude l’identité des déportés et fixer définitivement à 871 le nombre de déportés et à 310 le nombre de survivants, ce qui correspond à 32 % des hommes du convoi. Ce pourcentage est nettement inférieur à la moyenne nationale qui fixe à environ 50 % le taux de survivants des déportés non-juifs [4].
Une tragédie qui s’ajoute aux autres que le Nord et le Pas-de Calais a connu durant la période de l’Occupation [5]

https://www.francebleu.fr/infos/societe/il-y-70-ans-le-train-de-loos-dernier-convoi-vers-les-camps-de-concentration-1409504400
Le Mémorial du Train de Loos :
http://www.ville-loos.fr/art1634-217-182-le-train-de-loos.html

Mise en ligne, NM septembre 2013

[1auteure de ASCQ 1944. Un massacre dans le Nord. Une affaire franco-allemande, éd. , 2014, 272 p. Ascq 1944. Un massacre dans le Nord. Une affaire franco-allemande

[2FOSSIER Jean-Marie, Zone interdite Nord Pas-de-Calais mai 1940-mai 1945, FNDIRP, 1977 réédition revue et corrigée 1994.
FAUQUETTE Alexandre, James Venture ce héros ! L’histoire exceptionnelle d’un résistant et déporté du Train de Loos, Amicale du Train de Loos, 2010

[3LE MANER Yves, Le « Train de Loos ». Le grand drame de la déportation dans le Nord-Pas-de-Calais, La Coupole, 2003

[4Site à consulter : celui du Centre de Mémoire de l’Abbaye-Prison de Loos qui comporte un compte-rendu accompagné de documents, du livre d’Yves Le Maner, compte-rendu effectué par André Gustin
http://www.cmapl.org/

[5Voir l’article sur « le massacre d’Ascq » du 1er avril 1944
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article174


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