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Les marches de la mort, récit de l'évacuation d'Auschwitz vers Buchenwald - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Les marches de la mort, récit de l’évacuation d’Auschwitz vers Buchenwald

Robert Marcault
vendredi 20 mars 2009

Auschwitz, Gross-Rosen, Buchenwald
...A bout de force, épuisés, délirants, torturés par le froid, la soif, la faim, la peur, spectres en guenilles dans nos loques rayées...
Robert Marcault raconte

Robert Marcault : mémoire de la marche de la mort

A mi-janvier 1945, le camp d’extermination d’Auschwitz est en pleine effervescence. Le bruit court que les Russes sont dans les faubourgs de Cracovie, la rumeur d’une liquidation totale circule parmi nous, semant partout une panique rentrée. Tard le soir, par un temps glacial, les déportés sont rassemblés, et l’appel de ceux qui doivent partir est rapidement fait, c’est l’évacuation : nous reprenons espoir, on ne va pas nous liquider.
Sur la route, dès la sortie, nous rejoignons de longues colonnes venues des autres camps de la région et la grande épreuve, pire que la mort annoncée au début de cette rumeur, commence.

Transformés en morts-vivants cachectiques par les longs mois de mauvais traitements et de malnutrition, nous avançons péniblement. La soif et la fièvre infligent de terribles souffrances, mais il faut marcher, toujours marcher, les coups pleuvent, les nazis paniquent : les Russes ne sont plus très loin.

Le délire prend le pas sur la réalité, je dors en marchant, je vois des châteaux illuminés, des fontaines qui coulent, je mange du pain. Je ne sens plus les coups et j’avance comme un automate. Nous trébuchons sur des mourants. A l’arrière de la colonne, les nazis abattent ceux qui traînent.

Depuis que nous avons quitté Auschwitz, le temps écoulé me semble être une éternité, mes galoches sont fichues, je marche les pieds nus dans la neige, le blizzard souffle, les jours et les nuits se succèdent, je lutte contre les mirages obsédants de la soif et de la faim, le désarroi m’envahit, je sens que je vais mourir. L’abandon physique est là, et cette dysenterie qui me vide... Le froid intense fige aussitôt le liquide qui s’écoule de moi et le transforme en autant de poignards et d’aiguilles tranchantes qui me lacèrent le corps. Mes jambes ne veulent plus avancer, mais je voudrais tellement vivre. Les haltes sont l’occasion choisie par les SS pour se distraire cela consiste à obliger quelques déportés choisis au hasard à quitter la route et à courir dans la neige profonde qui recouvre les champs : les SS tirent alors sur les cibles humaines appelant cela « le tir aux lapins » avec leurs grands éclats de rires de meurtriers imbéciles.

Cette marche impitoyable dure des jours et des nuits, hallucinante et irréelle.
A bout de force, épuisés, délirants, torturés par le froid, la soif, la faim, la peur, spectres en guenilles dans nos loques rayées, survivants de cette impensable marche de la mort, nous pénétrons dans le camp de Gross-Rosen. L’horreur, la neige sale, les corbeaux, l’odeur des crématoires, la mort, une vision d’apocalypse nous accueille.

Accompagnés des brutalités habituelles, nos corps meurtris, transis de froid, traversent la place d’appel, véritable cloaque, où gisent désarticulés d’innombrables cadavres.

Un matin, dans la nuit noire devant la baraque par un temps glacial de janvier, nous sommes en rang, en colonne par cinq, pour recevoir notre pitance : une mince tranche de pain noir moisi, et après un rapide comptage, la marche à la mort reprend sur la route sans fin. Le calvaire dure encore longtemps, les jours et les nuits se succèdent.

A la fin, on nous fait monter dans des wagons de marchandises découverts, du type de ceux dont on se sert pour le transport des marchandises lourdes, par exemple le sable ou le gravier. Nous sommes si serrés que nous ne pouvons nous asseoir, encore moins nous mouvoir, si bien que les mourants même flasques restent debout, ceux qui glissent étant irrémédiablement écrasés.

Au débarquement, en gare de Weimar, l’hécatombe est impressionnante. Nos camarades de misère, morts ou agonisants, jonchent les wagons...
Buchenwald  : une immense place d’appel...
Plus tard je fus dirigé vers les baraquements destinés aux enfants (j’avais quinze ans) appelé "Petit Camp" qui était en fait un sinistre mouroir.
Puis ce fut le cloaque qui avait pour nom hôpital. C’est-là que je fus libéré...

in Colloque Auschwitz : Mémoire, Histoire et transmission
Toulouse les 18 et 19 janvier 2005, le Cercle d’étude et les associations locales
"Auschwitz, 17 – 27 janvier 1945 : l’évacuation, les marches de la mort, la libération du camp", les témoignages de Raphaël Esrail et Robert Marcault.

Document publié dans La Lettre.

NM mars 2009

Bibliographie

BERLER Willy,Itinéraire dans les ténèbres : Monowitz, Auschwitz, Gross Rosen, Buchenwald, préface de Maxime Steinberg, notes de Ruth Fivaz-Silbermann, l’Harmattan, 2000, 296 p.
Bibliographie :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article81


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