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Révolte du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Révolte du Sonderkommando d’Auschwitz-Birkenau

La révolte du Sonderkommando du 7 octobre 1944
jeudi 19 janvier 2012

Sonderkommando ou Krematoriumskommando, Kommando spécial de détenus contraints par les SS d’enlever les corps des chambres à gaz et de les incinérer dans les fours crématoires.

Un article de Maurice Cling sur la révolte du Sonderkommando du 7 octobre 1944 à Auschwitz II-Birkenau

 Révolte à Birkenau

Birkenau, vers la chambre à gaz. Photo D. Dufourmantelle

Si l’insurrection du ghetto de Varsovie est devenue emblématique de la résistance juive à la barbarie nazie, on sait moins que dans la plupart des camps et ghettos, des juifs se révoltèrent aussi, outre Treblinka et Sobibor.
Ainsi, la révolte du Sonderkommando d’Auschwitz a été longtemps ignorée, sous-estimée, voire occultée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ignorée parce qu’aucun témoin oculaire n’a survécu, sous-estimée [1] parce que peu de témoignages existent, et sont dans certains cas divergents, occultée enfin par certains pour présenter une image d’Auschwitz focalisée sur les victimes juives martyrisées [2]. Grâce aux recherches historiques, et notamment à la découverte en 1961 du manuscrit poignant de Zalmen Lewental enterré dans le sol du Crématoire, et d’autre part à divers témoignages et publications telles que l’ouvrage de Hermann Langbein [3], l’histoire de la révolte est maintenant accessible pour l’essentiel. De futures découvertes éventuelles préciseront peut-être les quelques points qui restent obscurs.
Rappelons que le secret de l’extermination entretenu par la propagande nazie, secret indispensable au déroulement de l’opération, s’étendait jusqu’au camp lui-même, ce qui est peu connu. Détenu moi-même à Auschwitz I à l’époque, j’ignorais que quelques quinze pays envoyaient des trains de déportés à Birkenau et que fonctionnaient à proximité de vastes complexes de « crématoires » industriels. Je ne connaissais que le mot Krematorium dont le mystère m’angoissait.

Les membres du Sonderkommando (« équipe spéciale » affectée à l’incinération des cadavres, ici dorénavant désignée par SK) étaient eux-mêmes périodiquement exterminés en tant que « détenteurs de secret » et en étaient pleinement conscients. Pour pouvoir effectuer leur horrible tâche ‒ sans conteste la pire de toutes ‒ ils étaient bien nourris, à l’inverse de la plupart des détenus. Les résistants disposaient d’autre part, du fait du pillage des arrivants, de moyens de se procurer des objets utiles pour corrompre certains Kapos, voire des SS. Figuraient aussi parmi eux des résistants chevronnés, ainsi que plusieurs officiers russes, français et hongrois qui apportaient leur compétence militaire.
En ce mois d’octobre 1944, la situation du SK est particulièrement complexe. Depuis le camp-souche dit Auschwitz I, un « groupe de combat » international dirige la résistance de l’ensemble de l’immense complexe concentrationnaire. Il prépare un soulèvement général coïncidant avec l’approche des forces soviétiques qui ont déjà libéré le camp de Maïdanek en juillet. Le « groupe de combat » agit en liaison étroite avec les organisations de la résistance polonaise très actives à l’intérieur et à l’extérieur, qui doivent participer au soulèvement.
De son côté, l’organisation de résistance juive de Birkenau [4] ‒ qui est représentée dans le « groupe de combat » ‒ dispose d’une antenne dans chacun des quatre grands Krematoriums et prépare depuis le début de 1944 une révolte qui doit les détruire simultanément en débouchant sur une évasion massive des détenus. Elle organise peu à peu les préparatifs, contacts avec les autres résistants, fabrication de grenades, de pinces isolantes pour sectionner les barbelés électrifiés, constitution de réserve d’essence pour incendier les baraquements, accumulation d’armes diverses. Quatre jeunes femmes juives (dont trois travaillent dans l’usine d’armement « Union ») fournissent la poudre pour les explosifs, tant à Birkenau qu’à Auschwitz I.

Depuis plusieurs mois, l’organisation juive insiste auprès du « groupe de combat » pour que soit fixée à court terme la date de la révolte, les détenus du SK se sentant de plus en plus menacés. La réponse est négative dans le cadre des plans de soulèvement général. Leur situation devient dramatique quand, après la fin de l’extermination de 340 000 juifs hongrois, de mai à juillet (le summum du génocide), les SS décident de réduire l’effectif du SK. En septembre, ils prélèvent deux cents détenus sur 952, qu’ils assassinent à Auschwitz I, puis incinèrent eux-mêmes pendant la nuit pour garder le secret. Le SK en est informé par le « groupe de combat ».
L’accord avec la résistance russe de Birkenau ayant échoué, la date de la révolte est fixée au 7 octobre. Les événements se précipitent. Ce même jour, les SS viennent chercher trois cents détenus pour un prétendu transfert. La révolte éclate prématurément à la suite d’un incident, sans coordination avec les trois autres Krematoriums, ce qui entraîne un affolement général. Des détenus incendient le n° IV, jettent vivant le Kapo allemand dans un four, tandis que d’autres du n° II sectionnent les barbelés du camp des femmes et s’enfuient. Trois autres se sacrifient en faisant sauter le n° IV. Les fugitifs barricadés dans une grange de Rajsko [5] à proximité sont tous massacrés.

Arrestations et tortures s’ensuivirent. Les jeunes juives ne parlèrent pas et furent pendues en public au camp des femmes d’Auschwitz I. Le bilan s’établit comme suit, semble-t-il : outre le kapo allemand, au moins trois SS abattus et quelques dizaines blessés, 451 détenus tués. Ces chiffres secs ne rendent absolument pas compte de la signification de la révolte. Écrasée dans un bain de sang par les SS surarmés, elle revêt au niveau symbolique une portée considérable.

On l’a souvent décrite comme « désespérée », ce qui est profondément injuste, car s’il est vrai qu’elle fut déclenchée prématurément dans la confusion et la panique, elle avait été minutieusement préparée depuis des mois ‒ on l’a vu plus haut ‒ en liaison avec toutes les organisations de résistance du camp. De même, le film Sobibor  fut présenté en 2002 dans la publicité comme « la seule révolte réussie », formulation choquante. Si l’on doit en effet se féliciter de son succès relatif, et de celui de Treblinka, on doit avant tout rendre hommage dans ce cas à ceux et celles qui l’ont organisée et soutenue, réussie ou pas. La réussite est dans la lutte elle-même. En raison du lieu-même (le cœur de la machine d’extermination) et dans les conditions inhumaines où ils se trouvaient, elle s’apparente sur ce plan à l’insurrection du ghetto de Varsovie. Comme elle, elle mérite de figurer au tout premier plan de l’histoire du génocide nazi et de la Résistance européenne.
Ces hommes et ces femmes ont remporté là une victoire morale qui doit être enseignée à la jeunesse, en même temps que les nazis vainqueurs provisoires resteront honnis à jamais. Elle fut celle de juifs (et non-juifs [6]) qui se battirent pour leur dignité et pour la masse des détenus du camp, et au-delà pour la dignité de l’homme contre la barbarie des nazis et de leurs complices : l’homme debout, ou comme l’a écrit Gorki, « l’homme, ça sonne fier ».

Maurice Cling

Révolte du Sonderkommando à Birkenau

DVD(6) : CNRD 2011-2012 Résister dans les camps nazis
Résister dans les camps nazis, CNRD 2012, DVD(6)

 Médiagraphie

- La résistance du Sonderkommando
GRADOWSKI Zalmen, (Pierre-Emmanuel Dauzat, Batia Baum), Au coeur de l’enfer : Témoignage d’un Sonderkommando d’Auschwitz, 1944, Tallandier, 2009
Des voix sous la cendre. Manuscrits des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau, Le Livre de poche, 2006
MÜLLER Filip, Trois ans dans une chambre à gaz d’Auschwitz, Pygmalion, 1980
OLERE David, L’oeil du témoin - A painter in the sonderkommando at Auschwitz,éd. FFDJF, 2005, 111 p.
http://fcit.usf.edu/Holocaust/resource/gallery/olere.htm
VENEZIA Shlomo, Sonderkommando. Dans l’enfer des chambres à gaz, Albin Michel, 2007.
[Les membres du Sonderkommando] " devenus des automates, obéissant aux ordres en essayant de ne pas penser, pour pouvoir survivre encore quelques heures "
Son témoignage retranscrit en italien :
http://www.gliscritti.it/approf/shoa/shlomo/shlomo.htm
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2012/10/16/schlomo-venezia-temoin-capital-de-la-machine-de-mort-nazie_1776173_3382.html

SZUREK Jean-Charles et WIEVIORKA Anette, Juifs et Polonais 1939-2008, Albin Michel, Bibliothèque Histoire, 2009
DIDI-HUBERMAN Georges, Sortir du noir, Les Éditions de Minuit, 2015, 55 p.
GREIF Gideon, LEVIN Itamar, Aufstand in Auschwitz, Die Revolte des jüdischen »Sonderkommandos« am 7. Oktober 1944, traduit de l’hébreu, Böhlau Verlag, 2015
GREIF Gideon, LEVIN Itamar, Révolte à Auschwitz. La révolte du Sonderkommando juif, le 7 octobre 1944, Nouvelle Collection de la Fondation Auschwitz, (Belgique), 2016.
KILIAN Andreas, FRIEDLER Eric et SIEBERT Barbara, Zeugen aus der Todeszone : Das jüdische Sonderkommando in Auschwitz, Lünebourg, 2002, rééd. poche, 2005
(Les Témoins de la zone de mort, le Sonderkommando juif à Auschwitz)
http://lagergemeinschaft-auschwitz.de/
The Grey zone, La zone grise, un film de Tim Blake Nelson, 2002, die Grauzone
cahier de Bernhard André et Andreas Kilian :
http://www.film-kultur.de/filme/filmhefte/diegrauzone.pdf

 Le Petit arbre de Birkenau

BENROUBI Maurice Le Petit arbre de Birkenau, suivi du Journal de Rose et de documents français ou allemands, des archives départementales de la Sarthe, postface d’Annette Wieviorka, Albin Michel, 224 p.
Maurice Benroubi travaille au Begrabungskommando, puis il est Schlepper (tireur de cadavres) avec des crochets.
Liens
Les quatre filles de l’usine l’Union-Werke à Auschwitz I qui ont volé la poudre sont Rosa Robota, Ala Gertner, Estusia Wajcblum, Regina Safirsztajn
http://www.datasync.com/ davidg59/rosa.html
Lettre de Chaim Herman à sa femme :
https://bcrfj.revues.org/6461#tocto1n4

Un survivant du Sonderkommando d’Auschwitz II Birkenau raconte, témoignage de Dow Paisikovic au procès Auschwitz :
http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/sonderkommando.htm

- Filmographie, DVD sur le Sonderkommando
Shoah, un film de Claude Lanzmann, livret de Jean-François Forges, CNDP, 2001.
Sonderkommando Auschwitz-Birkenau, documentaire d’Emile Weiss, Zalmen Gradowski, Leib Langfus, Zalmen Lewental, Miklos Yiszli,
Szlama Dragon, Alter Feinsilber, Henryk Tauber
dossier pédagogique :
http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/mire/teledoc_sonderkommando.pdf
Le Fils de Saul, film hongrois réalisé par László Nemes, 2015, 107 min.
http://www.advitamdistribution.com/wp-content/uploads/2012/04/DOSSIER-PEDAGOGIQUE_WEB_SAUL.pdf

DVD-Rom de l’UDA :
Mémoire Demain, DVD-Rom, témoignage d’Henryk Mandelbaum
Iil est désigné dès son arrivée au camp pour faire partie du Sonderkommando où il reste jusqu’à l’évacuation du camp. Il s’échappe pendant les Marches de la mort.

Un site très riche :
http://www.sonderkommando.info/index.php/sonderkommandos

Fours crématoires Topf und Söhne
http://www.buchenwald.de/fr/653/

Proche du camp de Buchenwald, l’entreprise de fours crématoires Tof und Söhne, est devenue un musée à Erfurt.
http://www.topfundsoehne.de/cms-www/index.php?id=94

NM. mise à jour 2016

[1Olga Wormser, dans la première et remarquable étude Tragédie de la Déportation, Hachette, 1955, 508 p., ne lui consacre que cinq lignes.

[2Voir Auschwitz expliqué à ma fille (Éditions du Seuil, 1999) où Annette Wieviorka ne mentionne pas la Résistance polonaise et juive dans le camp, et notamment la révolte du 7 octobre 1944.

[3La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes, 1938-1945 (Fayard, 1982, 510 p.). Cet article s’inspire largement de l’ouvrage d’Hermann Langbein qui fut l’un des dirigeants du « groupe de combat »

[4Les principaux dirigeants sont J. Warchawski et J. Handelsman, émigrés de Pologne en France en 1931, arrêtés par la Gestapo comme communistes et déportés à Auschwitz en mars 1943.

[5Travaillant à proximité dans un chantier agricole de Rajsko à l’époque, j’ai entendu les explosions et vu des SS à moto passer en trombe sur la route dans la stupeur générale et le hurlement des sirènes.

[6Il comprenait 5 Polonais et 19 prisonniers de guerre soviétiques.


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