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Le massacre d’Ascq - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Le massacre d’Ascq

par Jacqueline Duhem
jeudi 10 mars 2011

Dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, des SS qui se trouvent dans un convoi à destination de la Normandie, massacrent 86 civils de la commune d’Ascq, dans le nord de la France

Histoire et mémoire

Les civils face à la terreur nazie : l’exemple du massacre d’Ascq  [1]

Ascq 1944. Un massacre dans le Nord. Une affaire franco-allemande

Dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, les SS du bataillon blindé de reconnaissance de la 12e SS-Panzer-Division « Hitlerjugend » qui se trouvent dans un convoi en provenance de Bruxelles à destination de la Normandie, massacrent 86 civils de la commune d’Ascq, petite commune de 3 500 habitants située à sept kilomètres à l’est de Lille. Ce massacre intervient à la suite d’un acte de sabotage sur la voie ferrée, perpétré par des cheminots- résistants du « groupe d’Ascq », réseau Voix du Nord, sabotage qui visait en réalité un train de marchandises. En effet, ce type de sabotages ciblés est effectué pour éviter trop de bombardements alliés qui visent les grands axes ferroviaires et les gares de triage ce qui, début avril 1944, a déjà provoqué de nombreux morts dans la population du Nord-Pas de Calais (rappelons que le Nord pas de Calais a subi environ la moitié des bombardements alliés effectués sur l’ensemble du territoire national pendant l’ensemble de la guerre…).

Le premier convoi de la « Hitlerjugend », dont les plus jeunes soldats se sont engagés à l’âge de dix sept ans voire même de seize ans et demi, s’est intercalé entre l’express Bruxelles-Lille et le train de marchandises, ce que ne pouvait pas savoir le groupe de résistants. Les explosifs posés sur l’aiguillage, près du passage à niveau, ne font que légèrement dérailler la locomotive et les deux premiers wagons seulement chargés de matériel militaire. Aucun blessé n’est à déplorer parmi les SS…

Cependant la population de ce petit bourg, jusque-là sans histoire, se trouve brutalement confrontée à la guerre totale menée par les nazis : la rafle commence à 23 h 15 et va durer pendant deux heures : sur les ordres du chef de convoi, le lieutenant Walter Hauck qui applique les ordres de représailles collectives donnés par le commandant de la division, quatre commandos sillonnent les rues de part et d’autre du passage à niveau, défoncent les portes, emmènent, dans un premier temps, des hommes et des femmes de tout âge. Beaucoup sont roués de coup, dix hommes sont abattus dans le bourg dont le curé et le vicaire qui tentaient de s’interposer.

Soixante-dix hommes de quinze à soixante-quinze ans sont amenés, par pelotons successifs, le long de la voie ferrée, abattus à la mitrailleuse et achevés d’une balle dans la tête.
Le massacre s’arrête à 1h 15 le matin du 2 avril, dimanche des Rameaux, grâce à l’intervention de la Feldgendarmerie de Lille , prévenue grâce aux appels au secours répétés du facteur enregistrant de la gare d’Ascq. 45 hommes du dernier peloton échappent de justesse au massacre.
Le bilan est terrible : 86 morts, 11 blessés dont certains impotents, 75 veuves et 127 orphelins. Ce massacre, malgré la censure allemande, va être connu dans toute la région. Les funérailles, le 5 avril, attire une foule considérable et les appels à la cessation du travail sont suivis dans de nombreuses entreprises. Maurice Schuman évoque le massacre le 12 mai 1944 sur les ondes de la BBC.

En 1949, neuf des anciens membres de la division « Hitlerjugend » sont jugés à Lille dont le lieutenant Hauck. En vertu de la loi votée en 1948, dite « Loi Ascq-Oradour », (loi qui fait d’un membre quelconque de la division incriminée un responsable des exactions commises par ses compagnons) huit sont condamnés à mort dont Walter Hauck, le seul à avoir été reconnu par les témoins. Mais, à la suite de l’amnistie des SS alsaciens de la division « Das Reich », responsable du massacre d’Oradour, Walter Hauck et les autres condamnés sont amnistiés en 1955 par le président de la République, Monsieur René Coty. Walter Hauck est libéré en 1957 à la suite de remises de peine successives.

Le souvenir de ce massacre reste très vif dans la mémoire collective.
En 1947, Charles de Gaulle, en tant qu’ancien chef de la France Libre, puis Vincent Auriol, président de la République, viennent rendre hommage aux martyrs d’Ascq.

Le 29 juin 1947, Le général de Gaulle vient se recueillir au cimetière d’Ascq
devant « Le carré des Massacrés »

de Gaulle à Ascq

Une stèle est dédiée aux victimes sur le lieu même du massacre (« le Tertre des massacrés ») et un dispensaire y est ouvert à l’initiative des veuves dans le but de préserver la vie, là où on a donné la mort. « L’ensemble du souvenir » est inauguré en octobre 1955. De plus, chaque année, depuis 1945, la municipalité commémore le souvenir du massacre en présence des autorités civiles et militaires de la région.
En 1970, les 3 communes d’Ascq, Annappes et Flers fusionnent pour donner naissance à une ville nouvelle qui devait s’appeler Villeneuve-en-Flandre mais qui porte depuis le nom de Villeneuve d’Ascq en souvenir de la tragédie d’avril 1944.

DUHEM Jacqueline, ASCQ 1944. Un massacre dans le Nord. Une affaire franco-allemande, éd. "Les Lumières de Lille", 2014, 272 pages illustrées.

 le Mémorial Ascq

79 rue Mangin - Villeneuve d’Ascq

Un Mémorial, le « Mémorial Ascq 1944 », est installé, depuis 2004, dans l’ancien dispensaire. Ce Mémorial resitue cette tragédie dans le contexte des phases du conflit de la 2ème guerre mondiale et de la guerre totale voulue par les nazis. Il est visité, en particulier, par des classes de CM2, 3ème et 1ère dans le cadre de leur programme d’histoire.
Des expositions temporaires y sont également organisées. La dernière qui vient de se terminer, mais sera de nouveau présentée dans le courant de l’année 2011, a pour thème :
« La Résistance et les résistants à Villeneuve d’Ascq 1940-1944 ». Elle sera visible à Mouscron puis à Deinze en Belgique.
Le « Mémorial Ascq 1944 »
Mémorial d'Ascq

Histoire et lieux du massacre :
Pour plus d’informations, consultez sur le site de la Société Historique de Villeneuve d’Ascq et du Mélantois le Mémorial d’ Ascq

http://web.archive.org/web/20131101202958/http://shvam.com/index.php/fr/memorial-ascq-1944
http://shvam.com/?page_id=15

79 rue Mangin - Villeneuve d’Ascq

 Bibliographie sur le massacre d’Asq

- CATEL Edouard, Le crime des SS nazis à Ascq , Croix du Nord 1944 (épuisé mais réédité par la SHVAM)
- WECH Louis, J’accuse Boulonnais Ascq 1945, (épuisé mais réédité par la SHVAM)
- MOCQ Jean-Marie, Ascq 1944, la nuit la plus longue, Editions Actica 1971 (épuisé)
- MOCQ Jean-Marie, La 12.SS Panzer-Division massacre Ascq, cité martyre, Hitlerjugend, Bayeux, Éditions Heimdal, 1994, 197 p.
- DUHEM Jacqueline, Le massacre d’Ascq : les civils face à la terreur nazie. Histoire et mémoire, Numéro spécial Revue du Terroir SHVAM mars 2011

article de Jacqueline Duhem

 Anne Frank, une histoire d’aujourd’hui

Associés à la Maison Anne Frank d’Amsterdam, le Mémorial Ascq 1944, la Maison natale Charles de Gaulle et le Musée de la Résistance de Bondues vous proposent diverses manifestations organisées, dans différents musées de la métropole lilloise dont le "Mémorial Ascq 1944", à la mémoire d’Anne Franck, en partenariat avec la maison d’Anne Franck d’Amsterdam du 2 avril au 30 juin.

Voir aussi
Le massacre d’Oradour-sur-Glane :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article176
Un autre massacre dans le Sud-ouest commis par les SS de Brehmer, à Rouffignac du 31 mars au 2 avril 1944 :
http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp24/CNR99/rouffig.htm
GUINGOUIN Georges , Quatre ans de lutte sur le sol limousin, Paris, Hachette, 1974
Maison du souvenir à Maillé
Le 25 août 1944, 124 personnes de 3 mois à 89 ans, dont de nombreux enfants, sont massacrées à Maillé, village d’Indre et Loire
Histoire et mémoire d’un massacre : Maillé, Indre et Loire, par Sébastien Chevereau (chef du projet Maison du Souvenir) et Luc Forlivesi (directeur des Archives départementales d’Indre-et-Loire) :
http://www.fondationresistance.org/documents/ee/Doc00004-008.pdf

NM. février 2011-avril 2012

[1cf. revue de l’UDA, "Après Auschwitz" n° 317


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