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Yvette Lévy, une biographie - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Yvette Lévy, une biographie

une éclaireuse engagée
vendredi 30 octobre 2009

Une biographie par Jacqueline Duhem
Un témoignage au lycée François Ier de Fontainebleau transcrit par
Martine Giboureau
Discours d’Yvette Lévy à l’occasion de la cérémonie du Vél’ d’Hiv’
La déshumanisation dès l’arrivée

 Yvette Lévy, une éclaireuse engagée

Yvette Lévy

Yvette, un témoignage vidéo

Yvette Lévy, vidéo pour les élèves

Yvette Lévy- Dreyfuss, jeune Française juive, est entrée aux Éclaireurs Israélites de France en 1932, à l’âge de 6 ans. Elle habite rue de la Roquette à Paris, dans le 11ème arrondissement puis à Noisy-le-Sec, à quelques kilomètres au nord est de Paris.
A partir de juin 1940, sa vie tranquille d’écolière bascule avec l’arrivée des Allemands, puis des premières lois anti-juives : la zone occupée devient progressivement une zone de chasse aux juifs et les premiers juifs étrangers sont arrêtés. A partir de juin 1942, le droit de vivre et d’exister pour les juifs est désormais remis en cause : les Eclaireurs israélites se mobilisent et passent brusquement dans la clandestinité après la grande rafle du « Vél’ d’hiv’ » des 16 et 17 juillet 1942. Une Sixième section est rajoutée au mouvement : c’est le Service Social des Jeunes dont le nom clandestin est la « Sixième ».
A 16 ans, Yvette, avec les responsables de la « Sixième », va participer au sauvetage d’enfants dont les parents ont été raflés. Sa première mission consiste à retourner dans les appartements après la rafle, pour y recueillir les enfants puis les transférer à « l’Orphelinat » rue Lamarck dans le 18ème, ancien hospice appartenant à la famille Rothschild et transformé en maison d’enfants de l’UGIF. Afin de les mettre en sécurité, il faut leur fabriquer des actes de baptême, des faux papiers d’identité afin d’obtenir des cartes d’alimentation et les soigner. Il faut aussi trouver des lieux d’accueil avant de les cacher en zone sud. La mission est périlleuse car ces enfants désespérés sont déchirés par la séparation et ils ne comprennent pas leur changement d’identité. Fin printemps 1943, Yvette voit passer, boulevard Magenta, les cadres de l’UGIF, dans un camion militaire, encadrés par des soldats en armes : ils viennent d’être arrêtés sur ordre d’Aloïs Brunner, commandant du camp de Drancy. Elle prévient immédiatement sa cheftaine.
Au cours de l’année 1944, les risques d’arrestation et de dénonciation augmentant, il n’est plus possible de se déplacer avec les enfants car les laissez-passer ont été supprimés. Les plus âgées du groupe s’installent rue Copernic dans le 16ème, à deux pas du siège de la Gestapo rue Lauriston.
Après le bombardement de Noisy en avril 1944, la famille Dreyfuss revient s’installer à Paris et Yvette va dormir dans une maison d’enfants rue Vauquelin dans le 5ème où sont hébergées des orphelines âgées de 13 à 20 ans.
Dans la nuit du 21 au 22 juillet, en représailles à des actes de résistance contre la division Das Reich appelée en renfort sur le front de Normandie, Brunner fait cerner toutes les maisons d’enfants.
Yvette et les 32 autres adolescentes de la rue Vauquelin sont emmenées à Drancy. Le 31 juillet, elles sont transférées, dans des wagons à bestiaux, à Birkenau par le dernier grand convoi parti de Bobigny. Sur les trente trois, vingt trois sont envoyées directement à la chambre à gaz avec 976 personnes dont 300 enfants de moins de 18 ans.
Seules Yvette et neuf de ses camarades sont rentrées de l’enfer des camps en mai 1945.
Jacqueline Duhem

http://www.garedeportation.bobigny.fr/index.php

Remonter.

 Yvette Lévy, témoignage

Yvette Lévy, née Dreyfuss, témoignage au lycée François Ier de Fontainebleau transcrits par Martine Giboureau

- L’ENFANCE
• née le 21 juin 1926 à Paris de parents français originaires d’Alsace mariés en 1920 ; son papa travaillait aux Grands Moulins de Pantin à partir de 1936. Avant, il était « coupeur de casquettes » et s’était retrouvé au chômage en 36. Ce chômage a été de courte durée grâce à l’intervention d’un cousin qui l’a fait rentrer dans son entreprise, les Grands Moulins de Pantin. Yvette a un frère plus âgé (Simon, né en 1924) et un plus jeune (né 2 ans ½ après elle – déc. 1928).
Ses parents se considéraient comme « français assimilés » malgré le fort accent alsacien de sa mère. Son père a fait 3 ans de service militaire et 4 ans de guerre (entre autres dans les Dardanelles) ; il a été « grand blessé » deux fois.
Yvette garde un souvenir ému des vacances d’été passées chez ses grands-parents maternels, marchands de bestiaux en Alsace, dans un milieu rural où elle surveille les animaux, participe au fauchage du regain, peut monter au sommet de la charrette. A la fin des vacances elle ne savait plus parler français ( la maîtrise de l’alsacien, très proche de l’allemand, l’aidera dans les camps ; ceux qui pratiquent le yiddish seront aussi « favorisés » pour comprendre les ordres dans les camps nazis).
• famille traditionnaliste mais pas pieuse ; Yvette est entrée dès 1932 (comme son frère aîné) dans le mouvement scout EIF (Eclaireurs israélites de France) ; elle y prend le nom de Gipsy (un neveu de son père était le fondateur des « éclaireurs israélites de France »).
• elle est scolarisée en maternelle et au primaire à Paris (sa famille habitait alors rue de la Roquette dans le 11ème arrondissement).
• Elle habite Noisy le Sec à partir de la rentrée scolaire de 1937. Noisy n’est qu’à 9 kms de Paris mais à l’époque c’était la campagne. Ils ont alors habité un appartement avec chauffage central et salle de bains ce qui constituait un confort encore rare dans les années 30. Toutefois, déjà à Paris,
sa famille bénéficiait d’un certain « confort » ayant les toilettes dans l’appartement alors que beaucoup d’appartements n’avaient de toilettes « à la turque » qu’entre 2 étages. Noisy était un noeud ferroviaire, un centre d’ateliers de réparation des locomotives à vapeur, une ville
« cheminote » donc « rouge ».
• a suivi le cours supérieur et les 2 premières années du cours complémentaire après l’obtention du certificat d’études en 1938. Son frère aîné a continué ses études au lycée qui était payant à l’époque.
• a vu arriver à l’école les enfants des républicains espagnols qui se trouvaient dans le plus total dénuement. A l’école, les filles, lors de cours de couture, ont tricoté des chaussettes et des passe-montagne pour ces camarades.

- L’EXODE
• a fait l’ « exode » en camion (jusqu’à Orléans seulement, faute d’essence ensuite) appartenant aux Grands Moulins de Pantin avec ses parents, ses deux frères et sa grand-mère maternelle ainsi que 5 autres familles. Devaient aller jusqu’à Saumur et Bordeaux qu’ils n’ont jamais atteints. Se souvient de l’extrême encombrement, des charrettes, poussettes, voitures à cheval, à bras ; peu de voitures à essence. La colonne comportait aussi des Belges et des personnes originaires du Nord de la France qui fuyaient l’avancée allemande. Ont subi un mitraillage par les avions italiens : il y a eu des blessés et des morts. Les ponts sautaient (tentative des militaires français pour retarder l’avance des Allemands). La gare d’Orléans était en feu. Durant la seconde alerte à Orléans elle se retrouve dans un caniveau sous sa grand-mère ; à leurs côtés un couple se confesse mutuellement.
Pendant l’ « exode » sa grand-mère a fait un malaise cardiaque (après Chaumont). A partir d’Orléans ils ont fait le trajet à pied. Ils sont arrivés à Mosnes-sur-Loire (en Indre et Loire) au château des Tormeaux. Des religieuses occupent le château. Yvette et sa famille se retrouvent dans les écuries. Ils s’installent sur de la paille. Les ministères parisiens, eux aussi en plein repli, avaient fait « escale » à Mosnes juste avant eux.
L’arrivée des Allemands à Mosnes (d’abord des side-cars en éclaireurs puis le gros des troupes au pas de l’oie) l’a beaucoup frappée et a provoqué le retour sur Paris : le maire annonce que des trains vont être mis en place pour assurer le retour des réfugiés. Sa mère, sa grand-mère et son frère le plus jeune ont pris la voiture du boucher jusqu’à Tours. Son frère aîné, son père et elle-même ont fait les 30 km jusqu’à Tours à pied. Ils sont restés plusieurs nuits à Tours dans une école puis ont été emmenés en camion jusqu’à Saumur pour prendre le train qui les ramène à Paris (wagons à bestiaux – déjà ! Mais les portes restent ouvertes).

- 1940-1944
vie quotidienne
• la rentrée scolaire de septembre-octobre 1940 s’est faite « normalement ». Yvette est alors en cours complémentaire (son frère aîné est lycéen à Paris). L’hiver 40-41 est particulièrement rigoureux ; or le charbon est rationné (ils n’avaient droit qu’à 500 kg pour tout l’hiver) : il a donc fallu se passer du chauffage central et se contenter d’un seul petit poêle pour l’ensemble de
l’appartement ! Yvette se souvient de sa couverture recouverte d’une pellicule de glace !
• lors des premiers décrets contre les Juifs (obligation de se déclarer) son père a respecté la loi car « il n’avait rien à se reprocher » et était légaliste.
• En 1941 il y a eu les premières arrestations de Juifs étrangers. Yvette rappelle l’existence de camps d’internement français dont celui de Gurs où furent enfermés des réfugiés allemands du Bade-Wurtemberg et où certains sont littéralement morts de faim.
• Yvette se souvient d’être allée chercher les étoiles jaunes en juin 1942 dans un garage, rue de Bayeul, près de la Samaritaine et qu’il fallait donner des points de textile + une somme d’argent !
Elle revoit aussi des religieuses et prêtres venant chercher l’étoile (sans doute des convertis).
• les interdits et l’étoile jaune sont vécus comme une douleur, une « honte ». Elle n’est plus « comme tout le monde » : il y avait très peu de juives dans son collège. Dans le métro elle se tournait vers la vitre pour cacher l’étoile.
Yvette détaille ces interdits au quotidien : radio, téléphone – certes rare à l’époque – bicyclette, théâtre, cinéma, grands magasins, jardins publics, ne pas sortir de la commune sans autorisation spéciale. et ces obligations : dernière voiture du métro (le « dernier wagon »), couvre-feu à 20h, achats dans les magasins entre 15 et 16h quand les étals étaient vides ! Elle rappelle aussi les interdits professionnels ou les quotas imposés dans certaines professions. Enfin elle précise que les Juifs n’avaient le droit à Paris qu’au seul hôpital Rothschild – ce qui bien sûr a facilité la tâche aux nazis quand ils voulurent faire une rafle !
Comme ils n’avaient pas de famille « à la campagne » ils devaient se contenter des rations disponibles et ont donc eu très faim.
• en deuxième année de cours complémentaire, une professeure de sciences naturelles, catholique pratiquante – elle passait tous les matins à l’église - qui a été rencontrée « au bras d’un Allemand », ne la « voyait » pas, ne corrigeait pas ses devoirs et a eu une attitude violente envers une de ses camarades, Yvonne Dreyfus (quasi homonymie) de père juif et de mère chrétienne.
Cela dit, Yvette constate aujourd’hui que ce professeur antisémite ne l’a pas dénoncée. Toutefois, Yvette refuse l’année suivante de retourner dans ce collège et continue en 1942 sa formation dans un cours commercial privé près de chez elle. La directrice était une grande résistante (tante de Mermoz) ; cette femme demande ensuite à Yvette de surveiller les cours de dactylo (contre une rétribution financière) tout en lui laissant bénéficier gratuitement du cours d’anglais jusqu’à 8h moins 10 – le temps de rentrer chez elle avant le couvre-feu !!!

- activités comme éclaireuse / résistance
• Yvette est éclaireuse dans un mouvement juif (totem : Gipsy). A partir de juin 1942, le droit de vivre et d’exister pour les juifs est désormais remis en cause : les Eclaireurs israélites se mobilisent et passent dans la clandestinité après la grande rafle du « Vél’ d’Hiv’ » des 16 et 17 juillet 1942. Une Sixième section est rajoutée au mouvement : c’est le Service Social des Jeunes
dont le nom clandestin est la « Sixième ». A 16 ans, Yvette, avec les responsables de la « Sixième », va participer au sauvetage d’enfants dont les parents ont été raflés. Son frère aîné, aux responsabilités importantes dans le scoutisme, lui demande en effet de s’investir davantage.
Elle s’occupe d’enfants du XIème arrondissement (de Bastille à la place Voltaire) dont les parents avaient été arrêtés (ces enfants de nationalité française n’avaient pas été arrêtés avec leurs parents). A ce titre elle bénéficie d’une « carte de légitimation », sorte de laisser-passer donné par l’UGIF ; il s’agit dans un premier temps de récupérer les enfants nés français non arrêtés lors de la rafle du Vél’ d’hiv’, terrés dans leurs appartements depuis 3 jours, terrorisés en les voyant entrer car ils pensent qu’on vient les arrêter. La rafle a eu lieu un jeudi et les recherches méthodiques sur
listes ont commencé le mardi suivant. Beaucoup d’enfants étaient nés de parents étrangers (polonais, allemands, autrichiens) et ne parlaient pas le français. Yvette et son groupe les conduisent à l’ « orpho », rue Lamarck dans le 18ème, ancien hospice financé précédemment par les Rothschild pour les clochards qui venaient y passer une nuit. Afin de mettre en sécurité ces enfants, il faut leur fabriquer des actes de baptême, des faux papiers d’identité afin d’obtenir des cartes d’alimentation et les soigner. Il faut aussi trouver des lieux d’accueil avant de les cacher en zone sud.
• L’organisation des homes d’enfants s’améliore et les nourrissons sont regroupés à Neuilly, les petits (de moins de 5 ans) à Louveciennes ; il y a aussi un « home d’enfants » rue des Rosiers etc.
Certains sont des « enfants bloqués » c’est à dire sous le contrôle de la Gestapo. Il faut nourrir ces enfants (sans cartes d’alimentation) : la mairie leur fournit quelques tickets de ravitaillement mais très vite elles font de fausses cartes avec des tampons de la mairie récupérés grâce à des
complicités ou fabriqués par leur soin (en les taillant dans du linoléum) ; il faut aussi organiser leur départ (en priorité des garçons) et leur faire rejoindre la ferme-école de Moissac sans carte d’identité ni papiers officiels. Une assistante sociale « Topo » (éclaireuse « neutre » c’est à dire laïque) travaillant à la préfecture de police leur fournissait d’une part des informations en annonçant les rafles (par ses filles) et d’autre part passait la ligne de démarcation et confiait les enfants à d’autres scouts. Elle utilisait des cartes d’identité prêtées par des garçons non juifs du même âge à peu près, empêchait les enfants de parler en prétextant qu’ils étaient convalescents (opération des amygdales par exemple). 500 enfants ont ainsi pu passer la ligne de démarcation en un an. Certains ont ainsi pu rejoindre Londres, d’autres l’Espagne et l’Afrique du Nord.
• Yvette « travaille » dans la maison d’enfants de l’UGIF – Union Générale des Israélites de France créée par Vichy à la demande des Allemands - 60 rue Claude Bernard où on propose aux enfants des moments de détente, des activités (chorale, histoire sainte, botanique, théâtre, balle aux
prisonniers, apprentissage des noeuds de marine). Bien évidemment les enfants n’avaient pas le droit de sortir dans la rue ; la cour intérieure était leur seul espace de jeu. Ces enfants rentraient chez eux le soir. Cette activité est arrêtée en 1944 car il n’y avait plus assez de participants du fait des arrestations massives.
• Au cours de l’année 1944, les risques d’arrestation et de dénonciation augmentant, il n’est plus possible de se déplacer avec les enfants car les laissez-passer ont été supprimés. Les plus âgées du groupe s’installent rue Copernic dans le 16ème, à deux pas du siège de la Gestapo rue Lauriston

- contraintes, violences et peurs
• On distribue à l’école publique des pastilles vitaminées 2 fois par semaine, un gâteau lui aussi vitaminé (caséiné) chaque jour pour le « 4h » : les enfants encadrés par les éclaireuses israélites prélèvent un peu de ces apports pour envoyer des colis à Drancy. Une autre témoin aujourd’hui décédée (Fanny Segal) raconte que ces colis arrivaient moisis mais qu’ils étaient bienvenus.
• Yvette bénéficie de la solidarité de ses anciennes camarades de classe : l’entrée des piscines lui étant interdite, ses camarades, prétextant ne plus avoir assez de temps, abandonnent l’habitude d’aller à la piscine le jeudi matin, prenant conscience du danger pour Yvette et sa famille d’une telle sortie et ne voulant pas la faire sans elle.
• Mais les courses étaient obligatoirement pour les Juifs de 15 à 16h quand il n’y avait plus rien dans les magasins, les autres ayant fait la queue dès 6h du matin. Le couvre-feu est à 20h. Par ailleurs l’angoisse était constante : de nombreuses arrestations avaient lieu à la sortie des métros, lors de contrôle d’identité où n’importe quel prétexte conduisait à l’arrestation une fois la carte marquée « JUIF » repérée.
• Dans la nuit du 18 avril 1944, Noisy est bombardée par les Américains (forteresses volantes + action des canons anti-aériens de Romainville) et rasée à 99% (il s’agit d’un noeud ferroviaire où bifurquent les lignes vers le Nord et celles vers l’Est et d’un important site de réparation/entretien des locomotives à vapeur) ; après août 44 et la libération, les communes voisines se seraient volontiers appropriées le territoire mais le maire s’est battu pour conserver sa commune et des maisons préfabriquées ont été installées. 600 personnes sont tuées cette nuit-là. Yvette et ses frères n’ont rejoint les abris que tardivement, répétant par bravade « si on doit mourir, on veut que ce soit dans nos lits ». Ils se présentent d’abord à la cave du numéro 19 mais on les renvoie au 21 où sont leurs parents. Or le n°19 reçoit une bombe, est détruit et toutes les personnes y sont tuées. Le domicile de la famille d’Yvette est détruit ; ils se retrouvent en chemises de nuit/pyjamas avec un manteau et c’est tout : tout a disparu dans le bombardement et leur tentative de remonter dans les ruines de leur appartement est réduite à néant car ils ont juste le temps de sauter les dernières marches de sortie avant que tout ne finisse de s’écrouler ! Ils vont à pied jusqu’à la mairie de Montreuil et découvrent le fort de Romainville jonché de débris d’avions américains et allemands.
• Noisy est aujourd’hui un haut lieu de mémoire et de commémorations. En effet tout proches sont Drancy (camp d’internement des juifs) et Romainville d’où 232 femmes résistantes non juives ont été déportées le 23 janvier 1943 à Birkenau. De même les deux gares d’où sont partis les convois (le Bourget et Bobigny) sont aussi géographiquement proches.
• Yvette et sa famille sont relogés chez une soeur de son père (tante Jeanne), dans le XVIIIe arrondissement, rue Lamarck (2 pièces pour 6 personnes ; un seul lit pour la grand-mère, les autres couchent par terre). La milice (y compris le service recrutant pour la LVF) était installée au rez-de-chaussée de leur nouvel immeuble. Ils vivent les 3 premiers jours un peu comme Anne Franck, sans oser sortir dans la journée et évitant de révéler leur présence. Ils ne bougent pas et ne tirent la chasse d’eau que le soir quand le « magasin » du rez de chaussée a éteint ses lumières.
L’exiguïté du logement fait que, assez vite, il est décidé qu’Yvette couchera chaque soir à l’ex-école rabbinique de la rue Vauquelin avec une trentaine de « grandes » (13-21 ans) de son groupe d’enfants. Parmi ces grandes, 3 travaillaient pour payer les nourrices s’occupant de leurs petits frères/soeurs « cachés ». Il est habituel que cet endroit serve de « planque » pour une nuit à des résistantes devant se cacher et à qui on ne demande rien bien sûr.
• Le 6 juin 1944 fait naître bien sûr un immense espoir. Yvette apprend, dès qu’il a eu lieu le massacre d’Oradour qui la frappe beaucoup, mais ne croit avoir su alors les pendaisons de Tulle.
• Le bombardement du quartier de la Chapelle la terrifie bien plus que celui de Noisy

- L’ARRESTATION et DRANCY
• 20 juillet 1944 : attentat manqué contre Hitler. En représailles Aloïs Brunner (le commandant de Drancy) ordonne l’arrestation des Juifs dans toutes les maisons de l’UGIF. Ce sont en effet pour lui des terroristes en puissance !
Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, 3-4 Allemands en traction noire et camionnette bâchée viennent chercher les jeunes filles. La concierge ouvre au coup de sonnette croyant qu’il s’agit d’une résistance de passage venant chercher un refuge comme cela arrivait parfois ; toutes les issues sont bloquées. Yvette croit à une mauvaise plaisanterie quand une monitrice essaie de la réveiller en lui disant : « Les Allemands sont là ! ». Mais quand elle entend l’ordre de se lever donné en allemand par une voix masculine elle réalise la dure réalité. (elle a compris les mots, car elle connaissait l’alsacien). Elles avaient prévu une fuite par une planche mise en travers d’une fenêtre leur permettant de rejoindre la cour de religieuses catholiques voisines qui avaient donner leur accord pour les cacher mais elles n’en ont pas eu le temps et n’ont pu qu’attraper un manteau jeté sur leurs chemises de nuit. Son frère aîné a eu plus de chance. Grâce à la lenteur volontaire du concierge, il a pu ainsi s’échapper avec ses camarades et se planquer dans le marché couvert proche de leur établissement. Une d’entre elles fait une crise d’épilepsie très spectaculaire et traumatisante pour ses camarades.
Elles (33 filles + 2 monitrices + la concierge et son mari) sont embarquées en camion bâché, encadré par les tractions noires allemandes ; elles chantent ( la Marseillaise, l’Internationale ...) pendant le trajet et en entrant dans Drancy : elles ont réveillé tout le camp ! Elles sont 33, directrice et 2 monitrices comprises (quels sont les vrais chiffres ? En 2009 Yvette dit 33 jeunes +le personnel adulte).
• 500 gamins (y compris ceux de 20-22 mois de la pouponnière de Neuilly) arrivent à Drancy le lendemain. Tous subissent la chaleur, la promiscuité (chambrée en béton, sans eau ni sanitaire, –les latrines sont dans la cour), la nourriture infecte, l’enfermement (ils ne peuvent pas aller dans la cour sauf pour aller, accompagnées par le chef d’escalier, aux WC – appelés « château rouge »), la saleté (châlits avec des paillasses pleines de punaises). De plus, l’ordre de Brunner était d’ empêcher les enfants de crier, de pleurer ou même de rire ! Il faut calmer les enfants, les tenir propres, les occuper.
48h après, la directrice (avec 2 internées) obtient l’autorisation d’aller chercher des vêtements (apportés dans des baluchons faits avec des draps) et le livre de présence. Or Yvette n’y figure pas, n’étant pas une pensionnaire « officielle » d’où 2 après-midi d’interrogatoires durant lesquels
elle s’en est tenue à « mes parents ont été tués par le bombardement ». Les Allemands sont allés vérifier au cimetière de Noisy mais il y avait heureusement des tombes anonymes (12 fosses avec l’indication « inconnus », « inconnues »).
• Au troisième interrogatoire, on lui donne une feuille de papier et on lui demande d’écrire une lettre : elle formule des banalités, signe de son totem et ne met pas d’adresse car cela risquait d’entraîner de nouvelles arrestations. Des internés juifs à qui les Allemands promettaient de ne pas les déporter étaient encouragés en échange à dénoncer des compagnons restés à l’extérieur et ainsi à provoquer de nouvelles arrestations (en 2009 Yvette dit même de conduire les Allemands
et donc participer aux arrestations. Elle précise que si à l’époque cela la révoltait, aujourd’hui elle peut comprendre cette attitude)
• Yvette présente aux élèves le Mémorial dressé aujourd’hui à Drancy, montre une photo du monument et donne les explications des choix symboliques faits en 1976 par l’artiste Shelomo Selinger, lui-même ancien déporté.

- TRANSFERT A AUSCHWITZ
• Le 31 juillet 1944 ils partent travailler à « Pitchipoï » (convoi 77) ; mais qui pouvait croire que les petits de 2-3 ans allaient travailler ?
En plein jour, par grand soleil (donc au vu et au su de tous les Parisiens), 50 par bus (balluchons sur la plate-forme) , en chantant, 1300 personnes dont 500 de moins de 16 ans, un nouveau-né de 15 jours dans une boite en carton, ainsi qu’ un grabataire sur un brancard arrivent à la gare de Bobigny. Yvette rappelle que jusqu’en 1943 les départs se sont faits depuis la gare du Bourget mais que celle-ci ayant été bombardée, les internés de Drancy sont ensuite partis de Bobigny (il n’y avait pas de quais ; c’était une gare de triage).
• 3 jours et 3 nuits dans les wagons à bestiaux ; environ 100 personnes dans le wagon (60 pour les plus petits) ; 2 seaux, un d’eau, l’autre pour les « besoins » : une seule fois (à Metz) la porte a été ouverte pour vider la tinette. Un couple de médecins avec 2 enfants organisent un paravent de fortune à l’aide de torchons et draps. Il faisait une chaleur torride.
• Yvette exprime de façon véhémente son hostilité aux démarches faites contre la SNCF par certains déportés ou enfants de déportés pour obtenir des dédommagements du fait du rôle matériel de celle-ci dans la déportation : ses deux arguments sont que les cheminots ont largement participé à la Résistance et que la SNCF de 2006 n’est pas responsable des actes des années 40 faits, qui plus est, sous la contrainte de l’occupant.

- BIRKENAU

• Dans la nuit du 2 au 3 août 1944 ils arrivent à Auschwitz - Birkenau mais le groupe d’Yvette ne sait pas où elles sont. Ce convoi (1300 personnes) est entré dans le camp et s’est arrêté au plus près des crématoires. Des projecteurs éclairent la scène. Les chiens aboient ( encore aujourd’hui les gros chiens terrifient Yvette !). Elles découvrent les « pyjamas rayés » dos ronds, regards au sol, qui sont pour elles en tenues de bagnards : où sont-elles tombées ?. Au bout de la rampe, c’est la sélection : environ 100 - 150 jeunes femmes dont la moitié sont des résistantes de la région de Lyon ayant subi les pratiques de Barbie, peuvent survivre ; une dizaine de son groupe de la rue Vauquelin font partie de ces « sélectionnées » (En tout 13 adolescentes) mais 23 ont suivi la directrice, une dame aux cheveux blancs, vers la chambre à gaz. 200 filles du convoi ont été envoyées à Auschwitz 1 et 130 à Birkenau. Toutes les autres ont pris « l’ambulance » et ont subi le zyklon B.
• Elles marchent entre des barbelés séparant le camp des Tsiganes de celui des Hongrois et sont conduites à la « sauna » pour la désinfection.(le camp est immense – 170 ha)
• Elles sont 160 (chiffre exact ?) françaises à être obligées (les coups pleuvent) de se déshabiller (le pire pour Yvette qui n’a surmonté son humiliation que grâce aux encouragements des plus âgées, résistantes lyonnaises, qui savaient par leur expérience avec Barbie, les violences encourues en cas de non-obéissance : « allez, les J3, il faut vous déshabiller ») ; elles sont tondues totalement par un homme, « désinfectées » en passant un chiffon sur leurs corps, « habillées » avec des vêtements (une culotte, une robe) récupérés sur les corps de gazées hongroises ; les vêtements sont encore humides du passage à l’étuve de désinfection (pour enlever toute trace de zyklon B) et il y a même une robe du soir ! (ce groupe n’a pas eu de « robe rayée »). Enfin elles sont « chaussées » avec des « claquettes  ». (elle parle en oct 2007 de chaussures dépareillées, parfois 2 pieds gauche, aux pointures aléatoires distribuées à la volée). Yvette devient le numéro A-16696.
• Elles peuvent dormir seulement 2 ou 3 heures dans un bloc vide dont la localisation lui est aujourd’hui impossible à préciser et déjà reçoivent des coups au petit matin pour les faire lever et subir l’appel (entre 2 Blocks à Birkenau où il n’y a pas de « place d’appel »). 4 d’entre elles ont dû aller chercher la soupe (première alimentation depuis leur départ de Drancy) ; on leur donne une gamelle pour 5 et elles lapent leur part car on n’a pas distribué de cuillère. Elles subissent par ordre alphabétique le tatouage très douloureux, le lendemain de leur entrée dans le camp : 130 à 140 trous faits à l’aide d’un embout tenant une ½ aiguille à tricoter plongée à chaque trou dans de l’encre de chine.
• Yvette bénéficie avec ses camarades de la « protection » des résistantes lyonnaises et elles deviennent à tout jamais « les J3 ». Elles restent très soudées jusqu’à leur libération le 9 mai 1945 mais aussi depuis cette période jusqu’à aujourd’hui ; en particulier, elles passent 2-3 jours ensemble chaque 9 mai !
• Le lendemain de l’arrivée du convoi, elles entrent dans le camp – véritable tour de Babel ! (2792 Tsiganes ont été gazés dans la nuit et on a ainsi « libéré » des places). Leur Block est entre le crématoire IV et le crématoire V et l’odeur de chair brûlée est omniprésente.
Il n’y a aucun brin d’herbe ni aucun chant d’oiseau dans le camp : ce n’est que boue ou terre piétinée.
• Dans le Block, il y a des Polonaises, des Hongroises, quelques Grecques ; les 160 françaises (surnommées les « demoiselles de Paris ») sont fort mal accueillies : elles sont encore en assez bonne forme (malgré le rationnement), et apparaissent pour des détenues internées depuis longtemps comme venant troubler les habitudes prises. Elles ont une couverture pour 6 et la conserver était une haute lutte face aux « anciennes » du Block ! C’est la « quarantaine » pendant 3 mois : jamais lavées, des latrines sans papier, soumises à des corvées aléatoires (déplacer des briques rouges– peut-être pour réparer les crématoires ; sans doute sans aucun autre but que de les épuiser et leur faire comprendre dans quel univers elles se trouvaient) pour avoir le « droit » d’être nourries, sélections (tous les jours ou un jour sur deux). Dans le camp, il n’y a pas un seul brin d’herbe ni le moindre oiseau ! Birkenau est une vraie tour de Babel où personne ne se comprend, où on reste « entre soi » : ce qui est partagé est la parole car on n’a rien d’autre. Les 10 filles de la rue Vauquelin décrivent inlassablement leurs futures robes de mariée (une d’entre elles évoque des « manches gigot » ce qui ravive leur faim !!!).
• Les punitions collectives sont fréquentes ; la pire pour Yvette est d’être obligée de rester à genoux, les bras levés en tenant un paquet de briques.
Yvette, martyrisée par une douleur insupportable à l’oreille due à une otite très infectieuse, a pensé une fois au suicide (en se jetant contre les barbelés électrifiés), mais ses camarades l’ont heureusement retenue. Une de ses copines a par ailleurs « sacrifié » un chiffon (qu’on avait « organisé » pour qu’elle se fasse des chaussettes russes) en le donnant pour qu’Yvette se protège les oreilles (ce chiffon avait été donné à son amie par un déporté homme connaissant ses parents et venu dans le camp des femmes comme menuisier ou électricien – bien qu’il n’y ait qu’une loupiote dans la baraque entre la chambre de la surveillante et leurs châlits !)
• les sélections étaient régulières et l’obsession du «  Himmelkommando » permanente.
• Les déportés chargés de vider les latrines étaient « privilégiés » car ils sentaient tellement mauvais que les Kapos ou les SS ne les approchaient pas et donc ils étaient de fait exemptés de coups !
• 7 octobre : explosion du crématorium provoquée par le Sonderkommando qui a pu obtenir de la poudre grâce aux filles juives qui étaient chargées de remplir les grenades de poudre. Ces filles étaient totalement isolées et ont réussi à faire passer à la résistance active dans le camp la poudre dans le double fond des bidons de soupe ; Yvette et ses camarades sont enfermées en représailles.
Les filles ont été enfermées dans le Block 11 et malgré un « jugement » plus clément ont été pendues par les SS.
• 27 octobre 1944 : sélection - « doigts des mains écartés » pour repérer une éventuelle gale - par Mengele (30 sur 160 sont « sélectionnées ») puis douche froide sans savon ni serviette mais portes et fenêtres ouvertes (en octobre en Haute Silésie il fait déjà très froid !), désinfection,
nouveaux « vêtements » -caleçon, robe, « manteau » avec rectangle blanc dans le dos + croix rouge aux traits très larges + les lettres KL, une ration de pain + une rondelle de saucisson et 3 jours de « voyage » (avec de nombreux arrêts) jusqu’à la Tchécoslovaquie à Kratzau (Gross-Rosen). Elles se retrouvent dans les Sudètes vidées des habitants tchèques et colonisées par des Allemands.

- GROSS-ROSEN
• 1000 femmes de toutes nationalités travaillent dans une usine d’armement installée dans le village à une heure de marche du camp, installé lui dans la montagne la distribution des tâches – intérieures ou extérieures, à la peinture ou sur des machines - se fait selon le plus grand hasard,
dans l’ordre où les groupes se présentent). Dans les ateliers il y a des STO (italiens et luxembourgeois), des prisonniers, des « Lorrains » - hommes, femmes, enfants déportés en famille parce qu’ils avaient refusé de se soumettre à Hitler et quelques vieux Tchèques. Les contre-maîtres et chefs d’équipe étaient des Allemands portant l’insigne nazi ("Bonbon"donc membres du parti). Yvette évoque aussi 2 prisonniers de l’armée de Tito qui refusaient absolument de travailler se considérant comme prisonniers de guerre relevant des conventions de Genève !
• Le camp est dans une grande bâtisse. Le « dortoir » est au premier ; elles sont 2 par « lit » ; les lits sont superposés sur 3 niveaux. Elles « bénéficient » d’une couverture pour 2 !
• Camp de travail de Kratsava dont le nom est germanisé en KRATZAU (dans les Sudètes) : c’est un petit camp de 1000 personnes et une quarantaine de SS pour les surveiller. Yvette reçoit un nouveau matricule : 77745 ; elles couchent à Weisskirschen ( en tchèque : Bílý Kostel nad Nisou) à une heure de marche de l’usine. Elles passaient par la montagne (neige et -25°)
• Pas de chambre à gaz, ni de crématoire ; pas de sélection ; pas de coups : elles ont enfin quitté l’enfer ! soit un énorme soulagement même si elles travaillaient 12 h par jour (une semaine de jour, une semaine de nuit) sans avoir le droit de parler.
Quelques menus plaisirs : une Polonaise lui avait apporté à l’usine une tranche de pain qu’elles ont partagée en 5. Une Tchèque avait une
autre fois apporté un oignon, source de vitamines. A l’aide d’une lamelle de métal aiguisée (chose totalement interdite bien sûr), elles vont le faire durer 3 jours en le coupant en rondelles toutes fines. Elles « organisaient » aussi des bouts de tissu déchirés avec les dents dans les chiffons propres et blancs qu’on leur donnait chaque lundi pour nettoyer les machines. Par ailleurs des copines « plus dégourdies » avaient obtenu ( sans doute par des STO) une aiguille et du fil enroulé sur un morceau de papier qui ont fait le tour de toutes les filles. Avec ce matériel elles se fabriquaient des bonnets pour des soutiens-gorges « bricolés ».
• Dans son atelier elles fabriquaient des armes (sur un tour, Yvette contribue à la fabrication de pistolets P51 puis dans un autre atelier elle fabrique des tuyères pour les V1-V2). Elles devaient« pointer » !!! Yvette était tourneuse. Les machines dégageant de la chaleur, elles étaient privilégiées par rapport à celles travaillant en extérieur ou celles qui peignaient des grenades avec un produit anti-oxydant tellement toxique qu’elles avaient droit 2 fois par semaine à ¼ de lait écrémé (qu’elles ne buvaient d’ailleurs pas, craignant qu’il ne soit empoisonné !!!).
Elles pratiquaient un sabotage « discret » ne déployant aucun zèle. De temps à autre, volontairement, elles donnaient un coup sec sur la machine ce qui cassait le couteau et bloquait la production quelques temps. Elles levaient alors les bras (n’ayant pas le droit de parler) pour signifier qu’il y avait un problème, que la machine était « "Kapout" » ! (forme de sabotage pas trop souvent renouvelée car les risques étaient grands !).
• Elles n’ont pas de distribution de nourriture le midi. Elles reçoivent le matin de l’eau noire appelée « café », leur ration de pain du jour,une rondelle de saucisson OU un peu de margarine OU de la marmelade de betterave. Et elles doivent attendre le soir pour recevoir la « soupe » ! Les plus courageuses ? prévoyantes ? inconscientes ? (car elles risquaient un vol) gardaient un peu de pain pour le midi.
• Une fois, elles reçoivent un colis de la Croix Rouge : celle-ci avait été alertée par deux évadées (une Allemande et une Autrichienne) qui avaient réussi à atteindre la Suisse, s’étaient battues pour qu’on les écoute et avaient organisé une conférence de presse ce qui avait provoqué cette intervention de la Croix Rouge.
• Le 7 mai, pas de travail ; rassemblement de toutes les filles (équipes de jour et équipes de nuit d’où questions et inquiétudes) : le directeur de l’usine, amené en voiture avec chauffeur, vient leur annoncer que la fin de la guerre est proche et leur souhaite de pouvoir toutes rentrer dans leurs pays respectifs ! La « commandante », surnommée Napoléon car elle avait toujours une main dans son corsage et l’autre dans le dos, est furieuse.
• dans la nuit du 8 au 9 mai 1945, les SS ont disparu en laissant leurs uniformes sur place, mais le camp est miné. Les partisans tchèques puis les Soviétiques entrent dans le camp : c’est la « libération ». Yvette et une amie passent dans une ou deux fermes mais ne trouvent rien à manger sauf des oeufs à gober, ce qu’elles refusent. Elles obtiennent du bourgmestre un papier officiel déclarant qu’elles sont des « juives prisonnières devant être aidées pour retourner en France ».

-  RETOUR
• Elles partent à 10 en camion jusqu’à Pilsen. Elles rejoignent Prague. Certaines de ses compagnes sont hospitalisées et rapatriées par avion. Yvette a marché, fait du stop avec un camion militaire, « organisé » une charrette jusqu’à la zone américaine où l’attitude de quelques américains fut particulièrement incorrecte. Les Tchèques les enferment (peur d’Yvette de subir un nouvel Oradour) mais le lendemain elles trouvent la porte ouverte et sur un tréteau, du « café », des miches de pain et de la marmelade : « un superbe moment ! » De nouveau marche puis train à bestiaux (quel symbole !) jusqu’à Francfort (où deux déportées décèdent). Prise en charge par des militaires français ; à Longuyon la Croix Rouge la passe au DDT et une « dame » impeccablement habillée dans son uniforme lui donne un peu de chocolat Menier « du bout des doigts ». Yvette garde beaucoup de rancune vis à vis de la Croix Rouge !
• Arrivée à la gare de l’Est puis au Lutétia. Trouble devant les nombreuses personnes qui montrent des photos, posent des questions sur leurs déportés voire ne se gênent pas pour dire « qu’est-ce qu’elles ont dû trafiquer avec les Allemands, celles-là, pour être revenues » !!! Yvette adresse un pneumatique à des cousins éloignés car elle ne savait pas où étaient ses parents. Sa mère arrive au Lutétia en tablier, le porte-monnaie à la main, amaigrie, cheveux blancs : Yvette ne la reconnaît pas de suite. Son père a pleuré devant l’aspect physique de sa fille (elle pesait alors 36 kg). Devant cette détresse elle décide de ne pas raconter ce qu’elle a vécu pour ne pas accentuer leur chagrin. Elle a été la seule déportée et a donc retrouvé toute sa famille, son appartement. Je suis une petite fille privilégiée a-t-elle répondu à une question d’élève portant sur son retour.
• A longtemps dormi par terre car elle ne pouvait pas supporter un matelas, des draps !
• est allée en Alsace : en 3 mois, elle a repris 30 kg. (elle a été reconstituée à coup de fromage blanc, sa famille vivant dans une petite ferme et ayant une vache). Elle n’a donc pas connu comme beaucoup les sanatorium.
• A souffert du manque d’informations à son retour sur les possibilités de reprendre des études, sur les emplois réservés, sur l’octroi de pensions : c’était le règne du chacun pour soi.
• A la fin des années 40 et dans les années 50 le travail était abondant. Yvette est devenue sténodactylo (ce qui correspondait à sa formation). Yvette s’est mariée, a eu une fille en 1951, Martine et a deux petit-fils (27 et 30 ans en 2009). En octobre 2007 l’un vit à Londres, l’autre est pour 6 mois en Israël pour voir s’il peut s’y installer définitivement. Elle a tout fait pour vivre bien, aider ses parents qui n’avaient qu’une toute petite retraite, offrir à sa fille tout ce qu’il lui fallait et qui avait manqué à Yvette durant son adolescence. Ses petits-fils ont « fait allemand première langue vivante » et ont reçu régulièrement des correspondants allemands. Cela s’est toujours bien passé sauf une fois où le jeune garçon ne lui a pas adressé la parole ni même dit bonjour, merci ...
• Yvette a reçu plusieurs médailles ... à partir de 1995 ! médailles des Anciens Combattants, des Combattants volontaires de la Résistance, de la Reconnaissance de la Nation, d’Officier du Mérite, et de la Légion d’Honneur.
Devant les petits laissés sans secours on pouvait se demander « où était Dieu ? ». 2 réponses possibles : ce n’est pas Dieu , ce sont les hommes qui ont fait le mal ou c’est grâce à Dieu si je suis revenue !
• En oct 2007, Yvette dit « je m’arrange avec Dieu ». Elle continue à commémorer les fêtes juives, à respecter les traditions ; elle revendique son appartenance à cette communauté. Encore aujourd’hui Yvette fait parfois des cauchemars, entendant les hurlements et les aboiements. Elle dit avoir pourri la vie de sa fille avec ses cauchemars et ses angoisses. Ses poumons sont en grande partie détruits. Toutefois elle multiplie les témoignages en France et lors de voyages – très nombreux – à Auschwitz. Elle est aussi retournée avec ses camarades, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération du camp (1995), dans son usine des Sudètes, a eu l’autorisation de visiter tous les ateliers, a retrouvé le sien ... et a reçu des fleurs – et un boulon-témoin/souvenir - en hommage de la direction de l’usine !
Martine Giboureau

le document en entier :

témoignage d’Yvette Lévy

Mémoire demain, un DVD-ROM de l’Union des déportés d’Auschwitz, sur Auschwitz, Auschwitz-Birkenau :

mémoires des déportations UDA

Mémoires des Déportations

DVD réalisé par le Cercle d’étude : 9 Témoignages d’internés et de déportés pour CM2, collégiens et lycéens (DVD disponible)

Yvette est engagée dans sa commune de Noisy-le-sec auprès de l’école Pierre Brossolette. Les élèves ont fait un voyage à Oradour-sur-Glane, le village martyr :

ruines

Vidéo du voyage :
http://video-streaming.orange.fr/autres/oradour-ne-repond-pas-des-eleves-de-noisy-rencontrent-une-rescapee_11714450.html
Ils lui ont offert des photos.

Eglise d’Oradour

- Dans le cadre du projet Aladin, avec Yvette Lévy, des femmes françaises musulmanes, juives, chrétiennes et laïques lanceront, à Auschwitz, le 9 février 2014, un appel contre la haine et pour le vivre ensemble.
"Animées par l’esprit de Résistance face à la violence, à l’’intolérance, à l’antisémitisme, au négationnisme et au racisme antimusulman, ces femmes souhaitent, par ce voyage au cœur de la barbarie, prendre exemple sur ceux et celles qui, « Résistants » ou « Justes parmi les Nations », surent s’opposer à la logique du nazisme et de la haine, avec tous les risques que ce combat présentait alors et qu’ils furent nombreux à payer de leur vie."
http://www.projetaladin.org/fr/des-femmes-fran%C3%A7aises-%C3%A0-auschwitz-le-9-f%C3%A9vrier-2014.html

Transmettre la mémoire d’Auschwitz avec Yvette :
http://www.gilleskuntz.fr/?p=2097

Remonter.

Mise en ligne NM octobre 2010, revu nov 2013